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Publié le Mis à jour le

29 février – 31 mars 2020 : 4ème édition de Strasbourg art photography

(Après une pause assez longue dans notre travail rédactionnel, et suite à la mise en place d’événements culturels et artistique importants, nous reprenons la diffusion de nos articles. Ci-dessous un nouveau contenu à lire consacré à l’artiste plasticien Mohammed El Mourid)

Mohammed El Mourid est un artiste de l’expérience. A la fois dans le sens d’expérimenter et celui de la connaissance. Il acquière ses savoirs sur des terrains mouvants lesquels vont servir de socles à ses travaux.

« Terrains mouvants », oui, et c’est bien là où l’artiste excelle. Il traite les matières dans une double appropriation : le support et le sujet. L’objet de ses approches est justement de mêler le contenu et le contenant, il en ressort une notion de l’effacement.

La disparition dans ce travail est récurrente. Répétitive. Il crée des phénomènes visuels où le matériau, le concret, va servir de base à cette disparition. Exemple : des peaux de chèvres séchées sur lesquelles il va transférer des vues selon un processus photographique tendant à montrer de manière étonnante que le temps s’estompe, mais celui-ci reste sous une forme résiduelle. Les visages qu’il a souvent ainsi transférés sur ces peaux sont comme de lointains souvenirs. Le flou du temps rejoint les strates de la matière. Il y a aussi les galets, eux aussi accueillant des transferts photographiques sur leur surface. Paradoxe complet du solide et de ce qui roule, comme le temps.

D’autres travaux rejoignent ce souci de la disparition. Blocs de lait congelés qui fondent, passage du solide temporaire et fragile, comme la vie des Hommes, vers le liquide fuyant, cette impossibilité là encore de figer le temps.

Pourtant il y a tentative de fixation. Une sorte de momification. Ces visages sur les peaux, sur les galets ou ce produit congelé sont des arrêts à la fois concrets et immatériels. Mais Mohammed El Mourid sait que cette tentative, mainte fois répétée, est l’obligatoire effort vers l’absence à combler. Et nous arrivons ici à la notion de mémoire.

Mémoire du travail, celui de s’exercer chaque jour dans une obsession du souvenir afin de toucher du doigt la douleur de ce qui disparaît. La mémoire serait en fait, pour l’artiste, un matériau presque comme un autre.

Disparition, momification, mémoire. Mohammed El Mourid met en œuvre cette trilogie, une trinité des sens, profane et subtile, et la philosophie qui en ressort serait celle du beau. Beauté par essence impossible à fixer, par quelque procédé que ce soit, et encore moins par un diktat relevant de la fascination. La mémoire, dans les œuvres de Mohammed El Mourid est de l’ordre de la simple approche. Humble et complexe à la fois.

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