03.10.13

La photographie et les collectionneurs

Dans le monde de l’art et parmi les amateurs de photographie, nous parlons ici de ceux et celles qui aime le “8ème” art (puisque l’histoire – de l’art – nous enseigne une classification qui n’est rien d’autre qu’une fausse chronologie) jusqu’à vouloir collectionner des oeuvres. Les collectionneurs ont souvent été des marchands (d’art) lesquels recevaient en paiement (ou conservaient) des pièces exposées par leurs (pauvres) artistes. Et il y a aussi des collectionneurs qui entretiennent une démarche personnelle, en dehors du fait mercantile (définitivement ou temporairement), pour confectionner au fil du temps un fonds personnel. Actuellement et à Strasbourg nous avons la chance de voir des extraits de collections photographiques et nous avons été satisfaits.

D’abord, et pour nous c’est un bel événement, Madame Millot-Durrenbergernous présente sa collection des oeuvres de Ian Paterson. Cet artiste crée des choses basées sur l’origine de la photographie (sténopé) et arrive, avec une constance et un sens très poussé de la finesse, à nous montrer un art particulièrement délicat. Il faut se laisser envahir par des réalisations où le miniature rejoint le grandiose, où le réel est abandonné pour une autre dimension. L’univers de Ian Paterson est un peu celui d’un enfant qui jouerait dans une boîte (une sorte de jouet, une maison en carton) dans laquelle il se serait logé et nous invite, pour quelques instants (ceux de ces clichés) à regarder ce qu’il ressent, à deviner ce qu’il voit. Il s’agit d’un très beau voyage. Mme Millot-Durrenberger aime à commenter, dans d’intimes visites guidées, les oeuvres qu’elle affectionne. (du 27.09.13 au 13.10.013, In Extremis, 27 rue Sainte-Madeleine, 67000 Strasbourg)

Ensuite, nous avons vu l’exposition de la galerie No Smoking avec certaines photographies collectionnées par Germaine et Marcel Burg. Des amateurs éclairés qui aiment à glaner des oeuvres de qualité, selon leurs affinités, et ils nous ont offert un petit panorama très moderne et représentatif d’une photographie inscrite dans son temps. Nous voulons ici citer l’ensemble des artistes: Pilar Albajar et Antonio AltarribaLionel Bayol-ThéminesJean-Baptiste CarhaixCollectif “Corps Etranger”Denis DarzacqStephane DiremszianBenjamin KiffelLuciana LamotheJulien LescoeurEdouard Levé (décédé en 2007), Joyce PenelleGeorges-Tony StollPablo Zuleta-Zahr. Le thème donné à cette exposition est “Est-ce ainsi que les hommes vivent” et elle pourrait servir à une introduction, une découverte, pour un public voulant s’intéresser à la photographie contemporaine. Il faut remercier Mme et Mr Burg et Bertrand Rhinn d’avoir imaginé cet événement. (du 27.09.013 au 12.10.013, No Smoking, 19 rue Thiergarten, 67000 Strasbourg).

La biennale internationale du verre

La biennale internationale du Verre expose de nombreuses oeuvres un peu partout à Strasbourg et en Alsace. Cette manière d’éclater les lieux pour constituer différents endroits nous plaît, mais plus encore ce qui est montré. Nous aimons le travail du verre, de sa fabrication artisanale à sa réalisation artistique. Et puis nous sommes ravis de voir ce que fait le photographe Nicolas Rosès qui nous montre de belles choses, en lien avec l’idée du Verre par le biais de différents éléments (l’air, la glace, le temps figé puis libéré..), grâce à une monographie de très belle qualité. Nicolas Rosès capte des instants pour les restituer selon ce que seul un photographe sait voir dans sa façon de saisir le minuscule et la libération des forces, dans des tons de gris ou de noirs. Le négatif argentique utilisé, le rendu avec son grain si particulier, apporte une étrangeté et une esthétique particulièrement sensibles. Toujours sur la thématique du Verre, nous aimons ce que fait la galerie Radial Art en exposant des artistes qui travaillent ce matériau avec une géniale inspiration. Till Augustin et Julius Weiland réalisent des oeuvres étonnantes, ou la fragilité rejoint cette force dont nous parlions plus haut, avec la subtilité du verre trituré pour obtenir des choses à la fois solides et aériennes. Nous reviendrons prochainement dans nos actualités artistiques et photographiques sur cette biennale en visitant les autres lieux d’exposition.

Godwin Hoffmann

Grâce à la galerie L’Estampe de Strasbourg nous avons découvert Godwin Hoffmann, un artiste constructiviste, mais pas seulement, qui a réalisé des oeuvres splendides. Décédé en juillet 2013, Godwin Hoffmann tentait d’introduire dans sa géométrie un élément humain et, d’ailleurs, cette recherche fera de son travail un art que nous avons trouvé remarquable. Car le mouvement, cet élément humain par excellence, se trouve bel et bien dans ses réalisations dont l’aspect figuratif n’est qu’une introduction pour aller vers d’autres dimensions, avec la couleur, quelques couleurs. Le noir, souvent magnifié, le rouge, du bleu aussi. Nous voulons ici remercier la galerie L’Estampe d’avoir pris de son temps pour nous donner des informations précieuses sur ce grand peintre et, surtout, d’avoir organisé une très belle exposition.

Cahen / Boulez

Dans le cadre d’une exposition programmée au MAMCS de Strasbourg qui sera consacrée à Robert Cahen l’année prochaine, nous avons visionné, dans la splendide salle de l’Aubette, une vidéo de celui-ci intitulé “Boulez-Répons”. Cahen filme Boulez et nous sommes restés scotchés sur notre chaise tant les images et le son nous ont fascinés. La gestuelle du maître dirigeant son orchestre, les superpositions d’images, la partition (“Répons”, 1981) forment un tout exceptionnel avec la rencontre de plusieurs disciplines: la musique contemporaine, le cinéma expérimental dans sa version vidéo et la photographie. Car cette façon de filmer est bien de la photographie avec ses noirs, ses gris, ses blancs, ses plans mouvants et ses profondeurs de champs.

Pièces montrées

Pièces montrées est  l’événement monté à l’occasion des 30 ans de collections du FRAC Alsace dans quatre villes (Haguenau, Strasbourg, Sélestat, Saint-Louis). Nous avons vu celui de Strasbourg au MAMCS et nous ne pouvons que recommander d’y aller. Sous le titre “Formes et Forces” ce sont différentes expressions qui se côtoient, dont la photographie. Un bel ensemble sur lequel nous reviendrons bientôt. D’octobre 013 à mars 014.

Résidences croisées

Résidences croisées » est un concept européen qui a pour vocation de faire séjourner à l’étranger des artistes de différentes disciplines. Mais c’est aussi le nom d’une exposition biennale, d’un parcours en fait, en 3 lieux différents à Strasbourg, visible jusqu’au 13.10.013. Quatorze artistes européens (ceci voulant dire venant possiblement de toute l’Europe et pas seulement de l’Union) sont les personnes qui montrent leur travail dans cet événement, dont le photographe Patrick Bogner. Nous avons aimé ce qu’il fait, simples prises de vue, parlant pour elles-mêmes, équilibrées et discrètement présentées sans cadre, et fixées au mur par des épingles. Nous avons remarqué également Claude Horstmann, une dame qui aime à trouver de petites choses pour les photographier et les mettre en scène avec tact. L’ensemble des artistes forme un groupe homogène dans la qualité des oeuvres présentées. A noter que le catalogue, mis gracieusement à disposition des visiteurs, impose au lecteur de passer en revue abondante les initiateurs du projet (ce que nous ne pouvons nous empêcher de faire, à notre tour, tant cela est drôle et galvaudé : HEARCEAACApolloniaville de Strasbourg, chacun allant de son laïus plus ou moins long ou intéressant). Bref, toutes ces institutions, associations et autres organisations étaient massivement présentes en début de catalogue mais, rassurez-vous, nous avons quand même trouvé la présentation de chaque artiste. Ce même catalogue était rédigé en français et en.. anglais, alors même qu’aucune résidence ne se trouve en Grande-Bretagne ou aux Etats-unis. Nous aurions aimé au moins y voir figurer l’allemand puisque Stuttgart et Dresde sont parmi les villes concernées (avec d’autres pays : Pologne, Haïti, Lituanie,).

Galerie La Pierre Large

Strasbourg compte de belles mais rares initiatives pour valoriser la photographie, essentiellement dans la dynamique associative, et nous retraçons ici, régulièrement, les événements, petits ou grands, sur ce thème qui est notre motivation première. Pour autant il n’y a pas que les associations et nous voulons aujourd’hui parler du travail d’un photographe que nous apprécions de plus en plus. Et pour plusieurs raisons: d’abord sa démarche artistique, puis le fait qu’il tienne une galerie aucunement subventionnée et, enfin, en présentant des photographes originaux. Il s’agit de Benjamin Kiffel qui expose actuellement dans sa Galerie La Pierre Large quelques unes de ses photos sous le titre “Urbanités” (jusqu’au 20 octobre 2013). Un bel ensemble sur les oppositions contenues en elles-mêmes dans les matériaux, les couleurs, les lumières ou les objets. Un cheminement urbanistique qui semble froid mais qui, dans les faits, se révèle passionnant et donc chaleureux car tout ce qui est fait de passion est le contraire de la froideur, pensons-nous. Puis, du 8 novembre au 15 décembre 2013, Benjamin Kiffel présentera un artiste italien, Orlando Nadai, avec des photographies rassemblées sous ce thème: “Banlieues Invisibles”. Nous en reparlerons bien sûr.

La photographie à Marseille et Aix-en-Provence

La photographie à Marseille et Aix-en-Provence. Oui, nous parlons ici de deux villes en contrepoint d’Arles car, et séjournant l’été en Provence, nous avons trouvé matière à relater aussi ce qui se passait là-bas (mais, cher lecteur Alsacien, rassurez-vous, nous sommes de nouveau à Strasbourg et nous vous rapportons dans nos colonnes de nouvelles informations locales). Marseille: “Les Gorgan” de Mathieu Pernot est une série photographique humainement belle montrée à la galerie HLM (pour “Hors les Murs”, association Atelier de Visu) en plein quartier du Panier. Les Tsiganes vivent dans leur monde qui est photographié avec art par Mathieu Pernot. Ces photos sont splendides ainsi que les “Gorgan”, cette tribu apatride. Toujours à Marseille, Le Percolateur est un lieu “pour la photographie” qui organise des stages et des expos. Au programme les 3 et 5 octobre, rencontre avec deux photographes,  Augustin Le Gall sur la révolution tunisienne, et Souad Guennoun, une photographe marocaine qui témoigne des réalités sociales de son pays. A Aix-en-Provence nous avons aimé l’expo rétrospective, en de très intéressantes photographies documentaires, sur la comtesse et mécène Lily Pastré. Le mécénat à cette époque ne se justifiait point fiscalement parlant et cette comtesse marseillaise a reçu de nombreux artistes comme (et pour ne citer qu’eux) Pablo Casals, Darius Milhaud, Georges Auric, Samson François, Rudolf Firkušný, André Masson, Rudolf Kundera.. Pendant la guerre Lily Pastré s’engagera fortement pour aider de grands noms (déjà célèbres ou en devenir) à échapper à la répression nazie. Cet événement a été organisé par le Conseil Général des Bouches-du-Rhône en sa galerie située sur le Cours Mirabeau. Entre un mécénat spontané et généreux et une démarche institutionnelle, se sont écoulées plusieurs décennies pour porter à la connaissance du public la belle et utile vie de Madame Pastré. A Aix encore, nous avons remarqué trois initiatives intéressantes: l’Hôtel de Gallifet, maison d’art et d’histoire, est un splendide hôtel particulier représentatif des richesses architecturales aixoises qui organise des expositions éclectiques (photos, peintures, sculptures..) ; l’école privée de Design, d’Arts Appliqués et de communication (Esdac) gère un lieu d’exposition où sont montrés des photographes et des peintres, certes de temps en temps la sélection est surprenante, mais pour les photos, il y a parfois un contenu de qualité ; enfin, la galerie Susini n’hésite pas à exposer de jeunes talents (photos aussi) et nous apprécions cette forme de courage.

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