23.06.15

Prendre corps ou la nécessaire matérialité de la poésie. Un parcours photographique et artistique dans Strasbourg au mois de mai (2ème partie)

En mai à Strasbourg les choses photographiées ou sonores ou bien fabriquées se mélangeaient sous un temps assez agréable et nous nous disions que l’influence météorologique pouvait modifier la perception.

D’ailleurs, parmi les différents événements, il y avait des interventions liées à l’industrie, l’environnement et l’art, cette nouvelle accointance des temps modernes avec prise de conscience.

Jorge Orta est venu à Strasbourg invité par le CEAAC nous parler de ses travaux et installations à travers le monde qui s’inscrivent dans un contexte à la fois politique, industriel et artistique. Historiquement c’est le politique qui était sa revendication sous les contraintes morales et physiques de la dictature en Argentine, son pays d’origine, avec cet impératif de lier l’art à la liberté puisque, concrètement, c’est de l’art que part cette notion (imagination, réalisation, discours). Puis son engagement artistique l’a amené à concevoir des installations au plus près des populations sans jamais se séparer d’une idée sociale et géopolitique. La société et l’industrie produisent à leur tour ces contraintes et il faut, du point de vue de l’artiste, pouvoir les interpréter, les réorienter pour moins les subir. Jorge Orta et son épouse Lucy ont ainsi depuis plusieurs décennies dessiner des lignes précises et belles entre art, humanité et modernité, mettant en place un peu partout dans le monde des éléments d’une prise de conscience universelle proposés aux individus directement sous influence. Dans la même ambition, mais très marquée par la question de l’environnent, Françoise Vincent et Eloy Feria sont des artistes-chercheurs qui tentent de (re)concilier l’art et son contexte environnemental. Le réchauffement climatique, le nucléaire, les pollutions sont de leurs thématiques et l’installation montrée au Syndicat Potentiel nous indique qu’il est possible de mettre une touche artistique sur des sujets graves et actuels. Avec ces quatre artistes constructeurs nous savons définitivement qu’une géographie de l’art sait se placer et se mouvoir en dehors des seuls théories de la dénonciation pour arriver à un dialogue argumenté basé sur une vision à la fois conceptuelle et concrète, où le beau n’est pas obligatoirement un faire-valoir.

Toujours dans cet esprit nous avons vu lors des Ateliers Ouverts, cette grande foire informelle par laquelle des artistes reçoivent chez eux, ou bien dans leurs repaires communs, des invités inconnus qui viennent leur rendre visite un ou deux week-ends de suite, les travaux de Thomas Lasbouygues et Guillaume Barth dans le cadre de leur projetElina. Une planète imaginaire et pourtant bien concrète située à-même notre Terre au départ de laquelle nos deux explorateurs et astronautes vont nous inviter à visualiser les aspects étonnants d’une esthétique de l’inconnu ou plutôt de l’imagination, toujours. Aller sur un bout du monde et en revenir avec une narration du pseudo trempée dans la réalité d’un vrai voyage, voilà un parcours très intéressant. On se prend au jeu, on est en compagnie d’Hergé avec tout le sérieux d’une histoire consciencieusement fabriquée et sidérante. Dans ces Ateliers Ouverts nous avons aimé les photographies de Gaëlle Cressent baptisées Cassiopée’s Breakfast. Nous reviendrons spécifiquement sur ces Ateliers Ouverts dans un prochain article dédié à cet événement et nous parlerons aussi de Shadok le nouveau centre strasbourgeois des cultures numériques.

Nous terminerons ce parcours avec l’exposition « Sayonara » mise en scène par Madeleine Millot-Durrenberger et son association In Extremis. Quand nous parlions de matérialité et de poésie, deux réalités opposables, nous ne pouvions pas mieux imaginer la possible cohérence entre ces territoires dont l’interaction a été magnifiquement démontrée dans la réunion d’artistes asiatiques et leurs œuvres photographiques. C’est ici l’art de Mme Millot-Durrenberger de nous présenter ses collections avec cette habituelle intelligence. Ce qui ressort de ces photographies d’artistes asiatiques s’appelle sensibilité et discrétion dans une approche d’une grande subtilité même sur des thèmes classiques comme des vues sur des toits parisiens. Ces Japonais et Laotien réunissent une pratique de la photographie occidentale humaniste avec une vision quasi magique, mystérieuse dans le sens d’une suggestion esthétique particulièrement intériorisée ce qui invite à partir dans un voyage intime avec chaque œuvre et chaque artiste. Ces photographies se méritent et il faut se laisser séduire doucement, longuement, leur offrir de notre temps pour se les approprier et les mémoriser. Le Japon avec Hiroto Fujimoto, Yuki Onodera, Jun Shiraoka, Keiichi Tahara et Masao Yamamoto formait le corpus de cette exposition tandis que le Laotien Rasi marquait de sa présence posthume un événement d’une très grande qualité.

Publicité

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s