04.12.14

Le noir et blanc en ses couleurs

La photographie sait montrer ce qui n’apparaît pas forcément et lorsque nous nous penchons sur celle de Nathalie Savey nous ne pouvons pas échapper à une incursion toute faite de subtiles invitations. Le minéral et l’eau sont ces éléments que l’artiste travaille en douceur et en profondeur pour nous conduire vers des espaces confidentiels qui ne s’imposent pas et qui vont, petit à petit, se livrer à nous dans de très belles harmonies.

La série “Cheonjiyeon”, faite lors de son séjour en Corée du Sud, est la preuve que les couleurs se cachent dans le noir et le blanc. Les couleurs, ces lumières de l’évidence, gamme chromatique où chantent les sons les plus intimes, éclatent avec calme dans des reflets où l’eau, la roche, la lumière, que Nathalie Savey capte secrètement, forment une trilogie de l’existence (la terre, la mer, le ciel), et nous voilà plongés dans un parcours intense.

Puis, sans bruit aucun, s’installent de petites choses fragiles aux côtés de ces œuvres photographiques splendides, placées dans un non-hasard sur les murs de la galerie Art’Course de Strasbourg, créées par Gabriel Micheletti lesquelles et avec une grande délicatesse apportent, justement, ces couleurs que nous devinions chez Nathalie. Gabriel Micheletti, avec de simples tracés informels verts ou orangés, peut-être même jaunes, occupe, dans de petites surfaces, des endroits eux aussi secrets, qu’il matérialise avec presque rien. L’art serait cet acte qui consisterait, si rarement, à rendre perceptible, dans le sens de l’intuition, ce qui n’est pas mais qui, bel et bien, se met à vibrer en nous, ce rapport inexplicable, ce lien, qui fait naître la confusion, la séduction puis l’admiration, celle d’un ravissement, là encore, intime. Gabriel Micheletti nous séduit avec ses œuvres délicates, avec sa candeur et sa démarche d’enfant, il met dans son travail tout ce qui est poésie et légèreté, tout en sachant créer un équilibre. Il réunit dans ses peintures ce qui fait un artiste : la conscience, le savoir et l’ingénu.

Lors d’une longue et belle rencontre avec Nathalie Savey, chez elle, dans son atelier, nous avions reconnu ces paramètres humains en elle. Un artiste, une artiste,  sait s’extraire, tout en les maîtrisant, des contraintes dites techniques, pour les dépasser afin d’arriver vers, et sur, d’autres rives. Le complexe, le difficile, se loge autant dans le conceptuel que dans la matérialité. Et un artiste pourra se dégager desdites contraintes si de son art émerge de nouveaux horizons. Belle association que celle de Nathalie Savey, grande photographe découverte grâce à Madeleine Millot-Durrenberger, avec Gabriel Micheletti, dans cette exposition intitulée “Regards suspendus”, tous deux sachant apporter ce que chacun, en soi, recherche sans cesse, une secrète harmonie.

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