10.04.15

La couleur dans la photographie et la photographie des couleurs

La photographie en couleur est-elle un avatar, une illusion optique (utopique), une représentation seulement réaliste de ce qui est, une réincarnation sur papier ? La fixation sur un support d’une scène quelconque se formalisait historiquement en noir et blanc, et gris, puis vint la couleur, d’abord timide.

La couleur allait rapidement et grâce à de nouvelles techniques s’affranchir desdites difficultés techniques pour devenir, elle aussi, un nouvel élément de la photographie moderne. De la colorisation le photographe allait passer à la réalisation en couleur de ses prises de vue jusqu’à la pixellisation et le numérique. Le vrai problème, avec la photo couleur, peut, et aujourd’hui encore, être celui d’un recopiage d’une réalité. Certaines nécessités imposent une exactitude du rendu dans des travaux liés à la mode, la gastronomie, l’industrie etc. et dans ces cas nous ne sommes plus dans l’aventure photographique mais bien dans une photographie documentaire. Ceci dit sans reproche ni dédain. Dès lors, qu’apporte la couleur dans la création artistique en photographie ? Comment passer de cette photo couleur à la photographie des couleurs, elles-mêmes composantes d’un contenu artistique ?  La bonne approche serait de ne pas voir les couleurs. Du moins quand elles se montrent dans leur chromatique mais les apercevoir dans un ensemble, une harmonie possible ou bien une cohérence fragile. Il faudrait les replacer dans une autre vision que la seule admiration. Nous avons vu dernièrement les travaux de Jean-Louis Hess avec une collection de ses œuvres en couleur, exposées au Cheval Blanc à Schiltigheim, et nous pouvons dire qu’ici le photographe entreprend cette démarche autre pour faire de la couleur un propos incident, c’est-à-dire différent, la rendre accessoire dans le sens du primordial. Ses photographies sont d’origine en couleur, ce point voulant dire que Jean-Louis Hess n’a pas fait de la photo couleur mais a su mettre de la couleur dans sa recherche. Ses vues urbaines d’une banlieue strasbourgeoise importent ce que des couleurs invisibles de quartiers eux-mêmes non visibles, ont en elles, ont en eux. Prendre en photo un mur bleu ou rouge n’est pas un exercice difficile. Mais le rendre en ses couleurs (chromatique, environnementale, structurelle, sociale, architecturale) est dépendant d’une réussite qui fera la différence. Ces photographies de Jean-Louis Hess sont une belle réussite et, si d’aventure, la couleur dans la photographie peut rebuter certains, ils pourront entrevoir, avec ces œuvres, une belle ouverture vers celle-ci.

Une approche originale et particulièrement réussie est celle de Mélody Seiwert dans un travail qui réunit le végétal, la photographie et les couleurs. Ses herbiers photographiques nous amènent dans un monde du quasi microscopique tout en relevant un art, celui de la nature vue par une artiste d’une extrême sensibilité. Nature et art vont de pair, ce qui est une évidence utile à rappeler, mais ici Mélody Seiwert met en scène les formes et les coloris pour en faire des tableaux d’une grande subtilité. Elle joue avec les couleurs tout en les respectant, sait intuitivement que la nature ainsi (re)visitée ne supporterait pas sa violation par quelques procédés aléatoires. En s’appropriant le végétal elle dévoile des secrets dans les matières, les structures, les couleurs et crée des formes, des êtres, presque, qui semblent vivant en se remuant devant nous dans une chorégraphie belle et surprenante. La couleur de ces brindilles et pétales est magnifiée. Pour autant nous ne sommes pas en présence d’œuvres peintes, comme celles d’un Redouté, mais en pleine photographie. Mélody est une photographe de talent, nous le savions déjà, et avec ce travail nous voyons que son œil est expert. Plus encore, Mélody Seiwert introduit un modernisme et une contemporanéité dans cette série qui apportent un champ nouveau dans la lecture photographique. Splendides réalisations que ces planches pseudo académiques où s’entrecroisent de multiples concepts dans une magnifique graphie florale (à voir sur rendez-vous au Conseil de l’Europe à Strasbourg).

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