08.12.15

Petit voyage en ville : Strasbourg en quelques événements, un intermède entre poésie et réalités.

Photographies en objet d’art

Vouloir réunir en un ouvrage monographique les œuvres d’une artiste qui vit dans les champs, les montagnes et les rêves s’apparentait à devoir capter un esprit comme le chasseur tente d’attraper au filet un papillon toujours insaisissable et donc de ce fait à chaque fois plus beau, et désirable. Les paysages et les matières de Nathalie Saveyne sont pas des vues géographiques ni des lieux communs. La photographe vit dans un monde secret, dans un mystère qui ne s’offre à vous que partiellement car ses terrains sont des passages quasi initiatiques que seul le rêveur peut fouler, survoler, deviner. L’éditeur strasbourgeois François-Marie Deyrolle, avec sa maison L’Atelier contemporain, a réalisé un très beau travail dans cet esprit du respect. Et que fallait-il faire de mieux que d’éditer dans le même mouvement de remarquables textes de Philippe Jaccottet en regard des œuvres de Nathalie ? Avec cet ouvrage nous tenons en main une douceur du toucher et de vue. Quand nous le prenons nous sentons déjà que le voyage nous prend à son tour et nous voilà ailleurs. En page 58 nous lisons : «Ces lieux, ces moments, quelquefois j’ai tenté de les laisser rayonner dans leur puissance immédiate, plus souvent j’ai cru devoir m’enfoncer en eux pour les comprendre ; et il me semblait descendre en même temps en moi» et page 59, en écho, une photographie du contraste immaculé, un lieu qui laisserait sans voix. Silence.

Dans un prochain article nous parlerons du travail passionné de l’éditeur François-Marie Deyrolle et de ses collections Beaux Arts et Littérature.

St-art et la photographie

Le salon d’art contemporain de Strasbourg, qui s’est tenu du 27 au 30 novembre 2015, a ouvert à la photographie de nouveaux espaces et nous avons été attiré par le stand «Carte blanche de la ville de Strasbourg» qui réunissait, sur le thème du millénaire de la cathédrale, 6 artistes photographes et leurs travaux d’un bon, voire d’un excellent niveau.Naohiro Ninomiya, Valérie Graftieaux, Eric Antoine,Matthieu Gafsou, Florian Tiedje et Maïmouna Guerresi ont présenté des œuvres qui faisaient honneur à la ville (et au salon) dans cette approche judicieusement éloignée d’un parisianisme en déplacement provincial. Il y a des talents ici qui peuvent parfaitement remplir de satisfaction amateurs et collectionneurs d’art et nous félicitons cette initiative de la ville de Strasbourg. Nous reviendrons ultérieurement et plus amplement sur ce salon dans son aspect photographies pour en retracer le contenu.

Oran photographiée par Ferhat Bouda
(Exposition dans le cadre du festival Strasbourg- Méditerranée qui s’est tenu du 21 novembre au 5 décembre 2015)

Le photographe nous guide dans les rues d’Oran la radieuse, mais cette métropole algérienne ne se montre pas sous des jours brillants, pourtant Ferhat Boudaconstruit une réalité poétique dans ses vues exceptionnelles car on sent qu’il aime cette ville. Des photographies humaines, surtout quand elles sont accompagnées par des textes de l’écrivain Kamel Daoud. Nous nous sommes arrêtés sur une œuvre qui montre une prière dans la rue. Des hommes à genoux, de dos, des murs abîmés, une ambiance saisissante puis ceci à lire : «La prière dans la rue. Mauvais souvenirs des années 1990. A l’époque de gloire des islamistes. Là, la rue est prise, tournée, sommée et obligée par le sacré ; elle n’est plus espace publique mais intimité religieuse. La rue est un enjeu : le régime l’interdit à l’expression de la liberté et les religieux en font un espace de soumission. L’ostentatoire est une prédation de l’espace public. La rue est interdite aux marcheurs mais pas aux prieurs. Elle est interdite aux hommes qui protestent, mais ouverte aux hommes qui se prosternent.» L’art du photographe et le courage de l’écrivain sont des preuves que l’intelligence et la sensibilité se situent hors les frontières et les menaces.

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