07.03.15

La couleur noire comme réalité, ou comme propos, dans la photographie

La présence de la couleur noire dans la photographie est autant, sur le plan technique et historique, une obligation, qu’une vision réaliste ou bien conceptualisée. Elle est souvent accompagnée par la couleur blanche, de fait, et ce noir et blanc dans la photographie est la référence, même aujourd’hui. L’argentique n’a jamais vraiment cédé aux autres couleurs la place prépondérante du noir et blanc tandis que ces autres couleurs ont basculé de plus en plus vers le numérique. Dans nos derniers articles nous avons abordé cette réalité de la couleur noire laquelle est utilisée comme élément esthétique et/ou comme réflexion. La couleur noire fait acte de conceptualisation dans l’approche esthétique, comme si elle devait en être l’incontournable élément, non dans sa présence initiale, mais dans son utilisation transformée. Le travail de Gilbert Kiner pousse très loin cette appropriation du noir dans l’esprit et la forme (lire l’article le noir profond, une démarche en solitaire), comme le fait l’auteur de ces lignes sous son nom d’artisteRyo Tomo. Mais le noir n’est pas seulement un aspect graphique dans la photographie, il est aussi un élément d’une pensée, elle-même inscrite dans la réalité sociale, urbaine ou philosophique. Quand Ernest Pignon-Ernest colle ses œuvres sur les murs noirs de Naples ou dans une prison, il utilise le contexte pour appuyer son propos (voir l’articleLe noir des lieux, puis une petite lumière éphémère). De même, quand l’artiste plasticien Thibault Honoré crée ses œuvres toutes faites du noir, celui de la morbidité (article Le noir, ou le gris, de la contemporanéité morbide). Certains artistes peintres contemporains utilisent le noir comme axe principal de leur création pour le rendre fondamental et lui rendre sa suprématie, et nous pensons bien sûr à Pierre Soulages. Et si la couleur noire était, pour la photographie, son esprit véritable ? Quand nous regardons les photographes humanistes français et les contemporains, le noir est l’articulation autour de laquelle tout se joue. De Brassaï, Ronis et jusqu’à Plossu, pour ne citer qu’eux, nous ne voyons pas le noir « techniquement » mais bien comme un langage. La construction et la narration se font par et grâce à la couleur noire. Le noir est ainsi la couleur de référence pour le photographe, et ceci n’est pas un paradoxe quand il est associé à la lumière, l’autre nécessité. Justement, si la lumière est nécessaire, le noir est, dans l’esprit et la recherche du photographe, le conceptuel pur. Pour lui la couleur noire s’invente et elle est l’acte de la création artistique en photographie.

Copyright Gilbert Kiner
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Copyright Ryo Tomo
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Copyright Bernard Plossu
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Copyright Willy Ronis
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