24.04.15

Voies calmes

Il y a chez Philippe Lepeut une présence tranquille même quand il s’expose en grand au Musée d’art Moderne et Contemporain de Strasbourg. Discrétion et sensibilité sont les notes d’une musique interne, des sons, qui ponctuent un ensemble de créations toutes faites de douceur.

Cette voix qui est la sienne ne s’entend pas avec fracas, et les différentes voies que l’artiste prend pour se diriger à l’intérieur de sa poésie sont autant de chemins de traverse. Le titre de son exposition, en anglais, “Listen to the Quiet Voice” nous indique que les œuvres montrées ne s’affichent pas avec arrogance. Il faut ainsi se déplacer selon le vent, lui aussi doux et suave, qui souffle d’un endroit à un autre. Pourtant, quand nous arrivons sur le plateau de 600 m² qui lui est consacré au MAMCS, c’est par une affiche surdimensionnée que le visiteur est accueilli avec un artiste qui se montre accompagné de créatures zoologiques dans une sorte de défilé allégorique. Puis un certain vide s’offre à nos yeux et à nos oreilles et, soudain, une voix irréelle vient ponctuer ce silence. Cet espace est en fait ce qui caractérise ce qui va se produire ici. Un voyage serein. De petites choses qui parlent à l’artiste et qui invitent à un dialogue avec lui, des installations aux repères personnels mais qui nous semblent connus, des photographies où des mains et des lieux sont montrés comme des signes d’amitié, d’humanité, d’autres photographies, remarquables, qui installent une conversation entre la mort et le vivant, ou encore des vues contemporaines d’une table de travail qui dessinent l’emplacement de l’artiste dans un jeu de présence et d’absence. Un pendule de quartz figé au-dessus d’un néon, temps et heures constants mais fragiles, des vidéos étranges et belles, une pièce noire avec pour seul contenu un son lui aussi étrange, une autre pièce sombre et sa vidéo séquentielle d’une main manipulant un stylo. Une autre œuvre attire l’attention, qui semble vouloir nous parler à voix basse, une pierre de galène et deux coquillages placés derrière un plexiglas ajouré. L’art, avec Philippe Lepeut, ne peut être que pluriel. Il horizontalise celui-ci pour en faire un parcours personnel et les contenus qui en émergent sont des demandes pour approfondir chaque étape. Les sons, le visuel, les volumes, le conceptuel que met en scène Philippe répandent quelque chose de rare. Une autre dimension vient immédiatement nous toucher, celle de l’olfactif, dans une intériorité elle aussi très intime. Cette exposition est un beau voyage dans une humanité retrouvée, ponctuée de trésors dont la valeur est celle que chacun pourra y donner par son regard et sa sensibilité.

Faire le mur

Nous avons vu deux thèmes sur cette idée de faire le mur dans le sens de s’en servir (mais respectueux de l’idée originelle, s’évader, passer par-dessus, transgresser). Le film de Banksy, “Faites le mur” vu à La Maison de L’Image de Strasbourg nous sert un panorama historique/hystérique très amusant du parcours d’un graffeur nouveau-né.

Autant inventé que concret, un produit par excellence d’une société qui se goinfre de “fake” tout en accordant une valeur démesurée aux créations contemporaines. Un film haletant, bien construit, dont l’objet principal est de prendre les amateurs et collectionneurs d’art pour des imbéciles (ce qui est très facile, mais n’est-ce pas de leur faute ?) comme, d’ailleurs, les spectateurs dudit film, car l’histoire racontée de ce gros bonhomme d’origine française installé aux States, et qui va devenir une star du Street Art, est une fable désopilante et vraie. C’est ce mélange de racontars et de réalisme (oui, le vrai se fait support du faux et inversement) qui fait de ce reportage filmé un exercice parfait de contre-culture. Banksy s’y connaît en transgression, et ce qu’il a fait avec cette histoire improbable est excellent. L’auteur de cet article, grand amateur (encore un !) de Graffiti a retrouvé dans cette fable l’esprit subversif de certaines œuvres qu’il aime photographier dans des rues ou des fabriques abandonnées, objet(s) d’attaques géniales de la part d’artistes de street art. Mais là où Banksy fait fort, c’est de mettre en avant sans complexe le contrepoint au subversif qu’est le ridicule inconscient des regardeurs de cet art de rue (et de tout art finalement). Il introduit un humour corrosif dans son regard qu’il porte sur ces spectateurs vides de sens critique mais avides de sens commercial. Les artistes sont des marginaux apprivoisés par le marché, mais Banksy ne se laisse pas enfermer, pour le moment. Il profite du marché de l’art tout comme celui-ci profite de lui, du moins pour certains spéculateurs. C’est là un jeu de dupes consenti et il faut évidemment ne jamais perdre son sens de l’humour et du ridicule pour pouvoir dépasser le sous-niveau d’une activité marchande réductrice et pourtant porteuse de temps en temps de coups géniaux, comme ce film. La Maison de l’image et l’INA à Strasbourg sont des lieux incontournables autour de l’art cinématographique et de la vidéo.

Mur d’art

Sous ce titre, “Faire le mur”, Zone d’Art invite un collectif franco-allemand à installer des œuvres sur des murs dans une démarche (non) concurrentielle à celle des panneaux publicitaires. Zone d’Art est (donc) située dans une zone industrielle, à Strasbourg, et regroupe des artistes qui pourraient être des entrepreneurs en art public.

Avec Plakat Wand Kunst  nous sommes dans un esprit de substitution de l’espace marchand par la mise en place de grands formats (3,60 x 2,60 m) au seul contenu artistique. C’est dans cette même zone (d’art) que certains artistes de PWK ont hissé leurs œuvres sur des murs d’entrepôts en lieu et place de ces énormes publicités invasives. Très belle réussite que cette idée, et voir sur de vieux murs des fresques contemporaines d’artistes connus et reconnus (Gundula Bleckmann, Sabine Brand-Scheffel, Didier Guth, Walter Jung, Germain Roesz, Gabi Streile, Sylvie Villaume et Nicolas Schneider en tant qu’invité) nous fait dire que l’initiative contient justement ce que nous disions plus haut avec Banksy. Ici nous sommes en présence d’un art contemporain qui s’inscrit dans un environnement urbain en dehors des musées et des galeries, et cette initiative sera également répétée à partir du 23 avril 2015 le long du Rhin, côté allemand à Kehl, dans les jardins des 2 rives. Didier Guth nous a fait le plaisir de nous en dire plus sur cette action dont l’idée d’accrocher des peintures à la place de panneaux publicitaires émerge en 1980 à Karlsruhe grâce à Angela Junk-Eichhorn. Plus tard il y aura scission entre les membres fondateurs et naîtra Plakat Wand Kunst qui fédère maintenant 17 membres (14 Allemands et 3 Français). Les œuvres placées dans l’enceinte de la zone industrielle sont remarquables, non seulement par leur contenu mais parce qu’elles s’inscrivent dans le contexte. Il y a dans ces peintures une véritable réflexion entre poésie, urbanisme, abstraction, géométrie et conceptualisation. Une géographie de l’art se met en place à l’instar de l’œuvre exposée par Didier Guth. Le tout forme un itinéraire atypique et passionnant.

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