18.07.15

François Nussbaumer ou l’œil d’une conscience photographique

Passer un moment avec François Nussbaumer dans son atelier est un voyage multiple où les thèmes de discussion sont autant de passages d’un monde à l’autre, d’un territoire connu (ses célèbres portraits) vers d’autres, beaucoup plus confidentiels.

Photographe recherché et éditeur, François Nussbaumer s’expose peu et voir une partie de ses travaux à la Galerie Ritsch-Fisch de Strasbourg nous amène vers des contenus qui montrent un talent esthétique et conceptuel puissant, mais avec ce quelque chose qui ressemble à une forme d’humour discret. L’homme est brillant, pourtant nous décelons en lui une fragilité humaine (ce joli pléonasme) qui dénote un goût vers le beau et le sensible qui peut apparaître caché sous un formalisme strict, une certaine rigidité. Mais il faut aller au-delà de cette plastique qui peut être ressentie comme froide et trouver dans ses œuvres exposées ces aspects humains, juste de quoi s’apercevoir qu’elles sont là, ces dérisions qui font d’un artiste une personne en recherche et donc fragile. Des agrumes ou des poêles à frire, des savons colorés et leurs poils collés dessus, même des vues d’avions haut perchés dans le ciel avec leurs traces blanches comme seules marques possibles d’une existence, éphémère, le photographe se livre avec retenue tout en accrochant de grands formats pour nous rappeler que les dimensions contraires, le micro et le macro, sont en fait des scopiques du regard intérieur. Nous aimons voir en François, en l’homme, cette dualité du fort et du fragile et quand il nous confie ces quelques clichés de Cannes (le festival) ci-dessous, nous comprenons que sa sensibilité est sa véritable personnalité, qu’une conscience l’accompagne en profondeur, logée en lui comme une vérité tangible et secrète.

Copyright François Nussbaumer

Copyright François Nussbaumer

Le corps en ultimes tentatives

Photographier les réalités d’un corps sous l’angle de ce qu’il possède de plus ultime, présence d’un édifice en phase d’amoindrissement, matériaux dont on sait qu’ils peuvent encore nous révéler des beautés, n’est pas une démarche spontanée.

Il faut aller chercher dans les strates de ces peaux résistantes la quintessence d’une âme elle-même partie prenante du combat. Le photographe Olivier Lelong sait de quoi il parle en mettant en scène deux corps, ceux de Geneviève et Antoine, puisqu’il s’est, en son temps, spécialisé dans la photographie médicale, exercices qu’il transposera vers une création artistique hyper réaliste. Le photographe et ses modèles, ici, s’imbriquent dans un parcours qui semble sans issue, sorte de game over programmé, ce qui est parfaitement compris, mais les protagonistes vont nous démontrer que la puissance reste de mise jusqu’à la fin. Puissance des images, de ces corps, de leur aberration splendide. La nudité sur soi et en soi quand on a dépassé quelques vingtaines d’années d’existence est, et peut-être reste, ce qui est du domaine du visible même quand tout contraint à (se) le cacher. Le sédiment de la vie comme une trace d’un séjour qui fut magnifique. Et si il y avait malgré tout une beauté après avoir été ? Le travail d’Olivier va nous démontrer, avec violence et douceur, que lorsque se conjuguent abstraction (des complexes) et objectivation de la réalité, le photographe obtient un ensemble qui est l’antithèse du précaire. Ces deux corps réduits par le temps développent de nouvelles dimensions, le puéril et la dérision s’associent à la gravité d’une situation (son inéluctabilité dans une fin en forme de décompte), une esthétique renaissante comme un pied de nez au temps. Il y a de l’optimisme et de l’insouciance dans ces prises de vue et le tout donne envie de vivre à notre tour ce que nous montrent ces photographies. Ne serait-ce qu’avec soi, devant son miroir, le temps de se dire qu’il y a place pour soi dans le champ de son image projetée, pour se l’approprier enfin.

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