12.12.14

La photographie n’a pas de prix

Nous constatons un élan enthousiaste ces dernières années pour l’achat de photographies par de riches collectionneurs qui n’hésitent pas (plus) à mettre des millions sur la table pour acquérir une œuvre rare. Tout dernièrement c’est une photographie de Peter Lik qui a été négociée au prix de 6,5 Millions de US dollars. Placer son argent dans une œuvre d’art est toujours risqué mais nous pensons que c’est certainement un acte conscient.

L’art, avec un petit a ou un grand A, est ce qui fait qu’un être humain se caractérise par sa capacité de projection et d’interprétation. Certes, le spéculatif vient aussi abîmer cette activité, comme tant d’autres. Il y a aussi le créateur opportuniste qui sait sentir les bons moments (comme les bons coups) pour mettre sur le marché des œuvres qui colleront au mieux aux tendances. Par contre, en matière photographique, nous ne pouvons pas dire que cette création soit tant que cela mêlée à cette démarche “marketing”. Bien sûr, la provocation sait se glisser dans la photographie comme dans d’autres productions. Mais, sur cette notion de la provocation, ne s’agit-il pas beaucoup plus du regard porté sur l’œuvre, et moins de son seul contenu ? Il y a ici cette différence entre le “provoquant” et le “provoqué”. Et, comme toute œuvre, la photographie provoquera, dans le sens de susciter. L’artiste se veut provoquant ? Libre à lui, mais ce point n’est pas garanti. L’artiste veut provoquer ? Là se joue une partie à deux (l’œuvre et le regard porté sur elle), et ce qui est recherché n’aboutit pas obligatoirement sur un résultat certain. C’est selon qui regarde.

Pour la photographie de Peter Lik, nous sommes en présence d’une œuvre qui n’entre pas dans cette démarche. Alors, passons-nous de la non provocation d’un contenu (sans parler des aspects esthétiques propres) à la provocation du prix payé ? Là se trouve peut-être une forme de provocation, tant la somme considérée atteint des sommets incroyables.  Est-ce si sûr ? Des tableaux sont vendus à des prix bien plus élevés. Pourquoi, dès lors, une œuvre photographique ne pourrait-elle pas être négociée aussi fortement ?

Il y a des gens qui possèdent une masse d’argent impressionnante et qui achètent des œuvres d’art. Ils vendent, rachètent, échangent. Ce sont des collectionneurs privés. Il y a aussi les musées qui interviennent dans cette activité. Mais il y a également de petits collectionneurs qui dépensent des sommes souvent modestes dans l’acquisition d’œuvres. Dans tous les cas nous pouvons retenir quelques critères communs à eux tous dans leur démarche : la beauté (du geste ?), la qualité du travail de l’artiste, la rareté relative, puis les aspects financiers (cote, progression, rentabilité espérée). Ces derniers éléments sont plutôt de l’ordre d’un achat à logique spéculative ce qui n’est pas toujours le cas chez certains collectionneurs qui ne veulent retenir que le contenu purement artistique.

Est-ce que la photographie de Peter Lik sera un jour revendue, par exemple, au double de son prix actuel ? Si c’est le cas, alors le spéculatif aura définitivement contaminé la photographie. Puis, on pourra se dire, et pourquoi pas ? L’Art n’a pas de prix. Sauf celui qui se trouve dans le travail réalisé et l’affinité créée entre l’artiste et son public. Avec modestie ou bien avec grandeur.

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