24.08.14

De la photographie comme thérapie ou l’art insensé

Dans les œuvres réalisées par les “fous”, ou plus simplement par des personnes rencontrant des difficultés relationnelles plus ou moins profondes, se trouve le mystère même de leur mal-être. Et comme dans tout mystère, la beauté de l’incohérence, ou l’esthétique d’une hyper précision, ressort avec une flagrance elle-même source de fascination. Se rajoute à cet état le fait que “l’artiste fou” n’est pas un technicien mais tout bêtement un autodidacte, un faiseur d’art presque malgré lui. Un “art brut” selon Jean Dubuffet, dans le sens d’une production sans antécédent culturel ni influence aucune. “Brut”, ici, ne voulant pas dire grossier, loin de là. En visionnant le film de John Maloof et Charlie Siskel, “A la recherche de Vivian Maier”, nous nous demandions de quelle pathologie pouvait bien souffrir cette femme d’origine française par sa mère (née à New-York et décédée à Chicago en 2009 à l’âge de 83 ans), qui produisit une quantité phénoménale de photographies dont il ressort, justement, une évidente et surprenante beauté, même plus, un contenu subjuguant, avec une forme de génie particulièrement renversant.

Le film nous montre un personnage qui semble particulièrement torturé, déphasé, qui s’enfermera dans une frénésie photographique pratiquement sans borne. Paradoxe que cet enfermement consistant à sortir dans les rues, le plus souvent possible, pour y photographier des gens, des situations, des immeubles.. Une photographie de rue, du street photography, splendide, réalisations techniquement remarquables. Et un sens poussé pour saisir l’instant, insoupçonnable, et pourtant évident pour elle. Une œuvre insensée, presque impensable.

John Maloof est tombé par hasard sur des photographies et des pellicules de Vivian Maier et a détecté ce contenu impossible. Il nous raconte dans son film (« Finding Vivian Maier » en anglais) l’ensemble de ses démarches pour matérialiser le personnage, puis organiser méthodiquement une sorte de catalogue posthume des  œuvres de cette photographe demeurée inconnue. Vivian Maier conservait son travail caché dans des valises et des cartons, elle photographiait, toujours et encore, puis enfouissait ses œuvres dans un esprit dont elle seule, peut-être, comprenait le sens. Ou bien non, elle ne savait pas ce qu’elle voulait vraiment faire en dissimulant ses clichés. Faire des photos, pour elle, correspondait-il à une sorte de thérapie, un besoin de se sortir d’elle-même, transcender une misanthropie définitive, exprimer un amour frustré envers les autres rendu pratiquement, concrètement, irréalisable ?

Le mystère est entier. Reste une œuvre incroyable, des prises de vue qui confère à la photographie un contenu artistique d’un niveau et d’une qualité magiques. Car au-delà de ce qu’a réalisé Vivian Maier, c’est bien d’un Art rapporté à la photographie dont il faut parler.

Puis, en sortant de la salle obscure, on s’est dit que, si cela se trouve, cette personne a été inventée par son “découvreur”, que Vivian ne serait qu’un “fake”. Et la boucle serait bouclée, comme une photographie qui ne montre que ce qui a été, peut-être, d’ailleurs, même pas. Ou bien de ce qui est, du point de vue d’un œil, d’un objectif, et donc de ce que seul sait celui ou celle qui a vu, et qui ne sera jamais vu par un autre, pareillement. Vivian Maier pourrait bien s’amuser en lisant ces quelques lignes..

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