16.09.14

La vie photographiée, voyages au plus près, au plus loin.

Raconter la vie, sa vie et celle des autres, reste un exercice incontournable pour le photographe, dans une démarche sensible où il faut joindre un contenu narratif à une certaine beauté. Nous avons vu et découvert les travaux de deux photographes strasbourgeois, Pascal Bastien et Christophe Bourgeois, qui réussissent cette jonction avec tact et intelligence.

En parcourant le livre de photographies de Pascal BastienComme neige au soleil”, et découvert à la librairie “L’Usage du Monde » à Strasbourg, nous avons l’impression de voir nos propres souvenirs tant ce qu’il montre nous est familier. Pourtant ses petites photos carrées contiennent des éléments très personnels, par cette façon qu’il a de nous raconter en douceur un cheminement intime. Ces gris et blancs dans ses prises de vues dominent certains noirs, nous voilà avec une très belle photographie argentique. Nostalgie ? Non, nous disent ces photographies, plutôt des souvenirs précis et intemporels. Cet art de l’image quasi introspective est hors du temps, celui qui pourrait fondre, s’éloigner, s’estomper alors même qu’il se fixe dans nos têtes autant que sur le papier. L’étrangeté de la photographie, et particulièrement celle de Pascal Bastien, nous invite à une réflexion sur les souvenirs regardés et ceux contenus dans notre mémoire. Quelle est l’exacte nature de ces photos ? Est-elle une tentative de sauver des éléments qui disparaissent pour mieux les retenir, cri silencieux, ou bien un simple rappel de ce qui a été, à un moment donné, et offert comme un gage à quelque chose de plus fort, le temps qui passe ? Un autre aspect serait celui d’un contenu esthétique qui agrégerait toutes ces contradictions et aspirations. Et si la photographie, dans sa simplicité humaine, n’était rien d’autre que des morceaux de beauté ? Pascal Bastien nous offre ces petits bouts de bonheur constitués par le beau. L’art est fait de perceptibles esthétismes, à goûter avec l’œil et le cœur.

Un autre voyage, au loin, en Chine ou bien au Mali, nous amène sur le chemin des hommes en devenir. Christophe Bourgeois part à leur rencontre comme un découvreur de nouvelles identités. Son exposition “En quête d’altérité”, au pôle de photographie Stimultania de Strasbourg, est un long parcours sur des territoires où s’affairent des individus écrasés par la nécessité de survivre. Christophe Bourgeois ne veut rien démontrer ni prouver. Il ne souhaite, semble-t-il, avec ses photographies en noir et blanc, que rapporter, là aussi, une beauté initiale et pure. Même avec des souffrances. L’activité humaine dans ce qu’elle comporte de destructrice, autant pour les personnes que pour l’environnement, peut être vue différemment selon un regard fait d’empathie et de respect. Ces photographies sont faites de reconnaissance de l’autre dans le sens imaginé par le philosophe Emmanuel Levinas. Certaines photos montrent des hommes chargés comme des mules, dans un flou opportun, celui de la pudeur du photographe. Bel hommage en vérité que de voir ces ouvriers ainsi, avec cette considération qui est un art. Photographier n’est pas seulement capter un instant de vie, pour l’artiste voyageur, c’est aussi amener à développer le regard de celui qui regarde une exposition. Le faire évoluer du statique vers l’entraînement, vers l’autre tout simplement.

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