13.02.15

Éclairage urbain, architecture et photographie

L’éclairage des villes et des villages est depuis quelques décennies un élément constitutif d’un ensemble où l’art réunit les volumes (bâtiments), les espaces (lieux de circulation pédestre et motorisée) et les couleurs. La mise en scène de ces trois constituants dans le milieu urbain est devenue incontournable jusqu’à s’ériger en véritable parcours conceptuel et esthétique, comme à Lyon avec la fête des lumières.

 Bien entendu, ce matériau ne pouvait pas laisser insensible le photographe et, d’ailleurs, les oeuvres de Brassaï faites la nuit à Paris dans les années 30 montraient, avant l’heure, ce que comportait de magique cet éclairage qui n’était que tristesse blafarde. C’est bien la sensibilité d’un artiste qui pouvait mettre en perspective la poésie cachée de ces rues parisiennes sous les becs de gaz. La nuit n’est donc pas seulement le point de rencontre d’individus à la recherche d’aventures mais elle est aussi celle de subtiles ombres, halos, pavés et façades dont très longtemps le noir, le gris et l’argenté étaient les seules couleurs possibles. Petit à petit les jaunes, les verts, les rouges et même les bleus sont arrivés dans nos paysages nocturnes au cœur de nos cités. Nous avons rendu récemment visite à un photographe  strasbourgeois, dont nous avons déjà parlé dans nos colonnes, et qui s’est intéressé de près à ce matériau qu’est cette lumière artificielle, passée d’une simple fonction d’éclairage de nuit à une composante architecturale à part entière. Benjamin Kiffel est allé à Berlin, Copenhague, Dubrovnik, Düsseldorf, Hambourg, Kotor, Malmö et Strasbourg pour saisir ces spots et ces néons  dans leur contexte, avec tout ce que cela comporte d’agressif, de doux ou de structuré. Ses photographies nous montrent un quotidien qui ne nous interpelle pas lorsqu’on baigne dans cet environnement mais, dès lors que l’observateur, ici le photographe, en extrait la quintessence nous y trouvons une plastique étonnante. De la banalité nous arrivons à l’exceptionnel car c’est cet imbroglio de couleurs, de formes, de perspectives qui transforme un supermarché, un parking, un hall ou une bibliothèque municipale en un événement en soi. Benjamin Kiffel nous rappelle que la fonction sécuritaire de l’éclairage ne pouvait plus être le seul leitmotiv des concepteurs et que l’introduction du beau a aussi sa fonction dans nos vies citadines. Et le photographe de mettre en avant l’esthétisme de ces lieux, avec sa propre esthétique, celle de prises de vue parfaitement équilibrées. Cette série baptisée « Utopie » est montrée  par le biais d’écrans plats où défilent les images dans un rythme apaisant, comme la nuit. Ainsi Benjamin Kiffel boucle la boucle, de la fureur de la ville, le jour, aux silences multicolores et nocturnes vers une mise en scène très moderne de son travail sous les voûtes anciennes de sa galerie. (Galerie de la Pierre Large, 25 rue des Veaux, Strasbourg).

Publicité

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s