14.02.14

Femmes photographes

Dans nos affinités féminines et, dans bien des cas, nos attirances pour celles, artistes et créatrices, qui provoquent en nous des émois nous avons déjà cité dans nos colonnes quelques femmes photographes dont Maïmouna Guerresi Natalie Savey et aujourd’hui nous voulons parler de deux autres personnes, deux femmes qui réalisent des oeuvres qui vont aussi, nous le savons déjà, nous toucher durablement.

Femmes photographes (suite de la première page).. Stimultaniathe pôle photographique de Strasbourg, nous présente Amelie Zadeh, une jeune autrichienne, qui fixe joliment sur le papier des visages et des corps, non comme de simples et belles photos, mais beaucoup plus dans un sens pictural où matières et couleurs vous amènent dans un univers muséal. Et, curieusement, ces visages donnent une impression lisse, d’absence, tant la réalité de ces portraits atteint une sorte d’évanescence, un peu comme une empreinte insaisissable mais qui, pourtant, vous accompagne sans cesse. Un voyage curieux qui vous oblige à revenir, à repasser plusieurs fois devant les mêmes visages pour s’en approprier leur (in)tangible existence. Dans une autre partie de l’exposition Amelie Zadeh accroche de petites choses étonnantes, des collages presque maladroits, mais qui forment déjà une essence, celle de formes prenant corps dans leur géométrie subtile. Démarche conceptuelle en opposition à son travail photographique qui tente un lien entre ces deux extrêmes: du figuratif à l’abstraction et inversement jusqu’à comprendre qu’il n’existe peut-être pas de réelle dichotomie là où on voudrait nous le dire, nous le montrer.

Avec Estelle Lagarde nous entrons, grâce à la galerie Radial, dans un univers stressant, concret, humain et révoltant. Du moins dans une première approche puisqu’il s’agit de vieux hôpitaux ou de prisons abandonnés. Et ces endroits improbables, qui ont eu leur heure de gloire, ou plutôt d’horreur, deviennent sous vos yeux des lieux hantés. Estelle Lagarde introduit des fantômes dans ses photographies, qui reprennent vie entre les mains de geôliers ou d’infirmiers, pour nous montrer que le passé reste, même et malgré toute énergie d’enfouissement (dans les têtes et les destructions, violentes ou progressives, celles du temps) un présent dont il est impossible de se débarrasser. Nous ne pouvons que penser au stalinisme, au nazisme, à Ceausescu.. Photographiquement vu, le travail d’Estelle Lagarde est remarquable. Le contenu est marquant. Bravo à Frédéric Croizer d’apporter dans ses expositions une photographie de grande qualité.

L’Autriche à Strasbourg

L’Autriche est présente à Strasbourg, pour la photographie (elle assume actuellement la présidence du comité des ministres du Conseil de l’Europe et nous serons toujours étonnés que ces mastodontes administratifs accouchent, de temps en temps, de tous petits éléphants culturels lesquels sont parfois de belles réussites), et c’est dans ce cadre ( tout comme pour Amelie Zadeh citée plus haut), que nous pouvons voir à La Chambre, autre haut lieu de la photographie à Strasbourg, les oeuvres de Peter Granser. Autrichien sous influence, essentiellement américaine, ce photographe sait mettre de l’humour dans certains de ses clichés (ce dernier terme au sens propre et figuré). Gros baigneurs vivants, au moins septuagénaires, qui flottent dans une piscine, ces américains pré, post ou durablement obèses, vache coincée entre des voitures sur un parking, dames américaines bientôt définitivement ensevelies sous des plis graisseux et des rides bouleversantes.. Avec tout ceci Peter Granser ne veut rien dénoncer mais seulement montrer que cette Amérique, très présente aussi en Europe, n’est pas un eldorado du bon vivre, ni peut-être du bon goût, et qu’elle est également une humanité pour elle-même parmi tant d’autres. Dans la salle du fond, à La Chambre, nous avons vu une toute autre approche de ce que fait Peter Granser, de grandes photos carrées, format que nous aimons, dont quelques oeuvres magnifiques. Plus particulièrement une simple vue de ce qui pourrait être un bureau militaire où on ne voit que des choses banales (un tableau avec comme mention inscrite au-dessus “Texas-Iraq”) dont l’ensemble, les couleurs, la géométrie, l’atmosphère est splendide. Pour nous, Peter Granser est une très agréable découverte.

Publicité