11.05.15

Polaroid, une passion instantanée

L’art du Polaroid ne se trouve pas dans le formalisme photographique ni dans une démarche conceptuelle organisée mais dans l’imprévu. Certes, l’œil du manipulateur apportera un plus mais c’est bien cet aspect casuel qui fait d’un instantané polaroidien une réalisation inattendue.

Nous avons vu à Strasbourg une exposition d’œuvres faites avec des appareils Polaroid à la galerie La Popartiserie, un lieu très agréable et désormais branché, et au Chariot, bar situé dans le quartier des facultés, et ces petites choses nous ont emballées. 7 artistes qui maîtrisent la technique du Polaroid mais qui savent essentiellement y mettre ce point de vue qui fait la différence tout en gardant l’esprit aléatoire du médium. Il y a dans le mouvement artistique basé sur le Polaroid de grands artistes connus et le fait qu’aujourd’hui encore de jeunes ou moins jeunes gens pratiquent cet art de la photographie est enthousiasmant. Vincent Gabriel, Thomas Dusch, Jean-Christophe Denis, Delphine Déom, Ajan, Pierre Frigeni, Elsa Plaza, Louis Lezzi sont de ceux-là. Nous aimons leur travail car ils introduisent dans leur démarche une sensibilité et une poésie, une esthétique, qui donne une dimension autre au seul format, une perspective intellectuelle différente. Justement, ils arrivent à exploser littéralement les quelques cm² de l’instantané pour en faire des objets artistiques hors normes. Nous avons voulu en savoir plus sur l’histoire de ces passionnés regroupés dans un collectif baptisé Polalsaco et Jean-Christophe Denis nous a donné des informations sur la galaxie Polaroid. Le collectif strasbourgeois créé il y a 3 ans regroupe 12 membres, dont les artistes cités plus haut, et chacun d’eux utilise un ou plusieurs appareils. La collection de J-C. Denis est surprenante et il nous en a montré quelques beaux et rares exemplaires. Il y a aussi un forum, Polaroid-Passion,  très complet, mais également une organisation à vocation internationale qui organise des expositions sous le label Expolaroid. Toute une économie s’est créée autour de ces appareils à développement instantané dont une entreprise d’origine Néerlandaise répondant au doux nom « Impossible » qui vend des cartouches et des appareils à travers le monde. Polalsaco se donne des (non)-règles dans la liberté de style de chaque membre en ne pratiquant aucune sélection de contenus et, surtout, en refusant toutes retouches numériques sur les photographies instantanées. Certains de ces passionnés pratiquent aussi la Lomographie et le sténopé. Nous voyons ainsi que les procédés basiques ou modernes de la photographie peuvent se comprendre et apporter de surprenants et beaux résultats. Quand la firme d’origine américaine, créée en 1937 par Edwin Herbert Land, a cessé ses activités en 2007 ses brevets sur les appareilsPolaroid et les films* sont repris par différentes entreprises aux USA et en Europe ce qui permettra de perpétuer cette formidable aventure comme nous le montrent brillamment les photographes de Polalsaco. [*La technique du film instantané, les fameuses cartouches, a été en fait entièrement réinventée dans une nouvelle production par la société “Impossible”]

Errances et fixation

Nous aimons rendre visite au Syndicat Potentiel, une galerie associative et alternative dans le sens de pouvoir y découvrir des choses atypiques et inventées par de jeunes artistes. Dernièrement nous avons vu le travail de Mélodie Meslet-Tourneux qui mêle photographies et matériaux solides et un événements autour des insectes.

Mélodie Meslet-Tourneux se crée un univers dans de belles errances et quand elle va dans des endroits étranges, comme un bâtiment abandonné et désormais détruit de l’hôpital civil de Strasbourg, elle se transforme en exploratrice pour nous ramener des vues belles et mystérieuses. Mais Mélodie Meslet-Tourneux veut aussi expérimenter sa photographie en la confrontant à un matériau, lui aussi très agréable. Elle fixe ses prises de vue sur de la céramique et obtient un résultat très intéressant. Ainsi ce transfert débouche sur une forme composite inattendue et donne au tout un aspect fragile, hors temps, où l’imprécision des contours ajoute un contenu énigmatique au visuel. Belles réalisations. Nous apprécions la recherche de nouveaux talents, mais aussi d’artistes confirmés, qu’effectue le Syndicat Potentiel. Un autre événement organisé par le Syndicat Potentiel sur le thème des insectes, à l’occasion de la sortie de la revue Cercle Magazine n°3, nous a franchement interpellé. Car, si l’art se consomme, ici nous étions dans cette réalité avec une double proposition, manger des insectes et découvrir des travaux d’artistes nous présentant ces petites bêtes accrochées et fixées aux murs, elles aussi bien mortes. Des photographies de Solène BouffardChristophe UrbainPatrick Bailly-Maître-Grand (sur un prêt de l’Artothèque de Strasbourg), des dessins et illustrations de Myriam ColinFrédéric PagaceTill Charlier, des installations et vidéos de Sonia Poirot  et Max Blotas. L’art est vivant, nous dit-on, il suffit de le croire pour le voir. Le Syndicat Potentiel, comme toute association, dépend d’aides directes et indirectes et lance actuellement un appel à dons. Nous espérons que cette galerie expérimentale pourra encore vivre longtemps.

Ci-dessous une photographie de Solène Bouffard et 2 études de Ryo Tomo sur d’extraordinaires insectes la nuit.

Copyright Solène Bouffard

Le scientifique et le photographe

Nous savions depuis longtemps que la photographie touche tous les publics en tant que réalisateurs plus ou moins inspirés lesquels produisent des choses allant du simple paysage, genre carte postale, jusqu’aux plus passionnantes prises de vue.

Le photographe amateur, dans de rares cas, peut atteindre une vraie conceptualisation du contenu mais la majorité de ces artistes en puissance reste dans des rendus classiques sans réel dépassement. Pourtant, à l’occasion d’une exposition d’amateurs organisée par le PCCA (Photo Ciné Club d’Alsace) dans le bel immeuble ultra moderne du Collège Doctoral Européen à Strasbourg, nous avons pu déceler dans les œuvres de Martin Karplus (l’invité d’honneur), un vieux monsieur prix Nobel de chimie en 2013 avec Arieh Warshel et Michael Levitt, un travail de grande qualité. Nous aimons, par exemple, une vue sur chantier faite à Londres dans les années 50. Martin Karplus associe dans les couleurs et les thèmes une ingénuité qui peut être propre à ces scientifiques lesquels, par leur réflexion, savent « naturellement » donner à leur recherche ce contenu précis et beau à la fois. Mais il faut aussi féliciter tous les autres participants car, même si le photographe amateur n’aspire pas obligatoirement à la reconnaissance artistique, le fait de s’investir dans de telles manifestations est une preuve de dynamisme.

Copyright Martin Karplus

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