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14 juillet 2022 

2 ans d’absence ! La pandémie est passée par là, et voici notre événement de retour !

29 février – 31 mars 2020

4ème édition de Strasbourg art photography !

Copie de Strasartphot4

Le mois de la photographie à Strasbourg

Le mois de la photographie « Strasbourg art photography, un parcours photographique en ville » a débuté ce 1er mars 2017 dans plus de 40 lieux à travers la ville. Cinquante artistes internationaux, des galeries d’art et des forums pour un itinéraire de la photographie contemporaine d’un excellent niveau.

26.03.16

Un parcours photographique en ville

Strasbourg Art Photography souhaite mettre en place un événement sur la photographie moderne, contemporaine et conceptuelle.  Le projet consiste en un parcours photographique dans la ville programmé pour mars 2017.

La photographie peut ne pas être une carte postale, elle est davantage un regard et une réflexion, concrets et/ou intellectuels, un travail aussi. Un artiste, un auteur photographe développe une sémantique où le signifié n’est pas obligatoirement une déclamation ou une démonstration. Mais elle peut l’être. Ou bien le contraire. Reste à comprendre, et là se trouve un face-à-face étrange et beau entre une oeuvre et l’individu devant, celui ou celle qui va entrer en dialogue avec. Les concepts de beauté, de laideur, d’étonnement, de plénitude, d’étrangeté, de vulgarité, d’agressivité, d’émotion, du choquant, du bouleversement etc. seront au choix de cet individu qui regarde. Double regard donc, celui ou celle qui a fait l’oeuvre photographique et celui ou celle qui la découvre. Nous souhaitons mettre en dialogue des photographies, des photographes, qui apportent ces éléments artistiques et conceptuels avec un public non nécessairement habitué / habituel. Déchiffrer, défricher. Ouvrir de nouveaux champs, proposer des terrains de réflexion, mettre l’art et la photographie dans de nouvelles situations.

Plus d’informations sur le projet à lire ici

Sites à découvrir également :

Strasbourg Art Photography Facebook

Un parcours photographique en ville Facebook

14.03.16

Conventions et transgression, la photographie comme levier culturel en Corée du Sud

La photographie sud-coréenne est significative depuis quelques années de ce mouvement souterrain d’une rébellion calme mais continue d’un monde un peu perdu entre conventions et modernisme alors que la photographie japonaise est en affirmation d’elle-même depuis les années 1920 avec, par exemple, Seiichi Uozumi. La Corée a été occupée très longuement par le Japon et se trouve partagée entre Nord et Sud depuis 1945 ce qui a donné naissance à deux frères ennemis puis à une guerre entre eux pour aboutir (définitivement ?) à une partition sordide. La Corée du Sud supporte ainsi le poids d’une histoire douloureuse laquelle se confrontera de décennies en décennies à une évolution rapide quant à son économie qui deviendra florissante, apportant sous influence « culturelle » américaine une distanciation envers ses propres repères. Il y a en Corée du Sud un combat évident pour rester respectueux de traditions ancestrales alors même que tout invite le pays à s’occidentaliser. Et la photographie coréenne actuellement montrée à Strasbourg (« Turbulent Transition 1 et Turbulent Transition 2 »), dans le cadre de l’année France-Corée 2015-2016,  est un aspect de cette lutte, mais encore formalisée par une esthétique et des codes eux-mêmes respectueux et polis envers la société et les Coréens eux-mêmes. Pourtant, il faut bien regarder ces images et thématiques pour y déceler cette envie transgressive qui pointe sous un formalisme « bon teint ». L’apparence est sauvegardée mais le discours est là, dans une lecture à plusieurs niveaux. Les grands portraits de Hein-Kuhn OH en sont peut-être l’exemple type, où les visages lissés des modèles laissent interrogatifs devant ces calmes figures. Sous l’eau dormante semble pointer une passivité qui n’est plus, une tentation de sortir, se sortir, s’extraire de codes figés, comme le corps et l’âme eux-mêmes fixés par les conventions, ces regards voudraient nous dire que bientôt l’heure est arrivée (à voir à La Chambre dans une exposition personnelle). D’ailleurs il ira photographier des personnages précisément « entre-deux », dans les quartiers de Séoul eux aussi en déstructuration sociale et urbaine pour nous montrer une évolution d’individus dont on ne sait pas (comme eux) ce qu’ils sont devenus ou deviendront (Turbulent Transition 1). Ces visages et ces Coréens, nous les retrouverons avec  Taedong KIM sous un aspect cette fois-ci distancié. Il s’agit de personnes banales, presque figées sous les lumières nocturnes de candélabres et autres projecteurs violents. Encore ces vues de personnages qui semblent nous dire que la taxidermie sociale et conventionnelle de la société coréenne n’est qu’une étape, mais vers quoi ? Tous ces gens jeunes ou moins jeunes fixés par le photographe donnent l’impression d’un dédoublement mais nous n’en connaissons toujours pas les conséquences. Puis nous allons faire marche arrière avec Ki-Chan KIM entre les années 60, 80 et 2000 pour constater que ces populations urbaines connaissaient un bonheur insouciant dans les rues de Séoul en voie de refonte. Un peu comme dans certaines bourgades moyen-orientales ou africaines avec le minimum pour établir des relations sociales simples et heureuses. Des enfants aux yeux rieurs, des adultes normalement occupés mais bientôt préoccupés, une atmosphère, une vie, une entité sociale stable et pourtant déjà précarisée, paradoxalement, par le modernisme intrusif. Sur ce point précis de la construction de nouveaux quartiers érigés sur et au détriment des anciens nous serons interpellés par les images de Sekwon AHNavec cette série de trois grands formats nous montrant les étapes d’une destruction systématique de toute une parcelle qui va sombrer sous les gravas. Persistance d’une volonté à construire et donc à raser, persistance dans le même temps d’un combat perdu d’avance symbolisé par la présence, coups de pelleteuse après coups de bulldozer, d’une croix en néon, rouge sang, épargnée mais noyée dans les fracas de l’immense chantier. Sorte de crucifix des temps modernes, sous lequel peut-être gît encore un lieu de culte.  Nous remonterons ensuite un peu plus loin dans les temps récents, les années 50, avec des vues de Hanyong KIM qui feront office de témoignage. Ce grand et respecté photographe Coréen à la réputation internationale nous transporte dans des lieux qui n’existent plus (physiquement ou par l’esprit) et son travail à la fois précis et non directif nous indique que photographier la ville ou des bâtiments ou encore des monuments n’est pas le simple fait de « saisir » un objet mais bien d’en capter l’essence, comme d’ailleurs toute scène urbaine ou rurale avec ses éléments endogènes « banals » et pourtant surréalistes. Dans ce double événement la nostalgie est présente dans l’ensemble des œuvres exposées sans donner l’impression de regrets, ou de tristesse, comme si les Coréens vivaient leur nouvelle modernité de manière passive, en spectateurs non concernés. Certes la jeunesse coréenne « profite » des biens marchands comme toutes les jeunesses du monde qui peuvent y accéder, elle se souvient peut-être par l’Histoire, que leur pays a connu des dictatures politiques et que la liberté prend des formes contraignantes, que ce soit par de nouvelles disciplines ou bien par l’entretien de coutumes anachroniques. Il n’y a pas ici de tristesse rapportée par les photographes mêmes dans les œuvres de Ok Hyun AHN. Nous passons de celle-ci à une sorte de fatalisme en présence de gens discrètement en pleur. Point d’éplorement démonstratif, seul le pudique et la retenue sont photographiés par une personne qu’on sent elle-même fragile dans ses approches, toujours ce respect mais lié à de l’amour. Nous devinons combien cette artiste  aime ses personnages. Un étonnant travail, d’une sensibilité extrême, et ses films courts (vidéos) nous invitent dans un monde sensuel ou le genre n’est plus un fait précis sexuellement, bien plutôt un type d’existence non obligatoirement accepté (tant par les personnes concernées que par la société) et qu’il faut subir en silence. Splendides douceurs, drames personnels dévoilés comme de petits tremblements, des vies, des vues, des consciences bouleversées et bouleversantes.

13.03.16

Lieux festifs à Strasbourg et artistes exposés

Il existe des lieux qui, dès le départ, ont imaginé pouvoir exposer des artistes dans de bonnes conditions grâce à un vrai concept, mais surtout un véritable effort d’imagination, sans être des galeries d’art et tout en ne voulant pas concurrencer ces dernières. Ce sont souvent des restaurants de qualité. Nous avons rencontré un restaurateur et une restauratrice lesquels, chacun dans leur établissement, mettent à disposition leurs murs pour accrocher des peintres ou des photographes, mais aussi pouvant accueillir des objets artistiques.

La Particule est un restaurant à taille humaine qui a imaginé, dès sa création qui est récente, une surface d’exposition assez étonnante. Clara et Bertrand ont entièrement conçu ce lieu expressément en vue de futurs accrochages. Très beau concept (cuisine elle aussi basée sur une réflexion intelligente, produits frais, légumes, viandes, poissons, desserts travaillés entièrement sur place en cuisine ouverte offrant le goût véritable des choses naturelles), qui arrive à joindre le gustatif et l’œil, tant dans les plats que dans les œuvres exposées. Nous sommes ici en présence de deux créateurs, dont Clara à la cuisine et « patronne », qui sont arrivés à obtenir un résultat cohérent dans leur approche globale, sans parler de leur joie de vivre, de leur générosité et de leur ouverture d’esprit.

Isola dei Sapori est un restaurant italien d’un excellent niveau tenu par Massimo Usai. Massimo est Sarde, tout comme le chef de cuisine Gianluca, et s’attache à mettre en scène des plats qui peuvent atteindre un niveau remarquable (tout en sachant proposer des assiettes abordables dans une carte très bien équilibrée: poissons, fruits de mer, pâtes, légumes, et de très bons vins de Sardaigne, élaborés dans un esprit italien d’une grande finesse). Mais là encore ce restaurant s’est organisé autour de très belles possibilités d’accrochage grâce à de grandes surfaces murales, et nous nous trouvons dans un concept culture et gastronomie réjouissant. Le restaurant possède aussi une cave voûtée exceptionnelle pour organiser des événements de qualité. Massimo Usai est un esthète et connaît bien le monde de l’art. Jovialité et discrétion caractérisent ce restaurateur à la personnalité très agréable.

Dans les deux cas nous avons rencontré des professionnels qui, par leur travail, leur intelligence et leur sensibilité artistique, proposent des lieux et une cuisine qui invitent à leur rendre visite et à revenir avec plaisir. Ces deux restaurants feront certainement partie (avec d’autres adresses) d’un futur événement consacré à la photographie qui sera organisé d’ici quelques mois. Nous en reparlerons bientôt dans nos colonnes (mais les personnes intéressées peuvent dès maintenant découvrir une information préalable ici).

18.02.16

Ce sacré lien, lien sacré

Nous avons dans nos colonnes abordé à plusieurs reprises le lien entre photographie et peinture*, ainsi que le noir, cette couleur initiale, pour mettre en valeur ces relations ni interdites, ni autorisées, tout simplement, mais beaucoup plus sûrement en faits infiniment compliqués, car lesdits liens ne sont pas explicites et encore moins catégoriques. En voyageant parmi les œuvres de Joseph Bey exposées à la galerie Jean-François Kaiser, nous étions précisément dans cet univers d’un mouvement flottant, latent, où les noirs se révèlent non spontanément mais grâce à un effort particulier, exigeant le mental et la patience, le recul et l’intime. Ces termes sont bien liés à la photographie, et le travail de l’artiste nous est apparu lumineux, pas nécessairement parce que nous y voyions ces relations photographiques, mais plutôt, concrètement dans des étapes ultérieures (avancer dans le temps est aussi une projection dans, de ce qui a été) par son évidence éclairée. Le lumineux est matière et esprit, d’ailleurs le titre de l’exposition, Traversée céleste, nous indiquait avant l’embarquement qu’il n’allait pas s’agir d’un simple voyage. Le lumineux est atteint avec ces œuvres grâce une traversée tridimensionnelle, l’objet lui-même, le tableau dans son périmètre, peu importe la taille, la perspective de la profondeur, là encore intellectuelle et physique, puis l’immatérialité des substances. Si le visiteur devait rencontrer des difficultés à bien comprendre ce tout quasi insaisissable, il lui suffirait de se plonger dans les sculptures posées au sol, aux mêmes contenus, où la formalisation géométrique et verticale n’est qu’une non-réalité volumétrique pour mieux s’insérer dans des lieux impossibles à circonscrire. Nous allions ensuite découvrir un travail commun à Joseph Bey et Robert Cahen. Inutile de s’encombrer de mots pour décrire ce que seul le sensoriel sait mettre en situation d’immersion dans un trajet infini, où tout, dans cette chambre noire, nous extrait du connu. L’intelligence du plasticien et du vidéaste est d’avoir agencé techniquement une œuvre aérienne d’une grande sensibilité. Au sol nous nous déplaçons dans un univers tumultueux et fascinant, au mur nous découvrons l’invisible. Et inversement. Nous sommes happés dans l’immensité au sein même d’une capsule projetée avec calme dans les confins du monde.

* Lire nos contributions ici

11.02.16

L’information photographique au quotidien

Nous proposons, en plus de nos analyses et reportages ponctuels, un fil quotidien d’information sur l’actualité artistique et photographique avec notre blog sur FB, et vous proposons de nous suivre également ici

21.12.15

Editeurs passionnément

François-Marie Deyrolle
Lors de la parution de la monographie de Nathalie Savey (lire larticle ici) l’éditeur François-Marie Deyrolle nous a reçu chez lui et c’était l’occasion de faire un tour d’horizon sur son activité, son histoire aussi, et ses projets. Horizon(s) devant être mis au pluriel tant ses publications contiennent cet aspect éclectique d’un homme érudit : la collection Beaux-Arts rassemble des personnalités comme Gérard Titus-Carmel avec Yves Bonnefoy, Régis Debray avec Leonardo Cremonini, et des photos de Corinne Mercadier, Jean Dubuffet avec Marcel Moreau mais aussi avec Valère Novarina (dans un passionnant échange de correspondances), puis encore Pierre Bonnard, Sam Francis.. François-Marie Deyrolle a l’art de réunir dans un même ouvrage des poètes, des peintres, des photographes, des écrivains. Cette collection est atypique, remarquable, parce qu’elle ouvre des vues originales sur la critique et l’association d’idées entre deux personnages. La collection Littérature propose des auteurs rares dont les textes sont souvent accompagnés par des dessins : Christophe Grossi avec Daniel Schlier, Bruno Krebs avec Monique Tello, Jacques Moulin avec Ann Loubert.. Mais aussi par des photographies comme le livre de Claude Louis-Combet avec Yves Verbièse « Le nu au transept ». Nous avons là aussi aimé cette association et les photographies d’Yves Verbièse sont très belles. Nous sommes touchés par l’élégance de ces ouvrages. L’Atelier contemporain est le nom de la maison d’édition de François-Marie Deyrolle et nous trouvons ce label très opportun car l’éditeur se situe dans une démarche à la fois moderne et sensible. Mais il faut aussi entendre ses difficultés liées à ce travail d’édition, et qui ramènent François-Marie à de dures réalités : les fonds à trouver, acheteurs encore modestes en nombre, le relais par la presse trop frileux, diffusion en librairie parcimonieuse. Ancien directeur de la bibliothèque des musées de Strasbourg il crée sa maison d’édition en 2013 et arrive à constituer rapidement des collections d’un excellent niveau. Une belle œuvre qui cache un engagement personnel et intellectuel étonnant. François-Marie à de nombreux projets en cours et il caresse une ambition, celle d’ouvrir un jour une galerie où seraient réunis les ouvrages de « ses » écrivains, critiques, essayistes, peintres, photographes dans un espace d’exposition commun. Une synthèse in situ de ses magnifiques passions.

Bruno Chibane
Pourquoi donc faut-il être toujours dans la passion (cette douleur du plaisir) pour s’adonner à ce bonheur de l’édition ? Après François-Marie Deyrolle nous rencontrons un tout autre « fou » qui, sur d’autres concepts, parvient à sortir des revues et des livres dans un process haletant et joyeux. Bruno Chibane est un éditeur compulsif. A 16 ans il sort un fanzine sur le rock et la contre-culture, puis crée Limelight, une revue sur son autre passion, le cinéma. En 1997 c’est le tour de la revue Polystyrène (devenue Poly) et enfin en 2008 il lance Zut ! (Editions Chic Médias Strasbourg)  puis Novo, ce dernier titre en collaboration avec Philippe Schweyer (Editions Médiapop Mulhouse). Deux supports interrégionaux qui rassemblent actualités commerciales et contenus culturels. Zut ! est devenu un bel outil de communication, sur papier de qualité, et projette une image dynamique de Strasbourg, et de toute la région du Grand-Est (Lorraine, Luxembourg et Allemagne frontalière). Novo est centré sur les arts, les livres, le cinéma, le théâtre, la danse, la photographie, les expositions et parle des acteurs de la vie culturelle régionale et d’autres personnalités du spectacle (françaises et mondiales). La qualité rédactionnelle est aussi au rendez-vous. L’engouement de Bruno provient de sa curiosité et de son goût pour toutes les cultures mais aussi d’influences familiales (sa tante est la romancière et plasticienne Claudine Hunzinger) et relationnelles avec André S. Labarthe, grand critique de cinéma, producteur et réalisateur, et possède une vaste connaissance du monde des arts et de la culture. Mais Bruno Chibane sait aussi que toute passion a un coût et que le métier d’éditeur est souvent un combat. Néanmoins il veut faire paraître de belles choses, avec son ami Philippe Sweyer, comme par exemple ces livres de photographes :  Philippe Lutz, Pascal Bastien, Bernard Plossu, Philipp Anstett, Martin Parr.. Le tout à découvrir à la boutique 14, rue Sainte-Hélène, Strasbourg.

Editeurs littéraires ou bien de revues culturelles sont des métiers qui aident le public à découvrir et à s’intéresser à l’art et à l’écriture. Un sacerdoce qui appelle le respect.

08.12.15

Petit voyage en ville : Strasbourg en quelques événements, un intermède entre poésie et réalités.

Photographies en objet d’art

Vouloir réunir en un ouvrage monographique les œuvres d’une artiste qui vit dans les champs, les montagnes et les rêves s’apparentait à devoir capter un esprit comme le chasseur tente d’attraper au filet un papillon toujours insaisissable et donc de ce fait à chaque fois plus beau, et désirable. Les paysages et les matières de Nathalie Saveyne sont pas des vues géographiques ni des lieux communs. La photographe vit dans un monde secret, dans un mystère qui ne s’offre à vous que partiellement car ses terrains sont des passages quasi initiatiques que seul le rêveur peut fouler, survoler, deviner. L’éditeur strasbourgeois François-Marie Deyrolle, avec sa maison L’Atelier contemporain, a réalisé un très beau travail dans cet esprit du respect. Et que fallait-il faire de mieux que d’éditer dans le même mouvement de remarquables textes de Philippe Jaccottet en regard des œuvres de Nathalie ? Avec cet ouvrage nous tenons en main une douceur du toucher et de vue. Quand nous le prenons nous sentons déjà que le voyage nous prend à son tour et nous voilà ailleurs. En page 58 nous lisons : «Ces lieux, ces moments, quelquefois j’ai tenté de les laisser rayonner dans leur puissance immédiate, plus souvent j’ai cru devoir m’enfoncer en eux pour les comprendre ; et il me semblait descendre en même temps en moi» et page 59, en écho, une photographie du contraste immaculé, un lieu qui laisserait sans voix. Silence.

Dans un prochain article nous parlerons du travail passionné de l’éditeur François-Marie Deyrolle et de ses collections Beaux Arts et Littérature.

St’art et la photographie

Le salon d’art contemporain de Strasbourg, qui s’est tenu du 27 au 30 novembre 2015, a ouvert à la photographie de nouveaux espaces et nous avons été attiré par le stand «Carte blanche de la ville de Strasbourg» qui réunissait, sur le thème du millénaire de la cathédrale, 6 artistes photographes et leurs travaux d’un bon, voire d’un excellent niveau. Naohiro Ninomiya, Valérie Graftieaux, Eric AntoineMatthieu Gafsou, Florian Tiedje et Maïmouna Guerresi ont présenté des œuvres qui faisaient honneur à la ville (et au salon) dans cette approche judicieusement éloignée d’un parisianisme en déplacement provincial. Il y a des talents ici qui peuvent parfaitement remplir de satisfaction amateurs et collectionneurs d’art et nous félicitons cette initiative de la ville de Strasbourg. Nous reviendrons ultérieurement et plus amplement sur ce salon dans son aspect photographies pour en retracer le contenu.

Oran photographiée par Ferhat Bouda
(Exposition dans le cadre du festival Strasbourg- Méditerranée qui s’est tenu du 21 novembre au 5 décembre 2015)

Le photographe nous guide dans les rues d’Oran la radieuse, mais cette métropole algérienne ne se montre pas sous des jours brillants, pourtant Ferhat Boudaconstruit une réalité poétique dans ses vues exceptionnelles car on sent qu’il aime cette ville. Des photographies humaines, surtout quand elles sont accompagnées par des textes de l’écrivain Kamel Daoud. Nous nous sommes arrêtés sur une œuvre qui montre une prière dans la rue. Des hommes à genoux, de dos, des murs abîmés, une ambiance saisissante puis ceci à lire : «La prière dans la rue. Mauvais souvenirs des années 1990. A l’époque de gloire des islamistes. Là, la rue est prise, tournée, sommée et obligée par le sacré ; elle n’est plus espace publique mais intimité religieuse. La rue est un enjeu : le régime l’interdit à l’expression de la liberté et les religieux en font un espace de soumission. L’ostentatoire est une prédation de l’espace public. La rue est interdite aux marcheurs mais pas aux prieurs. Elle est interdite aux hommes qui protestent, mais ouverte aux hommes qui se prosternent.» L’art du photographe et le courage de l’écrivain sont des preuves que l’intelligence et la sensibilité se situent hors les frontières et les menaces.

12.11.15

Itinéraire d’un collectionneur

La photographie vue sous l’angle du collectionneur n’est pas obligatoirement une démarche à caractère spéculatif et cela au moins pour une raison : les affinités entre l’artiste et le passionné passent par des chemins de non évidences quant aux présupposés du photographe et les règles jamais vraiment définitivement fixées par l’acheteur. Nous sommes dans une matière fluctuante relativement à ce qui est vu, ou voulu, par l’auteur, ensuite avec ce qui sera vu par le collectionneur, le tout, du démarrage du processus à sa finalité (esthétique, intellectuelle, interprétations), n’étant pas une affirmation mais plus précisément une suggestion car même le photographe ne sait imposer dans son travail un diktat, seule l’autonomie de l’œuvre saura rendre à elle-même une valeur qui est l’opposé de toute estimation. Ce terme est à prendre dans plusieurs sens. Ainsi ce qui sera acquis peut ne rien « valoir » tout en étant d’une grande richesse. Lire une photographie est comme aller à la découverte d’une poésie, ses méandres, ses secrets, des incompréhensions successives, puis une petite lumière viendra éclairer ce qui est encore, pour quelques instants, ou pour toujours, une terre inconnue qui se dévoilera peut-être mais sans jamais pouvoir (savoir ?) la dominer. En découvrant la collection de Marcel Burg, un ancien dirigeant d’entreprise alsacien qui, avec son épouse, aime à se confronter à ce discret échange entre l’œuvre, l’artiste et soi, nous saurons très vite combien l’investissement personnel est primordial dans la constitution d’un fonds dont la cohérence sera faite de rencontres, d’interrogations et de surprises, ces dernières souvent décalées dans le temps. Monsieur Burg ne parle pas de stratégie. Revient donc cette notion d’affinités et ce sont celles-ci qui construiront une possible cohérence, sachant qu’il s’agit d’un point de vue intime et donc non transférable. Le plus important est que le collectionneur sache se surprendre en dehors de certains automatismes, pour que, quoi qu’il en soit, l’achat d’une photographie reste une expérience, cette émotion première qui fait naviguer entre impulsion et « troisième sens ». De l’irrationnel à une petite voix qui [nous] dirait être dans le vrai. L’intuition rendue à son état initial, l’émotion, pour retomber, inévitablement, dans le trouble, ce lieu aux multiples séductions. Nous voyagerons avec Bernard Pras, Patrick Bailly-Maître-Grand,Clark et Pougnaud,Marc Couturier, Diane Ducruet, Henri Maccheroni, François Sagnes, Roselyne Titaud,Pierre SavatierDaido Moriyama et d’autres* parmi plusieurs centaines d’œuvres et artistes, dans un itinéraire clairement contemporain, et c’est là aussi, de la part de Marcel Burg, une volonté jamais remise en cause, vivre dans et avec son temps. La photographie n’est pas seulement un témoignage, elle est surtout, pour le collectionneur, un travail d’artiste. Et aussi, les possibilités de mixage de différentes techniques, ou bien les angles de vue (concrets ou conceptuels) apportent à cet art des approches et des contenus qui font de lui à chaque fois une entité propre et donc singulière. Ce qui est certainement sa première valeur.

*Autres œuvres d’artistes vues lors de notre visite chez Gigi et Marcel Burg : Yann Amstutz, Paul Bogaers, Julie Fischer,Lise Grosperrin, Rodolf Hervé, Hicham Benohoud, Thomas Kellner, Gabor Kerekes, François Méchain, Sascha Nordmeyer,Sebastian Stumpf, Marlous Van der Sloot.

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Un artiste bavarois à Marseille

Lors de notre dernier séjour en Provence nous avons rencontré un photographe allemand qui vit à Marseille depuis de nombreuses années. Alfons Alt réalise un travail qui s’échappe du champ photographique pour arriver à un résultat où esthétisme et manipulation chimique le conduisent vers des univers composites, ce terme devant être compris dans le sens d’une construction. Une composition où sera utilisée la technique dite «  résino-pigmentype » dans une succession de matières relevant de procédés anciens avec, comme aboutissement, des oeuvres d’une extrême modernité. Il faut voir l’artiste dans son atelier de la Friche de la Belle de Mai se déployer dans un effort et une concentration dignes d’un artisan à la recherche de la perfection. Mais son travail sait, en finalité, montrer autre chose. Nous sommes dans une forme de magie, de poésie, à très grande distance d’un perfectionnisme que l’artiste domine pour obtenir, justement, une puissance de séduction où le rêve et ses imprécisions nous emmènent dans des lieux, des espace ouverts, propices à faire fonctionner l’imagination comme un voyage de l’irréel. Alfons Alt réalise ses prises de vues initiales essentiellement à la chambre puis débutera un long process de création. En vérité il « fabrique » des œuvres impossibles à concevoir jusqu’au dernier moment. Nous sommes dans une démarche du mystère et la main (de l’artiste) exercera le point final d’une œuvre, laquelle, pourtant, ne semble jamais définitivement achevée. Un  continuum parfait en somme.

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22.10.15

Matérialités insaisissables

Dans notre dernier propos nous abordions le thème de la nécessaire absence ou présence de l’Être dans la photographie (lire ici) et lors de notre visite à la galerie Radial Art Contemporain de Strasbourg nous allions être confrontés, dans la peinture et la sculpture, à cette présence-absence, telle représentée par les œuvres de Gabriele Chiari et Alain Clément. Comment peut-on montrer cette absence si présente d’un corps non matérialisé qui ne serait, par l’esprit, que l’essence de celui-ci, une forme de génie sans autre prétention que de ne pas être, c’est-à-dire sans le verbe pour l’identifier ? Corps, le corps, un corps. Rien d’humain dans les aquarelles de Gabriele ? Ni dans les œuvres peintes ou sculptées d’Alain ? Il ne faudrait point se tromper sur cette question car le geste est ici le fondement d’une humanité où l’abstraction figure (oui, belle antinomie) non une tentative de cerner (et par delà d’enfermer par un jeu de renvoi subtil entre le regard porté et la portée du regard) mais bien plutôt de désincarner ce qui n’est pas – encore. Désincarner une non-réalité, mais serait-ce prendre celle-ci pour un leurre ? Non plus. S’investir dans les travaux de ces deux artistes (dont l’assemblage, la réunion, voulu par le galeriste Frédéric Croizer fut  concrètement une réussite), est un parcours initiatique dans les non-formes, les entrelacs et l’imaginaire. Alain Clément sait mettre en jeu ces chemins infernaux et doux, rituels d’un début et d’une fin confondus, liés et reliés en perpétuel mouvement, il comble une surface, la toile, avec une idée, celle d’une ondulation quantique en démonstration de l’impossible. Sauf à être un artiste, seul individu aux pouvoirs extraordinaires de ne rien démontrer tout en le faisant. Dans ses figures il y a l’élasticité et la fuite, une incompréhension et une matérialité insaisissables. Rien d’humain ? Gabriele Chiari, quant à elle, nous place en suspension, dans un vide sidéral, mais au-dessus de choses qu’elle met en lumière, aquarellisation d’éléments là aussi indéfinissables. Et pourtant nous plongeons dans un souvenir vague de quelque(s) chose(s) qui de moins en moins confusément lointain nous parlent, des indications, des réminiscences, et rappels suggérés, nous sentons avec ses œuvres que nous toucherions du doigt une matière extraite de / qui (nous) renverrait vers un territoire, précisément le nôtre. Comment est-ce possible qu’avec ces riens nous puissions reconstituer mentalement et sensoriellement une matérialité dont nous sommes porteurs ? La réponse n’est pas flagrante, Alain et Gabriele caressent d’une main et du regard d’imperceptibles réalités vers une poésie, celle d’une belle et sobre musicalité.

17.08.15

Le nu masculin et le possiblement féminin

Par ses plans rapprochés sur un corps masculin le photographe Ryo Tomo a voulu déceler les détails les plus intimes d’un homme dans ce qu’ils possèdent de plus troublants. La peau est ici matière à confusion des sens sans jamais dénaturer le modèle dans ce qu’il est. “Vues avec lui – Body and Art Nudity” est une série photographique qui passe du masculin au possiblement féminin, et inversement, puis une seconde série intitulée “Nude and Art” (accessible avec un mot de passe à demander à l’artiste) remet en perspective l’homme dans sa réalité sexuelle. Deux aspects complémentaires pour une même exploration où l’esthétique du travail réalisé rejoint le propos intellectuel du photographe.

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 18.07.15

François Nussbaumer ou l’œil d’une conscience photographique

Passer un moment avec François Nussbaumer dans son atelier est un voyage multiple où les thèmes de discussion sont autant de passages d’un monde à l’autre, d’un territoire connu (ses célèbres portraits) vers d’autres, beaucoup plus confidentiels.

Photographe recherché et éditeur, François Nussbaumer s’expose peu et voir une partie de ses travaux à la Galerie Ritsch-Fisch de Strasbourg nous amène vers des contenus qui montrent un talent esthétique et conceptuel puissant, mais avec ce quelque chose qui ressemble à une forme d’humour discret. L’homme est brillant, pourtant nous décelons en lui une fragilité humaine (ce joli pléonasme) qui dénote un goût vers le beau et le sensible qui peut apparaître caché sous un formalisme strict, une certaine rigidité. Mais il faut aller au-delà de cette plastique qui peut être ressentie comme froide et trouver dans ses œuvres exposées ces aspects humains, juste de quoi s’apercevoir qu’elles sont là, ces dérisions qui font d’un artiste une personne en recherche et donc fragile. Des agrumes ou des poêles à frire, des savons colorés et leurs poils collés dessus, même des vues d’avions haut perchés dans le ciel avec leurs traces blanches comme seules marques possibles d’une existence, éphémère, le photographe se livre avec retenue tout en accrochant de grands formats pour nous rappeler que les dimensions contraires, le micro et le macro, sont en fait des scopiques du regard intérieur. Nous aimons voir en François, en l’homme, cette dualité du fort et du fragile et quand il nous confie ces quelques clichés de Cannes (le festival) ci-dessous, nous comprenons que sa sensibilité est sa véritable personnalité, qu’une conscience l’accompagne en profondeur, logée en lui comme une vérité tangible et secrète.

Copyright François Nussbaumer

Copyright François Nussbaumer

Le corps en ultimes tentatives

Photographier les réalités d’un corps sous l’angle de ce qu’il possède de plus ultime, présence d’un édifice en phase d’amoindrissement, matériaux dont on sait qu’ils peuvent encore nous révéler des beautés, n’est pas une démarche spontanée.

Il faut aller chercher dans les strates de ces peaux résistantes la quintessence d’une âme elle-même partie prenante du combat. Le photographe Olivier Lelong sait de quoi il parle en mettant en scène deux corps, ceux de Geneviève et Antoine, puisqu’il s’est, en son temps, spécialisé dans la photographie médicale, exercices qu’il transposera vers une création artistique hyper réaliste. Le photographe et ses modèles, ici, s’imbriquent dans un parcours qui semble sans issue, sorte de game over programmé, ce qui est parfaitement compris, mais les protagonistes vont nous démontrer que la puissance reste de mise jusqu’à la fin. Puissance des images, de ces corps, de leur aberration splendide. La nudité sur soi et en soi quand on a dépassé quelques vingtaines d’années d’existence est, et peut-être reste, ce qui est du domaine du visible même quand tout contraint à (se) le cacher. Le sédiment de la vie comme une trace d’un séjour qui fut magnifique. Et si il y avait malgré tout une beauté après avoir été ? Le travail d’Olivier va nous démontrer, avec violence et douceur, que lorsque se conjuguent abstraction (des complexes) et objectivation de la réalité, le photographe obtient un ensemble qui est l’antithèse du précaire. Ces deux corps réduits par le temps développent de nouvelles dimensions, le puéril et la dérision s’associent à la gravité d’une situation (son inéluctabilité dans une fin en forme de décompte), une esthétique renaissante comme un pied de nez au temps. Il y a de l’optimisme et de l’insouciance dans ces prises de vue et le tout donne envie de vivre à notre tour ce que nous montrent ces photographies. Ne serait-ce qu’avec soi, devant son miroir, le temps de se dire qu’il y a place pour soi dans le champ de son image projetée, pour se l’approprier enfin.

23.06.15

Prendre corps ou la nécessaire matérialité de la poésie. Un parcours photographique et artistique dans Strasbourg au mois de mai (2ème partie)

En mai à Strasbourg les choses photographiées ou sonores ou bien fabriquées se mélangeaient sous un temps assez agréable et nous nous disions que l’influence météorologique pouvait modifier la perception.

D’ailleurs, parmi les différents événements, il y avait des interventions liées à l’industrie, l’environnement et l’art, cette nouvelle accointance des temps modernes avec prise de conscience.

Jorge Orta est venu à Strasbourg invité par le CEAAC nous parler de ses travaux et installations à travers le monde qui s’inscrivent dans un contexte à la fois politique, industriel et artistique. Historiquement c’est le politique qui était sa revendication sous les contraintes morales et physiques de la dictature en Argentine, son pays d’origine, avec cet impératif de lier l’art à la liberté puisque, concrètement, c’est de l’art que part cette notion (imagination, réalisation, discours). Puis son engagement artistique l’a amené à concevoir des installations au plus près des populations sans jamais se séparer d’une idée sociale et géopolitique. La société et l’industrie produisent à leur tour ces contraintes et il faut, du point de vue de l’artiste, pouvoir les interpréter, les réorienter pour moins les subir. Jorge Orta et son épouse Lucy ont ainsi depuis plusieurs décennies dessiner des lignes précises et belles entre art, humanité et modernité, mettant en place un peu partout dans le monde des éléments d’une prise de conscience universelle proposés aux individus directement sous influence. Dans la même ambition, mais très marquée par la question de l’environnent, Françoise Vincent et Eloy Feria sont des artistes-chercheurs qui tentent de (re)concilier l’art et son contexte environnemental. Le réchauffement climatique, le nucléaire, les pollutions sont de leurs thématiques et l’installation montrée au Syndicat Potentiel nous indique qu’il est possible de mettre une touche artistique sur des sujets graves et actuels. Avec ces quatre artistes constructeurs nous savons définitivement qu’une géographie de l’art sait se placer et se mouvoir en dehors des seuls théories de la dénonciation pour arriver à un dialogue argumenté basé sur une vision à la fois conceptuelle et concrète, où le beau n’est pas obligatoirement un faire-valoir.

Toujours dans cet esprit nous avons vu lors des Ateliers Ouverts, cette grande foire informelle par laquelle des artistes reçoivent chez eux, ou bien dans leurs repaires communs, des invités inconnus qui viennent leur rendre visite un ou deux week-ends de suite, les travaux de Thomas Lasbouygues et Guillaume Barth dans le cadre de leur projet Elina. Une planète imaginaire et pourtant bien concrète située à-même notre Terre au départ de laquelle nos deux explorateurs et astronautes vont nous inviter à visualiser les aspects étonnants d’une esthétique de l’inconnu ou plutôt de l’imagination, toujours. Aller sur un bout du monde et en revenir avec une narration du pseudo trempée dans la réalité d’un vrai voyage, voilà un parcours très intéressant. On se prend au jeu, on est en compagnie d’Hergé avec tout le sérieux d’une histoire consciencieusement fabriquée et sidérante. Dans ces Ateliers Ouverts nous avons aimé les photographies de Gaëlle Cressent baptisées Cassiopée’s Breakfast. Nous reviendrons spécifiquement sur ces Ateliers Ouverts dans un prochain article dédié à cet événement et nous parlerons aussi de Shadok le nouveau centre strasbourgeois des cultures numériques.

Nous terminerons ce parcours avec l’exposition « Sayonara » mise en scène par Madeleine Millot-Durrenberger et son association In Extremis. Quand nous parlions de matérialité et de poésie, deux réalités opposables, nous ne pouvions pas mieux imaginer la possible cohérence entre ces territoires dont l’interaction a été magnifiquement démontrée dans la réunion d’artistes asiatiques et leurs œuvres photographiques. C’est ici l’art de Mme Millot-Durrenberger de nous présenter ses collections avec cette habituelle intelligence. Ce qui ressort de ces photographies d’artistes asiatiques s’appelle sensibilité et discrétion dans une approche d’une grande subtilité même sur des thèmes classiques comme des vues sur des toits parisiens. Ces Japonais et Laotien réunissent une pratique de la photographie occidentale humaniste avec une vision quasi magique, mystérieuse dans le sens d’une suggestion esthétique particulièrement intériorisée ce qui invite à partir dans un voyage intime avec chaque œuvre et chaque artiste. Ces photographies se méritent et il faut se laisser séduire doucement, longuement, leur offrir de notre temps pour se les approprier et les mémoriser. Le Japon avec Hiroto Fujimoto, Yuki Onodera, Jun Shiraoka, Keiichi Tahara et Masao Yamamoto formait le corpus de cette exposition tandis que le Laotien Rasi marquait de sa présence posthume un événement d’une très grande qualité.

05.06.15

Prendre corps ou la nécessaire matérialité de la poésie. Un parcours photographique et artistique dans Strasbourg au mois de mai (1ère partie)

Il y a des rencontres qui se font d’elles-mêmes au gré d’une programmation multiple et joliment dispersée et en mai il nous plaisait de faire ce que nous voulions grâce à ces nombreux événements culturels à Strasbourg.

En découvrant l’exposition de Ivan Pinkava à la galerie Stimultania, intitulée Trônes délaissés, nous pouvions comprendre que la matérialité du corps et des choses se trouvait dans un regard conjoint, celui du photographe et du visiteur, car il nous semble impossible de dissocier les deux. Le travail de Pinkava implique une participation, une intrusion dans ses œuvres parce qu’il est impossible de se distancier d’elles. Elles vous envahissent dès l’instant, cet instant qui perdure, celui d’une étrange présence où le temps et les souvenirs viennent avec violence et douceur remuer en vous des séquences connues et pourtant cachées sinon enfouies dans votre mémoire. Des morceaux d’une vie qui se matérialise dans une succession de scènes à l’aspect propre dont le contenu amène à se remémorer ce qu’elles contiennent de confus et intimes rapports – à soi. Corps morts ou vivants, esthétique de l’attrait et du rejet, objets courants rendus à l’imagination fertile d’un rêve ou d’un cauchemar selon votre vécu, des emprunts à une mythologie qui devient la vôtre dès lors que vous vous postez devant ces photographies comme si elles étaient des histoires vivantes racontées avant la nuit, longtemps et jusqu’au lendemain d’une journée grise et brillante à la fois. Le silence parle à sa façon, et vous en êtes l’écho. C’est ce que nous disions, l’interférence, l’interaction se fait bientôt à trois, le photographe, ses œuvres et vous. Ivan Pinkava lisse ses propos pour inviter à un parcours insinuant, qui distille ses artefacts comme autant de non sujets. Et la question se pose, qui et quoi est ici l’objet ? Nous avons trouvé ce questionnement dans cet étrange et splendide vis-à-vis d’un corps nu, féminin et masculin, cet autre propos latent, et d’une sorte d’étoffe, chacun pour soi allongé, deux matériaux en gisants et interchangeables tant la résonance entre eux leur apporte une existence d’une extrême et si légère consistance. Mais ce vis-à-vis a été placé en angle, ainsi l’horizontal se fait profondeur, et cette tentative est belle de vouloir instaurer un dialogue biaisé, comme cela se devait.

Le corps, son corps, peut aussi devenir un lieu d’interpellation où il sera mis au service d’un discours silencieux mais terriblement parlant au fond. Celui de l’artiste performeur Steven Cohen (dans sa prestation “Free Jew is cheap at twice the price”) est de ces lieux à la fois distants et proches, incompréhensibles et parfaitement transparents dans le propos. Nous comprenons avec difficulté l’usage qu’il fait de ce corps, le sien, dans ses distorsions et ces souffrances. Puis s’installe un dialogue qui va nous inviter à réfléchir. S’appeler Cohen, être Sud Africain, blanc, homosexuel et artiste ne suffirait pas à se revendiquer dans et pour cet ensemble. Steven Cohen, dans ses performances tenues à l’emplacement de l’ancienne synagogue de Strasbourg et à l’HEAR (Haute École des Arts du Rhin) veut essentiellement mettre en perspective, ici même dans la capitale européenne, ce que l’horreur humaine peut faire. Progressivement il nous met aussi en situation, nous commençons à souffrir, nous devenons acteurs intellectuellement parlant des souffrances d’autres personnes, de confession juive et massacrées pour cela, pour s’approcher de celles-ci. Nous sommes responsables et solidaires. Steven Cohen se place dans une petite sphère de plastique placée sur un objet qui est en fait un distributeur géant de bonbons. Mais les participants doivent parcourir un chemin, intérieur, pour obtenir leur cadeau (une bille de plastique contenant une miniature de l’artiste), se mettre en dialogue, yeux dans les yeux, avec lui. Sans un mot, par le seul regard, se transmet un message qui semble contenir une terrible vérité. Une émotion intense est visible sur le visage de l’homme ou de la femme qui se soumet respectueusement à cette mise en scène tandis que le performeur, juché dans sa prison, toise le participant avec une profonde humanité. L’alliance du corps avec le silence, du regard avec le respect sert un discours qui se veut pacifique. Toutes les souffrances se valent et il faut seulement le comprendre. Ne pas faire de tri entre elles. L’humanité ne sait pas se classer dans différents niveaux de douleurs, elle souffre dans et pour elle-même, malgré la terrible volonté de certains personnages à établir une hiérarchie dans l’horreur. La démonstration de Steven Cohen est bouleversante à la fois dans l’exagération (l’utilisation douloureuse de son corps) et la sobriété de son jeu d’acteur.

11.05.15

Polaroid, une passion instantanée

L’art du Polaroid ne se trouve pas dans le formalisme photographique ni dans une démarche conceptuelle organisée mais dans l’imprévu. Certes, l’œil du manipulateur apportera un plus mais c’est bien cet aspect casuel qui fait d’un instantané polaroidien une réalisation inattendue.

Nous avons vu à Strasbourg une exposition d’œuvres faites avec des appareils Polaroid à la galerie La Popartiserie, un lieu très agréable et désormais branché, et au Chariot, bar situé dans le quartier des facultés, et ces petites choses nous ont emballées. 7 artistes qui maîtrisent la technique du Polaroid mais qui savent essentiellement y mettre ce point de vue qui fait la différence tout en gardant l’esprit aléatoire du médium. Il y a dans le mouvement artistique basé sur le Polaroid de grands artistes connus et le fait qu’aujourd’hui encore de jeunes ou moins jeunes gens pratiquent cet art de la photographie est enthousiasmant. Vincent Gabriel, Thomas Dusch, Jean-Christophe Denis, Delphine Déom, Ajan, Pierre Frigeni, Elsa Plaza, Louis Lezzi sont de ceux-là. Nous aimons leur travail car ils introduisent dans leur démarche une sensibilité et une poésie, une esthétique, qui donne une dimension autre au seul format, une perspective intellectuelle différente. Justement, ils arrivent à exploser littéralement les quelques cm² de l’instantané pour en faire des objets artistiques hors normes. Nous avons voulu en savoir plus sur l’histoire de ces passionnés regroupés dans un collectif baptisé Polalsaco et Jean-Christophe Denis nous a donné des informations sur la galaxie Polaroid. Le collectif strasbourgeois créé il y a 3 ans regroupe 12 membres, dont les artistes cités plus haut, et chacun d’eux utilise un ou plusieurs appareils. La collection de J-C. Denis est surprenante et il nous en a montré quelques beaux et rares exemplaires. Il y a aussi un forum, Polaroid-Passion,  très complet, mais également une organisation à vocation internationale qui organise des expositions sous le label Expolaroid. Toute une économie s’est créée autour de ces appareils à développement instantané dont une entreprise d’origine Néerlandaise répondant au doux nom « Impossible » qui vend des cartouches et des appareils à travers le monde. Polalsaco se donne des (non)-règles dans la liberté de style de chaque membre en ne pratiquant aucune sélection de contenus et, surtout, en refusant toutes retouches numériques sur les photographies instantanées. Certains de ces passionnés pratiquent aussi la Lomographie et le sténopé. Nous voyons ainsi que les procédés basiques ou modernes de la photographie peuvent se comprendre et apporter de surprenants et beaux résultats. Quand la firme d’origine américaine, créée en 1937 par Edwin Herbert Land, a cessé ses activités en 2007 ses brevets sur les appareils Polaroid et les films* sont repris par différentes entreprises aux USA et en Europe ce qui permettra de perpétuer cette formidable aventure comme nous le montrent brillamment les photographes de Polalsaco. [*La technique du film instantané, les fameuses cartouches, a été en fait entièrement réinventée dans une nouvelle production par la société “Impossible”]

Errances et fixation

Nous aimons rendre visite au Syndicat Potentiel, une galerie associative et alternative dans le sens de pouvoir y découvrir des choses atypiques et inventées par de jeunes artistes. Dernièrement nous avons vu le travail de Mélodie Meslet-Tourneux qui mêle photographies et matériaux solides et un événements autour des insectes.

Mélodie Meslet-Tourneux se crée un univers dans de belles errances et quand elle va dans des endroits étranges, comme un bâtiment abandonné et désormais détruit de l’hôpital civil de Strasbourg, elle se transforme en exploratrice pour nous ramener des vues belles et mystérieuses. Mais Mélodie Meslet-Tourneux veut aussi expérimenter sa photographie en la confrontant à un matériau, lui aussi très agréable. Elle fixe ses prises de vue sur de la céramique et obtient un résultat très intéressant. Ainsi ce transfert débouche sur une forme composite inattendue et donne au tout un aspect fragile, hors temps, où l’imprécision des contours ajoute un contenu énigmatique au visuel. Belles réalisations. Nous apprécions la recherche de nouveaux talents, mais aussi d’artistes confirmés, qu’effectue le Syndicat Potentiel. Un autre événement organisé par le Syndicat Potentiel sur le thème des insectes, à l’occasion de la sortie de la revue Cercle Magazine n°3, nous a franchement interpellé. Car, si l’art se consomme, ici nous étions dans cette réalité avec une double proposition, manger des insectes et découvrir des travaux d’artistes nous présentant ces petites bêtes accrochées et fixées aux murs, elles aussi bien mortes. Des photographies de Solène BouffardChristophe UrbainPatrick Bailly-Maître-Grand (sur un prêt de l’Artothèque de Strasbourg), des dessins et illustrations de Myriam ColinFrédéric PagaceTill Charlier, des installations et vidéos de Sonia Poirot  et Max Blotas. L’art est vivant, nous dit-on, il suffit de le croire pour le voir. Le Syndicat Potentiel, comme toute association, dépend d’aides directes et indirectes et lance actuellement un appel à dons. Nous espérons que cette galerie expérimentale pourra encore vivre longtemps.

Ci-dessous une photographie de Solène Bouffard et 2 études de Ryo Tomo sur d’extraordinaires insectes la nuit.

Copyright Solène Bouffard

Le scientifique et le photographe

Nous savions depuis longtemps que la photographie touche tous les publics en tant que réalisateurs plus ou moins inspirés lesquels produisent des choses allant du simple paysage, genre carte postale, jusqu’aux plus passionnantes prises de vue.

Le photographe amateur, dans de rares cas, peut atteindre une vraie conceptualisation du contenu mais la majorité de ces artistes en puissance reste dans des rendus classiques sans réel dépassement. Pourtant, à l’occasion d’une exposition d’amateurs organisée par le PCCA (Photo Ciné Club d’Alsace) dans le bel immeuble ultra moderne du Collège Doctoral Européen à Strasbourg, nous avons pu déceler dans les œuvres de Martin Karplus (l’invité d’honneur), un vieux monsieur prix Nobel de chimie en 2013 avec Arieh Warshel et Michael Levitt, un travail de grande qualité. Nous aimons, par exemple, une vue sur chantier faite à Londres dans les années 50. Martin Karplus associe dans les couleurs et les thèmes une ingénuité qui peut être propre à ces scientifiques lesquels, par leur réflexion, savent « naturellement » donner à leur recherche ce contenu précis et beau à la fois. Mais il faut aussi féliciter tous les autres participants car, même si le photographe amateur n’aspire pas obligatoirement à la reconnaissance artistique, le fait de s’investir dans de telles manifestations est une preuve de dynamisme.

Copyright Martin Karplus

24.04.15

Voies calmes

Il y a chez Philippe Lepeut une présence tranquille même quand il s’expose en grand au Musée d’art Moderne et Contemporain de Strasbourg. Discrétion et sensibilité sont les notes d’une musique interne, des sons, qui ponctuent un ensemble de créations toutes faites de douceur.

Cette voix qui est la sienne ne s’entend pas avec fracas, et les différentes voies que l’artiste prend pour se diriger à l’intérieur de sa poésie sont autant de chemins de traverse. Le titre de son exposition, en anglais, “Listen to the Quiet Voice” nous indique que les œuvres montrées ne s’affichent pas avec arrogance. Il faut ainsi se déplacer selon le vent, lui aussi doux et suave, qui souffle d’un endroit à un autre. Pourtant, quand nous arrivons sur le plateau de 600 m² qui lui est consacré au MAMCS, c’est par une affiche surdimensionnée que le visiteur est accueilli avec un artiste qui se montre accompagné de créatures zoologiques dans une sorte de défilé allégorique. Puis un certain vide s’offre à nos yeux et à nos oreilles et, soudain, une voix irréelle vient ponctuer ce silence. Cet espace est en fait ce qui caractérise ce qui va se produire ici. Un voyage serein. De petites choses qui parlent à l’artiste et qui invitent à un dialogue avec lui, des installations aux repères personnels mais qui nous semblent connus, des photographies où des mains et des lieux sont montrés comme des signes d’amitié, d’humanité, d’autres photographies, remarquables, qui installent une conversation entre la mort et le vivant, ou encore des vues contemporaines d’une table de travail qui dessinent l’emplacement de l’artiste dans un jeu de présence et d’absence. Un pendule de quartz figé au-dessus d’un néon, temps et heures constants mais fragiles, des vidéos étranges et belles, une pièce noire avec pour seul contenu un son lui aussi étrange, une autre pièce sombre et sa vidéo séquentielle d’une main manipulant un stylo. Une autre œuvre attire l’attention, qui semble vouloir nous parler à voix basse, une pierre de galène et deux coquillages placés derrière un plexiglas ajouré. L’art, avec Philippe Lepeut, ne peut être que pluriel. Il horizontalise celui-ci pour en faire un parcours personnel et les contenus qui en émergent sont des demandes pour approfondir chaque étape. Les sons, le visuel, les volumes, le conceptuel que met en scène Philippe répandent quelque chose de rare. Une autre dimension vient immédiatement nous toucher, celle de l’olfactif, dans une intériorité elle aussi très intime. Cette exposition est un beau voyage dans une humanité retrouvée, ponctuée de trésors dont la valeur est celle que chacun pourra y donner par son regard et sa sensibilité.

Faire le mur

Nous avons vu deux thèmes sur cette idée de faire le mur dans le sens de s’en servir (mais respectueux de l’idée originelle, s’évader, passer par-dessus, transgresser). Le film de Banksy, “Faites le mur” vu à La Maison de L’Image de Strasbourg nous sert un panorama historique/hystérique très amusant du parcours d’un graffeur nouveau-né.

Autant inventé que concret, un produit par excellence d’une société qui se goinfre de “fake” tout en accordant une valeur démesurée aux créations contemporaines. Un film haletant, bien construit, dont l’objet principal est de prendre les amateurs et collectionneurs d’art pour des imbéciles (ce qui est très facile, mais n’est-ce pas de leur faute ?) comme, d’ailleurs, les spectateurs dudit film, car l’histoire racontée de ce gros bonhomme d’origine française installé aux States, et qui va devenir une star du Street Art, est une fable désopilante et vraie. C’est ce mélange de racontars et de réalisme (oui, le vrai se fait support du faux et inversement) qui fait de ce reportage filmé un exercice parfait de contre-culture. Banksy s’y connaît en transgression, et ce qu’il a fait avec cette histoire improbable est excellent. L’auteur de cet article, grand amateur (encore un !) de Graffiti a retrouvé dans cette fable l’esprit subversif de certaines œuvres qu’il aime photographier dans des rues ou des fabriques abandonnées, objet(s) d’attaques géniales de la part d’artistes de street art. Mais là où Banksy fait fort, c’est de mettre en avant sans complexe le contrepoint au subversif qu’est le ridicule inconscient des regardeurs de cet art de rue (et de tout art finalement). Il introduit un humour corrosif dans son regard qu’il porte sur ces spectateurs vides de sens critique mais avides de sens commercial. Les artistes sont des marginaux apprivoisés par le marché, mais Banksy ne se laisse pas enfermer, pour le moment. Il profite du marché de l’art tout comme celui-ci profite de lui, du moins pour certains spéculateurs. C’est là un jeu de dupes consenti et il faut évidemment ne jamais perdre son sens de l’humour et du ridicule pour pouvoir dépasser le sous-niveau d’une activité marchande réductrice et pourtant porteuse de temps en temps de coups géniaux, comme ce film. La Maison de l’image et l’INA à Strasbourg sont des lieux incontournables autour de l’art cinématographique et de la vidéo.

Mur d’art

Sous ce titre, “Faire le mur”, Zone d’Art invite un collectif franco-allemand à installer des œuvres sur des murs dans une démarche (non) concurrentielle à celle des panneaux publicitaires. Zone d’Art est (donc) située dans une zone industrielle, à Strasbourg, et regroupe des artistes qui pourraient être des entrepreneurs en art public.

Avec Plakat Wand Kunst  nous sommes dans un esprit de substitution de l’espace marchand par la mise en place de grands formats (3,60 x 2,60 m) au seul contenu artistique. C’est dans cette même zone (d’art) que certains artistes de PWK ont hissé leurs œuvres sur des murs d’entrepôts en lieu et place de ces énormes publicités invasives. Très belle réussite que cette idée, et voir sur de vieux murs des fresques contemporaines d’artistes connus et reconnus (Gundula Bleckmann, Sabine Brand-Scheffel, Didier Guth, Walter Jung, Germain Roesz, Gabi Streile, Sylvie Villaume et Nicolas Schneider en tant qu’invité) nous fait dire que l’initiative contient justement ce que nous disions plus haut avec Banksy. Ici nous sommes en présence d’un art contemporain qui s’inscrit dans un environnement urbain en dehors des musées et des galeries, et cette initiative sera également répétée à partir du 23 avril 2015 le long du Rhin, côté allemand à Kehl, dans les jardins des 2 rives. Didier Guth nous a fait le plaisir de nous en dire plus sur cette action dont l’idée d’accrocher des peintures à la place de panneaux publicitaires émerge en 1980 à Karlsruhe grâce à Angela Junk-Eichhorn. Plus tard il y aura scission entre les membres fondateurs et naîtra Plakat Wand Kunst qui fédère maintenant 17 membres (14 Allemands et 3 Français). Les œuvres placées dans l’enceinte de la zone industrielle sont remarquables, non seulement par leur contenu mais parce qu’elles s’inscrivent dans le contexte. Il y a dans ces peintures une véritable réflexion entre poésie, urbanisme, abstraction, géométrie et conceptualisation. Une géographie de l’art se met en place à l’instar de l’œuvre exposée par Didier Guth. Le tout forme un itinéraire atypique et passionnant.

10.04.15

La couleur dans la photographie et la photographie des couleurs

La photographie en couleur est-elle un avatar, une illusion optique (utopique), une représentation seulement réaliste de ce qui est, une réincarnation sur papier ? La fixation sur un support d’une scène quelconque se formalisait historiquement en noir et blanc, et gris, puis vint la couleur, d’abord timide.

La couleur allait rapidement et grâce à de nouvelles techniques s’affranchir desdites difficultés techniques pour devenir, elle aussi, un nouvel élément de la photographie moderne. De la colorisation le photographe allait passer à la réalisation en couleur de ses prises de vue jusqu’à la pixellisation et le numérique. Le vrai problème, avec la photo couleur, peut, et aujourd’hui encore, être celui d’un recopiage d’une réalité. Certaines nécessités imposent une exactitude du rendu dans des travaux liés à la mode, la gastronomie, l’industrie etc. et dans ces cas nous ne sommes plus dans l’aventure photographique mais bien dans une photographie documentaire. Ceci dit sans reproche ni dédain. Dès lors, qu’apporte la couleur dans la création artistique en photographie ? Comment passer de cette photo couleur à la photographie des couleurs, elles-mêmes composantes d’un contenu artistique ?  La bonne approche serait de ne pas voir les couleurs. Du moins quand elles se montrent dans leur chromatique mais les apercevoir dans un ensemble, une harmonie possible ou bien une cohérence fragile. Il faudrait les replacer dans une autre vision que la seule admiration. Nous avons vu dernièrement les travaux de Jean-Louis Hess avec une collection de ses œuvres en couleur, exposées au Cheval Blanc à Schiltigheim, et nous pouvons dire qu’ici le photographe entreprend cette démarche autre pour faire de la couleur un propos incident, c’est-à-dire différent, la rendre accessoire dans le sens du primordial. Ses photographies sont d’origine en couleur, ce point voulant dire que Jean-Louis Hess n’a pas fait de la photo couleur mais a su mettre de la couleur dans sa recherche. Ses vues urbaines d’une banlieue strasbourgeoise importent ce que des couleurs invisibles de quartiers eux-mêmes non visibles, ont en elles, ont en eux. Prendre en photo un mur bleu ou rouge n’est pas un exercice difficile. Mais le rendre en ses couleurs (chromatique, environnementale, structurelle, sociale, architecturale) est dépendant d’une réussite qui fera la différence. Ces photographies de Jean-Louis Hess sont une belle réussite et, si d’aventure, la couleur dans la photographie peut rebuter certains, ils pourront entrevoir, avec ces œuvres, une belle ouverture vers celle-ci.

Une approche originale et particulièrement réussie est celle de Mélody Seiwert dans un travail qui réunit le végétal, la photographie et les couleurs. Ses herbiers photographiques nous amènent dans un monde du quasi microscopique tout en relevant un art, celui de la nature vue par une artiste d’une extrême sensibilité. Nature et art vont de pair, ce qui est une évidence utile à rappeler, mais ici Mélody Seiwert met en scène les formes et les coloris pour en faire des tableaux d’une grande subtilité. Elle joue avec les couleurs tout en les respectant, sait intuitivement que la nature ainsi (re)visitée ne supporterait pas sa violation par quelques procédés aléatoires. En s’appropriant le végétal elle dévoile des secrets dans les matières, les structures, les couleurs et crée des formes, des êtres, presque, qui semblent vivant en se remuant devant nous dans une chorégraphie belle et surprenante. La couleur de ces brindilles et pétales est magnifiée. Pour autant nous ne sommes pas en présence d’œuvres peintes, comme celles d’un Redouté, mais en pleine photographie. Mélody est une photographe de talent, nous le savions déjà, et avec ce travail nous voyons que son œil est expert. Plus encore, Mélody Seiwert introduit un modernisme et une contemporanéité dans cette série qui apportent un champ nouveau dans la lecture photographique. Splendides réalisations que ces planches pseudo académiques où s’entrecroisent de multiples concepts dans une magnifique graphie florale (à voir sur rendez-vous au Conseil de l’Europe à Strasbourg).

23.03.15

Border son humanité par l’extra-ordinaire

L’autoportrait (photographique) ne suffit pas en soi à se rendre admirable, dans tous les sens et non-sens du terme, car, plus qu’une image de soi, il ouvre des lieux de découvertes et, donc, d’incompréhensions selon une succession d’angles de vue. Objectif braqué sur soi, inobjectif, regards des autres, autres déformations.

Tout se trouve dans ce labyrinthe des points de vue, et cette image ne se constitue pas à un point donné mais bien plutôt (bien plus tard) avec une superposition de concepts et de ressentis. Madame Madeleine Millot-Durrenberger nous propose une découverte de sa collection sur ce thème de l’autoportrait mais revisité autant par elle que par les photographes exposés, sous le titre “En bordure d’une humanité ordinaire”.

Ses choix seront donc guidés par cette interaction. Nous verrons que les monologues des photographes avec eux-mêmes ne sont pas (toujours) de gentilles conversations même si la poésie prend aussi corps dans le désordre des voix intérieures. Quand Pierre Molinier expose un autre “soi” hyper sexualisé nous comprenons que l’identité n’est jamais définitivement fixée dans un genre ou un autre. Le démonstratif sert (de très près) son propos subversif. Dans le subversif, mais cette fois sous une douceur faussement bourgeoise, Michel Journiac met en scène la famille décomposée par son regard taquin, en précurseur d’une modernité sexuelle en cours de banalisation. Déjà nous comprenons que le comportemental est l’écho de revendications assumées. Pourtant, et comme il est toujours étrange de se photographier, nous verrons avec Hermann Försterling, ou Dieter Appelt, que cet étrange/étranger prendra la forme d’un tout autre comme pour déceler en soi une part possible de monstruosité. Certes liée, ici, à une recherche mais néanmoins rendue visible presque sans violence. Nous ne savons pas pourquoi, mais le calme torturé par une certaine inconscience nous semble annonciateur de terribles réalités à venir comme passées. Monstre et animal, ce duo rendu inévitable dans l’imaginaire, se voir ainsi ou au moins animalisé, comme Karyne Lamouille en lionne et Jean-Claude Mouton en.. Mouton (par laine chevelue interposée). La bête est-elle obligatoirement méchante ? Réalité et invention, ou bien l’inverse, dans une chronologie de la négation d’un soi irrécupérable sauf à vouloir forcer son image en l’idéalisant. C’est ce que fait Leandro Berra par le biais de portraits robots (il faut en rire, de ces robots, dont nous ne savons pas au fond de qui il s’agit) qui sèment (dans le sens de perdre) les traces d’une enquête anthropologique. La même démarche, mais non robotisée (enfin, normalement) est entreprise par Roman Opalka dans le respect, cette fois-ci, de cette chronologie/chrono-logique qui le montre par étapes successives du vieillissement. Un décompte inexorable, mais nous y devinons la poésie d’une humanité sans gloire mais belle, malgré tout. Nous sommes bien en pleine déformation/reformation/reformulation d’un être, son Être, et le portrait, à ce stade, deviendrait peut-être autodestruction, vers une reconstruction. Puis vient la notion de la projection d’un soi en regard de la mort, un autre dialogue, pour s’en moquer mais plus encore pour l’exorciser. Denis Roche se surprend à converser avec un squelette dessiner sur un mur pour nous dire que la distance entre eux n’est peut-être pas qu’illusion tandis que Jan Saudek traverse concrètement le parcours du condamné à mort dans une mise en scène colorisée pour mieux la rendre, douce ? Encore cette douceur qui rime avec malheur. Quand la mort est vécue par contumace, cette échappée momentanée, elle se vit par interposition – de soi. Il y a aussi la mort sur soi, dans soi, le vivant qui ne l’est plus, le statuaire en lambeau bientôt à terre et David Nebreda nous lance ses bouts d’os et de chair au visage, lui qui se vit sans corps. Le sien n’est plus, ou alors ce ne serait que déchets humains (traces, odeurs, putréfaction) en mémoire d’une souffrance inextinguible qu’il porte et entretient, bagage et croix, maladie et compagnonnage obligés. L’autodestruction en un discours suffoquant, une réalité humaine. Nous parlions de poésie, et quand le photographe se sert de lui pour aborder avec délicatesse cette vision nous y découvrons de l’humour, ce constituant excentrique de l’Homme. Miro Svolik se voit en lutin dissimulé dans des univers réels, garnement à pirouettes pour rappeler que rien n’est grave, en fait, si, mais il faut savoir en rire. Poésie et fantastique font souvent bon ménage, Hervé Guibert, dans le flou pudique d’une vie trop courte ne se montre pas, pourtant on sent sa présence subtile, Alix Cléo Roubaud, elle aussi, veut suggérer et non imposer, Robert Cahen, vidéaste splendide, se met en scène étrangement dans une vue ascendante, Ton Huijbers joue avec un croissant de lune. Jouer avec l’ombre (de soi ?) se retrouve dans ces vues, comme celle de Jean Daubas sur un mur de Strasbourg, en duo avec un réverbère, avec en filigrane un joli graffiti à deviner (Jean Daubas a réalisé une très belle conférence à l’Artothèque de Strasbourg intitulée “Des photos de famille à l’œuvre d’art” qui faisait suite à l’événement). L’autoportrait est donc, avec cette exposition, un cheminement interne, un voyage inversé où l’exposant, celui ou celle qui s’expose, est sous influences multiples. Ce qui rend ces œuvres passionnantes, très sensibles, dans une magnifique complexité. Galerie In Extremis, 27 rue Sainte-Hélène 67000 Strasbourg.

Une rencontre avec Madeleine Millot-Durrenberger :

Nous avons souvent parlé ici des expositions organisées par Madame Madeleine Millot-Durrenberger et son association In Extremis. Madeleine Millot-Durrenberger est une collectionneuse de photographies contemporaines qui, depuis les années 80, rencontre des artistes, auteurs photographes, dont autant l’histoire personnelle, la démarche artistique que les œuvres, provoquent en elle un intérêt, une envie. Intérêt intellectuel et sensoriel, envie de construire autour de l’artiste une histoire grâce à quelques photographies qui seront représentatives de l’homme ou de la femme photographe. Madeleine Millot-Durrenberger ne collectionne pas pour amasser chez elle des œuvres, tout le contraire, elle tisse un lien personnel avec le ou la photographe pour ensuite montrer ce qu’il/elle fait, mais toujours avec ce concept de réunir au moins trois œuvres de lui ou d’elle pour établir concrètement un contenu démontrant la pertinence du travail réalisé. Exposer sa propre collection, par thème ou par auteur, est devenu très tôt pour Mme Millot-Durrenberger une nécessité car elle ne peut imaginer garder pour soi ces photographies puisque, justement, elles sont le résultat de rencontres, d’affinités et, donc, d’histoires humaines, et comme toutes histoires elles se racontent. Madeleine nous raconte un auteur, son travail, comment se sont faites ces fameuses rencontres, elle nous dépeint une œuvre indissociable d’un environnement humain. Ainsi, de photographies en photographies, petit à petit, sa collection formera un fonds remarquable par les noms et la qualité réunis : Molinier, Plossu, Faucon, Sudek, Baldessari, Rondepierre, René-Jacques, Armleder, Batho, Journiac, Appelt (pour ne citer qu’eux). Des dizaines d’artistes, des centaines d’œuvres avec lesquelles Madeleine Millot-Durrenberger va pouvoir monter ses expositions. C’est un univers lié à chaque auteur, un discours propre à lui qu’elle veut mettre en avant. Pour Mme Millot-Durrenberger la photographie seule ne suffit pas. Ni la technique utilisée. Il s’agit de lier à l’œuvre un artiste, son cheminement, son évolution. C’est pourquoi sa collection et ses événements sont si passionnants. Lors d’un échange entre nous, en nous recevant dans son lieu d’exposition à Strasbourg, nous avons appris à mieux connaître cette personnalité dont le travail est reconnu partout en Europe et au-delà. Nous avons découvert sa passion, son intelligence sensible, sa rigueur et son empathie envers « ses » artistes, son histoire personnelle aussi. Une vie consacrée depuis plus de 30 ans à la photographie.

05.03.15

Le noir des lieux, puis une petite lumière éphémère

il n’est pas facile de mettre un sens, du sens, dans des lieux et des rues en ne faisant qu’y passer. Il faut s’intéresser à l’histoire de ces endroits communs mais plus encore y mettre une autre histoire en lien avec ce que ces lieux ont conservé de secret ou de méconnu. L’art de la rue, le “street art” est venu depuis quelques décennies baliser des espaces ordinaires. Ou bien des espaces hors du commun.

Ernest Pignon-Ernest est historiquement celui qui a placé sur des murs une iconographie remarquable. Un travail par lequel il s’insère dans les espaces qu’il choisit pour en faire, furtivement, des territoires momentanément autres. Il va placer des œuvres, dites éphémères, là ou se trouve une histoire à réécrire, en les collant sur des surfaces qui sont déjà noircies par le temps. Ce qu’il met en place est une interprétation, bien souvent  inspirée par ces lieux ou alors par des événements. Il ne s’éloigne pas de l’humain, ses œuvres sont humanité. La galerie Chantal Bamberger nous montre une sélection de splendides travaux de l’artiste dans une belle cohérence entre dessins, croquis, sérigraphies et photographies. Ernest Pignon-Ernest prend des photos in situ et les place en apposition avec ses œuvres affichées sur les murs pour en faire des “tableaux” splendides. Nous sommes passionnés par cette démarche et pouvoir admirer les œuvres de ce grand artiste à la notoriété mondiale, à Strasbourg, est un bel événement.

Le noir profond, une démarche en solitaire

Partir en Islande pour photographier ses paysages étranges n’est certainement pas une simple promenade touristique. Il semble nécessaire de faire corps avec cette géologie pour comprendre que ces lieux tourmentés représentent une aventure humaine. C’est cette aventure que Gilbert Kiner a voulu vivre intimement, seul, avec ses appareils photographiques.

Mais il ne fallait pas s’attendre à un rendu traditionnel, sous forme de quasi reportage ou d’un joli catalogue en couleurs, de la part de celui qui dirige une des grandes écoles européennes d’effets spéciaux, d’animation 3D et de jeux vidéos. Gilbert Kiner va retranscrire dans ses prises de vue une notion du noir, non pas dans le sens du dramatique, mais pour aboutir à une nouvelle vision esthétique basée sur la transformation de l’image. Il va ainsi accentuer les contrastes, transformer les noirs, les gris et les blancs tout en respectant l’image initiale et ceci dans une réelle recherche visuelle. Son travail interpelle, tant le résultat est probant. Nous avons ici même, dans nos colonnes, abordé la question de la manipulation de l’image pour écrire que cela pouvait avoir du sens, dans certains cas. Mais ici Gilbert Kiner ne manipule pas, il accentue, il retravaille l’objet. Il crée en fait une œuvre à part. L’intelligence du photographe se voit dans ce qu’il obtient, elle ressort avec brio, avec ces vues de l’esprit pourtant basées sur du réel. Au final il obtient, et avec réussite, un dénouement donné à l’œuvre qui est cohérent et beau. Le choix du papier pour le tirage et les formats rendent ce travail particulièrement intéressant. Nous avons avec cette démarche une introduction à l’œuvre photographique qui apporte de nouvelles dimensions. L’exposition a lieu dans la librairie L’usage du Monde et son responsable, Gilles Million, est de très bonne inspiration quant à ses choix.

Sur la couleur noire en photographie lire notre contribution dans nos éditos ]

Le noir, ou le gris, de la contemporanéité morbide

Lorsqu’une nouvelle galerie ouvre ses portes cela est toujours bon signe. Bien entendu, il faut voir ce qu’elle veut nous montrer. Jean-François Kaiser a fait ce pari de s’installer en tant que galeriste à Strasbourg et dès sa première exposition il choisit le complexe et l’étrange, le beau et le surprenant. 

Il présente des œuvres de Thibault Honoré dans un ensemble détonnant dans lequel une poésie mystérieuse s’installe. Oui, il s’agit d’installations, dans le sens muséal du terme avec ces pièces qui pourraient n’être que des morceaux quelconques d’objets prélevés dans un cimetière, d’une volerie urbaine, ou de provenance inconnue, de gisants enterrés sous des siècles d’ignorance. Et en regardant de près nous découvrons que de cette noirceur naît une morbidité qui interroge, qui semble même vouloir vous séduire. Vous vous trouvez en terrain connu avec, par exemple,  des moulages de caméscopes, de cassettes vidéo d’un ancien temps le tout exposé comme des reliques. La société du spectacle ne meurt-elle donc jamais pour ainsi se montrer ? L’artiste n’hésite pas à utiliser les codes de l’hommage posthume pour les détourner au profit d’un humour du non-sens, noir mais surtout gris, ces couleur et matière qu’il utilise invariablement. Non-sens ? Il faut se pencher sur son passé pour en extraire un semblant de vérité. Mais là, avec Thibault Honoré nous avons la nette impression d’un retour vers le futur, sans trop savoir si le tout n’est pas déjà mort avant d’avoir existé. Un raccourci qui nous ferait dire que la vie est un espace vide sauf à devoir la remplir de quelques riens. D’ailleurs, il nous montre une vidéo d’un groupe d’enfants et d’adolescents, à l’histoire sociale et économique douloureuse, jouant à 4000 mètres d’altitude sur un plateau sud-américain qui serait la preuve de ce que nous venons d’écrire – de vivre? La galerie Jean-François Kaiser commencerait, dès ses débuts, à nous habituer à une belle étrangeté.

13.02.15

Éclairage urbain, architecture et photographie

L’éclairage des villes et des villages est depuis quelques décennies un élément constitutif d’un ensemble où l’art réunit les volumes (bâtiments), les espaces (lieux de circulation pédestre et motorisée) et les couleurs. La mise en scène de ces trois constituants dans le milieu urbain est devenue incontournable jusqu’à s’ériger en véritable parcours conceptuel et esthétique, comme à Lyon avec la fête des lumières.

 Bien entendu, ce matériau ne pouvait pas laisser insensible le photographe et, d’ailleurs, les oeuvres de Brassaï faites la nuit à Paris dans les années 30 montraient, avant l’heure, ce que comportait de magique cet éclairage qui n’était que tristesse blafarde. C’est bien la sensibilité d’un artiste qui pouvait mettre en perspective la poésie cachée de ces rues parisiennes sous les becs de gaz. La nuit n’est donc pas seulement le point de rencontre d’individus à la recherche d’aventures mais elle est aussi celle de subtiles ombres, halos, pavés et façades dont très longtemps le noir, le gris et l’argenté étaient les seules couleurs possibles. Petit à petit les jaunes, les verts, les rouges et même les bleus sont arrivés dans nos paysages nocturnes au cœur de nos cités. Nous avons rendu récemment visite à un photographe  strasbourgeois, dont nous avons déjà parlé dans nos colonnes, et qui s’est intéressé de près à ce matériau qu’est cette lumière artificielle, passée d’une simple fonction d’éclairage de nuit à une composante architecturale à part entière. Benjamin Kiffel est allé à Berlin, Copenhague, Dubrovnik, Düsseldorf, Hambourg, Kotor, Malmö et Strasbourg pour saisir ces spots et ces néons  dans leur contexte, avec tout ce que cela comporte d’agressif, de doux ou de structuré. Ses photographies nous montrent un quotidien qui ne nous interpelle pas lorsqu’on baigne dans cet environnement mais, dès lors que l’observateur, ici le photographe, en extrait la quintessence nous y trouvons une plastique étonnante. De la banalité nous arrivons à l’exceptionnel car c’est cet imbroglio de couleurs, de formes, de perspectives qui transforme un supermarché, un parking, un hall ou une bibliothèque municipale en un événement en soi. Benjamin Kiffel nous rappelle que la fonction sécuritaire de l’éclairage ne pouvait plus être le seul leitmotiv des concepteurs et que l’introduction du beau a aussi sa fonction dans nos vies citadines. Et le photographe de mettre en avant l’esthétisme de ces lieux, avec sa propre esthétique, celle de prises de vue parfaitement équilibrées. Cette série baptisée « Utopie » est montrée  par le biais d’écrans plats où défilent les images dans un rythme apaisant, comme la nuit. Ainsi Benjamin Kiffel boucle la boucle, de la fureur de la ville, le jour, aux silences multicolores et nocturnes vers une mise en scène très moderne de son travail sous les voûtes anciennes de sa galerie. (Galerie de la Pierre Large, 25 rue des Veaux, Strasbourg).

12.12.14

La photographie n’a pas de prix

Nous constatons un élan enthousiaste ces dernières années pour l’achat de photographies par de riches collectionneurs qui n’hésitent pas (plus) à mettre des millions sur la table pour acquérir une œuvre rare. Tout dernièrement c’est une photographie de Peter Lik qui a été négociée au prix de 6,5 Millions de US dollars. Placer son argent dans une œuvre d’art est toujours risqué mais nous pensons que c’est certainement un acte conscient.

L’art, avec un petit a ou un grand A, est ce qui fait qu’un être humain se caractérise par sa capacité de projection et d’interprétation. Certes, le spéculatif vient aussi abîmer cette activité, comme tant d’autres. Il y a aussi le créateur opportuniste qui sait sentir les bons moments (comme les bons coups) pour mettre sur le marché des œuvres qui colleront au mieux aux tendances. Par contre, en matière photographique, nous ne pouvons pas dire que cette création soit tant que cela mêlée à cette démarche “marketing”. Bien sûr, la provocation sait se glisser dans la photographie comme dans d’autres productions. Mais, sur cette notion de la provocation, ne s’agit-il pas beaucoup plus du regard porté sur l’œuvre, et moins de son seul contenu ? Il y a ici cette différence entre le “provoquant” et le “provoqué”. Et, comme toute œuvre, la photographie provoquera, dans le sens de susciter. L’artiste se veut provoquant ? Libre à lui, mais ce point n’est pas garanti. L’artiste veut provoquer ? Là se joue une partie à deux (l’œuvre et le regard porté sur elle), et ce qui est recherché n’aboutit pas obligatoirement sur un résultat certain. C’est selon qui regarde.

Pour la photographie de Peter Lik, nous sommes en présence d’une œuvre qui n’entre pas dans cette démarche. Alors, passons-nous de la non provocation d’un contenu (sans parler des aspects esthétiques propres) à la provocation du prix payé ? Là se trouve peut-être une forme de provocation, tant la somme considérée atteint des sommets incroyables.  Est-ce si sûr ? Des tableaux sont vendus à des prix bien plus élevés. Pourquoi, dès lors, une œuvre photographique ne pourrait-elle pas être négociée aussi fortement ?

Il y a des gens qui possèdent une masse d’argent impressionnante et qui achètent des œuvres d’art. Ils vendent, rachètent, échangent. Ce sont des collectionneurs privés. Il y a aussi les musées qui interviennent dans cette activité. Mais il y a également de petits collectionneurs qui dépensent des sommes souvent modestes dans l’acquisition d’œuvres. Dans tous les cas nous pouvons retenir quelques critères communs à eux tous dans leur démarche : la beauté (du geste ?), la qualité du travail de l’artiste, la rareté relative, puis les aspects financiers (cote, progression, rentabilité espérée). Ces derniers éléments sont plutôt de l’ordre d’un achat à logique spéculative ce qui n’est pas toujours le cas chez certains collectionneurs qui ne veulent retenir que le contenu purement artistique.

Est-ce que la photographie de Peter Lik sera un jour revendue, par exemple, au double de son prix actuel ? Si c’est le cas, alors le spéculatif aura définitivement contaminé la photographie. Puis, on pourra se dire, et pourquoi pas ? L’Art n’a pas de prix. Sauf celui qui se trouve dans le travail réalisé et l’affinité créée entre l’artiste et son public. Avec modestie ou bien avec grandeur.

04.12.14

Le noir et blanc en ses couleurs

La photographie sait montrer ce qui n’apparaît pas forcément et lorsque nous nous penchons sur celle de Nathalie Savey nous ne pouvons pas échapper à une incursion toute faite de subtiles invitations. Le minéral et l’eau sont ces éléments que l’artiste travaille en douceur et en profondeur pour nous conduire vers des espaces confidentiels qui ne s’imposent pas et qui vont, petit à petit, se livrer à nous dans de très belles harmonies.

La série “Cheonjiyeon”, faite lors de son séjour en Corée du Sud, est la preuve que les couleurs se cachent dans le noir et le blanc. Les couleurs, ces lumières de l’évidence, gamme chromatique où chantent les sons les plus intimes, éclatent avec calme dans des reflets où l’eau, la roche, la lumière, que Nathalie Savey capte secrètement, forment une trilogie de l’existence (la terre, la mer, le ciel), et nous voilà plongés dans un parcours intense.

Puis, sans bruit aucun, s’installent de petites choses fragiles aux côtés de ces œuvres photographiques splendides, placées dans un non-hasard sur les murs de la galerie Art’Course de Strasbourg, créées par Gabriel Micheletti lesquelles et avec une grande délicatesse apportent, justement, ces couleurs que nous devinions chez Nathalie. Gabriel Micheletti, avec de simples tracés informels verts ou orangés, peut-être même jaunes, occupe, dans de petites surfaces, des endroits eux aussi secrets, qu’il matérialise avec presque rien. L’art serait cet acte qui consisterait, si rarement, à rendre perceptible, dans le sens de l’intuition, ce qui n’est pas mais qui, bel et bien, se met à vibrer en nous, ce rapport inexplicable, ce lien, qui fait naître la confusion, la séduction puis l’admiration, celle d’un ravissement, là encore, intime. Gabriel Micheletti nous séduit avec ses œuvres délicates, avec sa candeur et sa démarche d’enfant, il met dans son travail tout ce qui est poésie et légèreté, tout en sachant créer un équilibre. Il réunit dans ses peintures ce qui fait un artiste : la conscience, le savoir et l’ingénu.

Lors d’une longue et belle rencontre avec Nathalie Savey, chez elle, dans son atelier, nous avions reconnu ces paramètres humains en elle. Un artiste, une artiste,  sait s’extraire, tout en les maîtrisant, des contraintes dites techniques, pour les dépasser afin d’arriver vers, et sur, d’autres rives. Le complexe, le difficile, se loge autant dans le conceptuel que dans la matérialité. Et un artiste pourra se dégager desdites contraintes si de son art émerge de nouveaux horizons. Belle association que celle de Nathalie Savey, grande photographe découverte grâce à Madeleine Millot-Durrenberger, avec Gabriel Micheletti, dans cette exposition intitulée “Regards suspendus”, tous deux sachant apporter ce que chacun, en soi, recherche sans cesse, une secrète harmonie.

28.11.14

Le visage et le vécu

Nous disions dans un de nos articles (“Visages de la réalité et interprétations du regard”) que peindre ou photographier l’autre, son visage, faire son portrait, n’était pas un acte anodin. Il y a un effet “miroir” dans cette démarche, le photographe (ou le peintre) regarde son modèle, mais ce dernier aussi regarde l’artiste. Extraire la quintessence de ces visages peut prendre plusieurs formes, esthétiques et intellectuelles, jusqu’à, dans certains cas, déformer le sujet pour créer un nouvel art. Il y a aussi cette manière de ne prendre que ce que montre un visage, dans sa nature immédiate, et le photographe, particulièrement lui, s’attachera à lire ces traits, à lire dans les yeux, à lire dans les rides et les commissures.

Denis Rouvre a voulu nous montrer des hommes et des femmes, dans son exposition “Résistants” à la galerie Stimultania de Strasbourg, des individus sans masque. Les Japonais survivants de la catastrophe de Fukushima savent que l’impensable s’est figé en eux. Nous avons voulu nous extraire du contexte en les regardant, ne vouloir les voir que pour ce qu’ils sont. Denis Rouvre, dans la maîtrise de son art, nous montre des êtres sobres, beaux et dignes. Comme tant d’autres personnes à travers le monde. Puis resurgit leur drame. Et à ce moment précis nous savons qu’ils regardaient le photographe. Ils ne voulaient rien démontrer. Ils étaient eux-mêmes, après le passage de l’horreur. A la fois intacts et défaits. D’un coup on se dit que l’humanité, leur humanité, dépasse la souffrance. Le photographe a su éviter le pathos. D’ailleurs, et certainement, parce que “ses” modèles ne voulaient pas témoigner dans le sens journalistique du terme. Les photographier comme l’a fait Denis Rouvre suffisait, en soi.

D’autres visages, d’autres lieux, avec des êtres magnifiques. Des résistants. La Nouvelle Calédonie et les Kanaks (Kanak voulant dire homme libre, mais plus encore être humain). Denis Rouvre nous invite à un formidable voyage dans une splendide humanité, celle d’habitants d’une terre, la leur, avec leur culture et leurs traditions. Il photographie des personnes conscientes que l’environnement change, interventions du modernisme et soucis du combat pour rester soi-même. Des visages où l’intelligence des lieux et l’identité propre ressortent dans des regards et des traits nobles, fiers et sobres. Une beauté initiale. Le dialogue entre le photographe et ces êtres lointains, pour nous, efface toute distance et nous fait nous rapprocher d’eux dans un élan, une attirance sensible. Nous nous sentons comme des frères en les admirant, nous aimerions être comme eux. Intimement nous savons que nous sommes parties intégrantes de leur corps, de leur âme, nous qui sommes amoindris dans nos vies sans repère, du moins empathique. Denis Rouvre, et toujours avec son art, sait nous amener vers ces humains pour nous dire que nous vivons dans une même et belle famille, où que nous soyons.

Ces résistants, au Japon et en Nouvelle Calédonie, nous rappellent que faute de combat, la mort, culturelle et physique, sera la plus forte. A nous de la déjouer, même momentanément.

25.10.14

Le souffle du vent et celui de l’art

Le vent souffle aussi des impressions, sensorielles et mentales, il donne des ailes et on aime se confronter à lui pour lui montrer qui serait le plus fort. Momentanément bien sûr. Madame Millot-Durrenberger a intitulé sa dernière exposition (dans sa galerie In Extremis à Strasbourg) “The answer is blowin’in the wind” pour nous dire que ce vent, comme le chantait Bob Dylan, peut transporter et amener certaines réponses, toutes imaginaires, surtout quand il souffle dans les grands espaces américains, là où les attentes sont des rêves, ou des cauchemars aussi.

Grande collectionneuse de photographies d’art, Madeleine Millot-Durrenberger a rassemblé 13 artistes, américains ou non, vivant / ayant vécu aux Etats-unis, avec certains types de leur photographies issus de ces espaces, physiques et intellectuels, et qui donnent à voir ce qu’est leur “réponse” à ce rêve, dans des registres très différents, mais qui tissent un lien, celui de l’usage de la photo en support, sinon en témoignage, à leur expérience de vie aux USA. Autant dire que le rendu est conforme aux clichés, dans le sens second du terme, liés aux “States” avec ce mélange de beau, de laid, d’incongru, de surprenant. Le beau est indéniable, c’est-à-dire transversal à tous jugements, car apportant poésie et humanisme, le laid (le “mauvais goût”) est pesant, c’est-à-dire mis en scène dans une volonté appuyée et donc à deux têtes, première impression puis interpellation, ce qui rend ce laid interprétatif, l’incongru est quasi inné, c’est-à-dire intrinsèque à une société qui génère des hiatus sociaux et culturels à la chaîne, libertés à tous vents, et le surprenant réside, quant à lui, dans le fait même que tout cela est possible, c’est-à-dire coexistant dans les contraires. Avec de tels concepts, Madeleine Millot-Durrenberger a réalisé un bel exploit d’intelligence et d’ingéniosité en abritant dans un même événement Berenice Abbott, Mac Adams, Manuel Àlvarez BravoJohn Baldessari, Bob Carey, John Coplans, Michael Kenna, Duane MichalsArthur Rothstein, Lewis Rutherfurd, Lucas Samaras, Nancy Wilson-Pajic, Joel-Peter Witkin. Puis, une fois ce voyage étonnant effectué, nous revenons vers la photographie en tant que médium et média, ceci dit sans devoir la classifier, surtout dans ce contexte d’exposition. Il y a dans celle-ci un Art, un esprit, apportés par ces photographes. Les points de vue, les angles, les sujets, les techniques, les motivations relèvent de cet Art de la photo dont Mme Millot-Durrenberger sait en faire le repérage. Ses collections sont splendides.

Phot’Aix 2014

Nous avons déjà parlé de cette belle initiative à Aix-en-Provence qui consiste à essaimer de nombreuses photographies à travers la ville, dans différents endroits comme des cinémas, galeries d’art, boutiques et magasins, agences de voyages, librairies.. Et cette année, du 2 octobre au 15 novembre, l’opération a réservé de jolies surprises surtout avec l’événement principal, au Musée des Tapisseries, haut lieu de la culture aixoise, un splendide hôtel particulier napoléonien accolé au célèbre Archevêché, l’antre du festival lyrique dont nous sommes de fidèles et fervents supporters et admirateurs. Nous y avons découvert d’excellents travaux réunis dans le concept “Les regards Croisés” sous le titre, cette fois-ci, de “Barcelone-Provence”. Il s’agissait pour l’organisateur, l’association Fontaine Obscure (créatrice de Phot’Aix), de mettre en duo, en vis-à-vis, des photographes espagnols et français, chacun avec leur vision et leur art. Nous pouvons dire que la qualité, l’originalité et l’intelligence de ces auteurs et artistes étaient au rendez-vous. Finesse et subtilité aussi. Des vues urbaines, ou sur des corps, des mises en scène passionnantes, des images au contenu éclectique ou bien familier. Le sang espagnol et provençal circulait ici mais dans des flux retenus, ou alors avec fougue, sans jamais déborder. Il y avait dans ces œuvres une maturité étonnante parmi, bien souvent, ces jeunes femmes et jeunes gens. Les artistes exposés, en binôme, sont les suivants : Lúa Ocaña /Alexandra Serrano, Maite Guerrero / Amaral & Barthes, Montse Lopez / Géraldine Villemain, Enric Montes / Perrine Lamy-Quique, Salvi Danés / Xavier Blondeau.

23.09.14

Jungle urbaine

Belle installation à Zone d’Art (lieu artistique strasbourgeois d’un excellent niveau), sous le titre “Vegetal blues”, des artistes Marie-Pascale Engelmann et Alain Riff constituée d’un parcours entre peintures, photographies, vidéo, lianes, végétation, fruits et feuilles mortes.. Une jungle qui veut aussi montrer celle de nos villes bétonnées, ces contrastes entre nature sauvage et sauvage urbanité.

Le propos est clair : mettre et voir de la poésie là où les champs ont laissé la place au béton, aux constructions… destructrices, montrer qu’il y a encore de quoi, malgré tout, sentir la nature et la toucher, sinon la caresser. Marie-Pascale Engelmann peint (et dépeint) des endroits poétiques, joue avec les teintes de cette nature dont elle ne peut se séparer. Elle travaille ce qui reste à ses yeux les éléments fondamentaux de sa nature : odeurs, couleurs, matières, végétal, le tout retranscrit dans des œuvres subtiles et belles. Alain Riff photographie cette nature qui semble bientôt disparaître, il chemine dans des méandres urbanistiques pour montrer ce qui fait déjà notre mort annoncée, nous, étouffés sous les ciments. Il met en opposition / apposition des vues splendides d’une nature magique avec des constituants gris et secs d’une cité perdue sous l’asphalte qui, pourtant, se montre triomphante et agressive. Sa vidéo nous rappelle notre quotidien, se battre entre le bruit, les passages pour piétons cent fois dangereux et les engins, automobiles et camions, véritables instruments de mort. Puis, soudain, sur un mur, des œuvres étranges et attirantes s’illuminent, faites à quatre mains, dans lesquelles se fondent photographie et dessin dans de beaux gris et noirs, ces couleurs maltraitées par la vie moderne et, ici, replacées dans leur belle et sensible consistance. Zone d’art est un lieu que nous aimons, et cette exposition nous rend cet endroit encore plus attachant.

22.09.14

Denise René et ses artistes : encodage / décodage

C’est un artiste Suisse, Frank Fischer, sous l’impulsion de la galerie Radial Art Contemporain, qui s’est attelé à cette tâche : rendre hommage, à Strasbourg même, à la grande collectionneuse et galeriste, découvreuse de multiples talents de l’art abstrait, géométrique et cinétique.

Denise René (décédée en 2012) a fait don d’une partie de sa collection à la ville de Strasbourg et c’est dans cet esprit que cet hommage a été réalisé. Onze noms célèbres feront donc l’objet d’une nouvelle lecture de la part de Frank Fischer, sous forme de barres de couleurs, appliquées sur aluminium, dans une géométrie chromatique d’une extrême précision. Ainsi, nous avons au moins deux ingrédients qui font directement allusion à ces Maîtres. Encoder leur travail est une gageure, mais il faut laisser à l’artiste suisse cette liberté de voir et de montrer, là aussi à sa manière, ce qu’il ressent. Partir de géométries, de formes à la fois concrètes et abstraites pour arriver à un autre contenu, matérialisé par des bandes de couleur et tout en respectant l’imaginaire, ne devait pas être facile. Le résultat est là, belles séries d’œuvres, haute technicité, émotion aussi de devoir décoder un travail complexe. La galerie Radial nous montre, encore une fois, des œuvres très originales. Cet été nous avons vu l’exposition Cruz-Diez à la fondation Vasarely à Aix-en-Provence et, avec Frank Fischer, nous pouvons terminer ce cycle avec beauté.

16.09.14

La vie photographiée, voyages au plus près, au plus loin.

Raconter la vie, sa vie et celle des autres, reste un exercice incontournable pour le photographe, dans une démarche sensible où il faut joindre un contenu narratif à une certaine beauté. Nous avons vu et découvert les travaux de deux photographes strasbourgeois, Pascal Bastien et Christophe Bourgeois, qui réussissent cette jonction avec tact et intelligence.

En parcourant le livre de photographies de Pascal BastienComme neige au soleil”, et découvert à la librairie “L’Usage du Monde » à Strasbourg, nous avons l’impression de voir nos propres souvenirs tant ce qu’il montre nous est familier. Pourtant ses petites photos carrées contiennent des éléments très personnels, par cette façon qu’il a de nous raconter en douceur un cheminement intime. Ces gris et blancs dans ses prises de vues dominent certains noirs, nous voilà avec une très belle photographie argentique. Nostalgie ? Non, nous disent ces photographies, plutôt des souvenirs précis et intemporels. Cet art de l’image quasi introspective est hors du temps, celui qui pourrait fondre, s’éloigner, s’estomper alors même qu’il se fixe dans nos têtes autant que sur le papier. L’étrangeté de la photographie, et particulièrement celle de Pascal Bastien, nous invite à une réflexion sur les souvenirs regardés et ceux contenus dans notre mémoire. Quelle est l’exacte nature de ces photos ? Est-elle une tentative de sauver des éléments qui disparaissent pour mieux les retenir, cri silencieux, ou bien un simple rappel de ce qui a été, à un moment donné, et offert comme un gage à quelque chose de plus fort, le temps qui passe ? Un autre aspect serait celui d’un contenu esthétique qui agrégerait toutes ces contradictions et aspirations. Et si la photographie, dans sa simplicité humaine, n’était rien d’autre que des morceaux de beauté ? Pascal Bastien nous offre ces petits bouts de bonheur constitués par le beau. L’art est fait de perceptibles esthétismes, à goûter avec l’œil et le cœur.

Un autre voyage, au loin, en Chine ou bien au Mali, nous amène sur le chemin des hommes en devenir. Christophe Bourgeois part à leur rencontre comme un découvreur de nouvelles identités. Son exposition “En quête d’altérité”, au pôle de photographie Stimultania de Strasbourg, est un long parcours sur des territoires où s’affairent des individus écrasés par la nécessité de survivre. Christophe Bourgeois ne veut rien démontrer ni prouver. Il ne souhaite, semble-t-il, avec ses photographies en noir et blanc, que rapporter, là aussi, une beauté initiale et pure. Même avec des souffrances. L’activité humaine dans ce qu’elle comporte de destructrice, autant pour les personnes que pour l’environnement, peut être vue différemment selon un regard fait d’empathie et de respect. Ces photographies sont faites de reconnaissance de l’autre dans le sens imaginé par le philosophe Emmanuel Levinas. Certaines photos montrent des hommes chargés comme des mules, dans un flou opportun, celui de la pudeur du photographe. Bel hommage en vérité que de voir ces ouvriers ainsi, avec cette considération qui est un art. Photographier n’est pas seulement capter un instant de vie, pour l’artiste voyageur, c’est aussi amener à développer le regard de celui qui regarde une exposition. Le faire évoluer du statique vers l’entraînement, vers l’autre tout simplement.

08.09.14

Visages de la réalité et interprétations du regard

Les premiers pas d’un artiste en devenir (de la préhistoire jusqu’au numérique) sont faits d’une représentation de son environnement immédiat, essentiellement basés sur son émotivité liée à son vécu quotidien (chasse, cultes, incantations, fêtes). Aujourd’hui encore les scènes “artistiques” de la vie de tous les jours sont la retranscription de ces événements. Puis viendra le temps de projeter sa propre image et celles de son groupe sur les différents supports que l’Homme domptera au fil des millénaires. Et là encore nous avons une belle constance quant à cette vision de soi, son visage et celui des autres, jusqu’aux selfies frénétiques d’aujourd’hui.

Nous avons cette intuition qui nous ferait dire que le passage de la représentation de scènes, ces activités individuelles ou de groupes, à celle de soi, sa propre image plus ou moins teintée de narcissisme, ou bien celle des visages du groupe restreint familial et amical, correspondrait au passage du polythéisme vers le monothéisme. Non dans une chronologie exacte de correspondance des faits mais plutôt dans une évolution “douce”, au moment de la prise de conscience de l’immensité humaine impossible à contrôler, dans le sens filial. Il s’agissait alors de créer les conditions d’un sauvetage qui ne pouvait prendre corps, dans cette conception post-hellénique de l’humain, que par une représentation de soi magnifiée par un Être idéal. Certaines religions à dieu unique inventeront une imagerie très concrète (comme les Chrétiens), et nous assisterons dès lors aux débuts d’un certain art du portrait mais aussi de l’autoportrait puisque l’image de Dieu ou du Christ est, immanquablement, notre propre image (à notre image rêvée). Les Grecs, les Egyptiens, dans leur sagesse antique, savaient se montrer beaucoup plus humbles avec leurs splendides représentations d’eux-mêmes non empêtrées dans l’idée d’un seul dieu.

Dans nos visites culturelles de cet été, en regardant des œuvres photographiées ou peintes comportant aussi (ou principalement) cette thématique du portait, nous ne pouvions pas nous défaire de ces préalables. La collection Pearlman montrée au musée Granet d’Aix-en-Provence, avec des pièces magistrales de Cézanne, Modigliani, Courbet, Degas, Manet, Gauguin, Van Gogh, Toulouse-Lautrec, Soutine (et d’autres Maîtres) nous amenait dans un univers exceptionnel. Le portrait de Cocteau par Modigliani nous indique une étrange et belle interprétation du regard, tant celui du sujet que de l’artiste, ces yeux qui (se) regardent dans un étrange vis-à-vis biaisé par un art génial du trait. Peindre l’autre n’est pas un acte anodin. Ce sont des parties du visage, et du corps, qui émergent dans la tête de l’artiste, des expressions, le regard, encore. Puis il faut s’exécuter, “faire”, transcrire, réaliser. Il en ressortira dans tous les cas une vision qui ne sera jamais celle d’un autre, et peut-être même pas celle du peintre. Il s’agira d’une œuvre, en soi, non conforme. Justement, nous voilà au cœur du propos : l’Art serait une non-conformité, une déformation, une autre “réalité”, un acte de rébellion. Même dans une tentative de reproduire à l’exact un motif, il y a émergence d’un fait étrange, un fait étranger, à coup sûr. Mais le génie, ici, s’ajoute à un tout pour le rendre impropre, c’est-à-dire unique. C’est pourquoi tout n’est pas génial dans l’art.

Avec l’autoportrait l’artiste se fait violence, soit en neutralisant son aversion pour (envers) lui pour obtenir quelque chose de lisse qui, finalement, ne  sera pas lui, soit en appuyant les (ses) traits pour obtenir une formulation qui, encore, ne fera pas de lui ce qu’il montre mais qui, pourtant, s’en approcherait (ou voulant, souhaitant bien s’en approcher). La dérision, pathétique ou réelle, est une bonne formule. Soutine nous le dit avec une forme de subtile grossièreté qui le rend ridiculement humain. Accentuer des (ses) défauts pour les dépasser et obtenir “un soi dissemblable” reste un exercice périlleux et seul, et toujours, ce génie à recréer permet d’éviter la dramatique inconsistance.

Au Pavillon de Vendôme, à Aix, nous avons vu l’exposition du photographe Christian Tagliavini et ses portraits hyper sophistiqués (intitulés “série 1503”). Un travail étonnant, mis en scène dans une confrontation entre portraits peints du XVIIIème, collection du Pavillon, et ses interprétations photographiques. Il introduit dans ses œuvres un maniérisme d’époque, modèles costumés, maquillage, lumière, coloris, détails, pour obtenir des portraits “comme si”, des réalisations où le contenu photographique s’efface pour laisser place à une entité, tableau par tableau, irréelle et pourtant si concrète. Tagliavini n’est pas un “copiste”, évidemment, mais bien un artiste qui recrée les codes du portrait sous inspiration de Bronzino avec ce medium, la photographie, dans un incroyable raccourci. Que nous disent ces portraits, et ceux de Christian Tagliavini ? Nous y voyons cette démarche pour la postérité, celle de personnages irréprochables, rendus lavés de toutes turpitudes, prêts à se présenter devant un dieu, et aux regards des communs mortels, dans leur magnificence tant recherchée de leur vivant. Mais par ses photographies, Tagliavini nous dit encore plus : la technique moderne peut mettre en perspective des postures anciennes (ou bien très actuelles) pour en faire des œuvres à part. Les personnages du photographe n’existent pas, historiquement, ils sont pourtant bien là, devant nous. Supercherie ? Non, il s’agit d’inventions, de créations photographiques à prendre à plusieurs degrés. Une lecture dans laquelle il faut se laisser aspirer, pour un très beau voyage.

D’autres visages, à Aix encore (Cité du livre – Bibliothèque Méjanes) et à Strasbourg à La Chambre, ceux de soldats, morts-vivants, nous montrent toutes les horreurs des guerres. Walter Kleinfeldt, jeune soldat allemand, photographiera ces pauvres combattants, ses collègues de tranchées ou des Français, pendant le printemps 1915 dans le nord de la France. Il prendra aussi des vues “civiles”, à défaut d’un contenu civilisé. La galerie La Chambre, pareillement, nous raconte ces mêmes scènes de violence absurde de la “grande guerre”. Corps déchiquetés, villages détruits, blessés qui agonisent, petites victoires, grandes défaites. Il y a une esthétique de la photographie de guerre, absente de tout voyeurisme, qui nous jette à la figure ces regards, ceux des soldats, des civils, et des photographes. Voir et vivre la misère guerrière, se dire que ces portraits ne sont pas des exercices de style, que la folie humaine ne loge pas uniquement dans les têtes mais aussi, hélas, dans les décisions de fous qui gouvernent. Les yeux de ces hommes sont comme des hurlements de chiens abandonnés. L’appareil photographique est devenu, au fil du temps, un outil qui peut être manipulé, pour la propagande. L’honneur du photographe de guerre est de servir, et non de se servir. Encore moins de se laisser influencer. La réalité de ces visages massacrés nous parle. Nous dialoguons avec eux en silence. Ici il n’y a pas d’interprétation possible.

24.08.14

De la photographie comme thérapie ou l’art insensé

Dans les œuvres réalisées par les “fous”, ou plus simplement par des personnes rencontrant des difficultés relationnelles plus ou moins profondes, se trouve le mystère même de leur mal-être. Et comme dans tout mystère, la beauté de l’incohérence, ou l’esthétique d’une hyper précision, ressort avec une flagrance elle-même source de fascination. Se rajoute à cet état le fait que “l’artiste fou” n’est pas un technicien mais tout bêtement un autodidacte, un faiseur d’art presque malgré lui. Un “art brut” selon Jean Dubuffet, dans le sens d’une production sans antécédent culturel ni influence aucune. “Brut”, ici, ne voulant pas dire grossier, loin de là. En visionnant le film de John Maloof et Charlie Siskel, “A la recherche de Vivian Maier”, nous nous demandions de quelle pathologie pouvait bien souffrir cette femme d’origine française par sa mère (née à New-York et décédée à Chicago en 2009 à l’âge de 83 ans), qui produisit une quantité phénoménale de photographies dont il ressort, justement, une évidente et surprenante beauté, même plus, un contenu subjuguant, avec une forme de génie particulièrement renversant.

Le film nous montre un personnage qui semble particulièrement torturé, déphasé, qui s’enfermera dans une frénésie photographique pratiquement sans borne. Paradoxe que cet enfermement consistant à sortir dans les rues, le plus souvent possible, pour y photographier des gens, des situations, des immeubles.. Une photographie de rue, du street photography, splendide, réalisations techniquement remarquables. Et un sens poussé pour saisir l’instant, insoupçonnable, et pourtant évident pour elle. Une œuvre insensée, presque impensable.

John Maloof est tombé par hasard sur des photographies et des pellicules de Vivian Maier et a détecté ce contenu impossible. Il nous raconte dans son film (« Finding Vivian Maier » en anglais) l’ensemble de ses démarches pour matérialiser le personnage, puis organiser méthodiquement une sorte de catalogue posthume des  œuvres de cette photographe demeurée inconnue. Vivian Maier conservait son travail caché dans des valises et des cartons, elle photographiait, toujours et encore, puis enfouissait ses œuvres dans un esprit dont elle seule, peut-être, comprenait le sens. Ou bien non, elle ne savait pas ce qu’elle voulait vraiment faire en dissimulant ses clichés. Faire des photos, pour elle, correspondait-il à une sorte de thérapie, un besoin de se sortir d’elle-même, transcender une misanthropie définitive, exprimer un amour frustré envers les autres rendu pratiquement, concrètement, irréalisable ?

Le mystère est entier. Reste une œuvre incroyable, des prises de vue qui confère à la photographie un contenu artistique d’un niveau et d’une qualité magiques. Car au-delà de ce qu’a réalisé Vivian Maier, c’est bien d’un Art rapporté à la photographie dont il faut parler.

Puis, en sortant de la salle obscure, on s’est dit que, si cela se trouve, cette personne a été inventée par son “découvreur”, que Vivian ne serait qu’un “fake”. Et la boucle serait bouclée, comme une photographie qui ne montre que ce qui a été, peut-être, d’ailleurs, même pas. Ou bien de ce qui est, du point de vue d’un œil, d’un objectif, et donc de ce que seul sait celui ou celle qui a vu, et qui ne sera jamais vu par un autre, pareillement. Vivian Maier pourrait bien s’amuser en lisant ces quelques lignes..

04.07.14

L’oeuvre photographiée ou l’art d’une photographie d’artistes

De grands photographes historiques nous montrent de grands peintres ou sculpteurs mondialement connus par le biais de prises de vue intimes en leurs ateliers. Mais aussi des photographes plus récents. Quand Brassaï photographie Bonnard, ou Cartier-Bresson Georges Braque, nous entrons dans la sphère privée d’artistes qui délivrent une partie de leurs secrets.

Remarquable exposition que celle-ci, intitulée “L’oeuvre photographiée : les ateliers d’artiste de Picasso à Wahrol” organisée par la galerie du Conseil Général des Bouches du Rhône à Aix-en-Provence, cours Mirabeau. Nous sommes, dés les premières photographies découvertes, pris par une émotion double, celle de voir des œuvres photographiques splendides et émouvantes et des artistes célèbres en plein travail ou bien se pliant avec complicité à l’exigence amicale de leur(s) “photographe(s)” tout aussi célèbres. Brassaï chez Bonnard, Giacometti, Matisse, tout comme Cartier-Bresson ou Denise Colomb qui a aussi photographié Hartung, de Staël, Ubac. Hans Namuth chez Pollock, Clovis Prévost chez Calder et Mirò, Harry Shunk chez Klein.. Des photographies franchement hors du commun par le contenu, les sujets, les artistes et la façon de prendre, de saisir ces derniers. Il y a également un “jeune photographe”, Gautier Deblonde, qui s’est introduit dans les ateliers de Kapoor, Weiwei ou Annette Messager, avec des vues contemporaines splendides. Voici les photographes exposés : BrassaïHenri Cartier-BressonLucien ClergueDenise ColombGautier DeblondeMichel DieuzaideRobert DoisneauMartine FranckPhilippe de GobertDennis HopperHans NamuthAndré OstierClovis PrévostRogi André,Gérard RondeauHarry ShunkMichel SimaMarc TrivierAndré Villers. Il faut aller voir cette exposition, très vite, car assister à une telle réunion d’artistes, photographes et photographiés, est une expérience rare. D’autant que le Conseil Général devrait bientôt définitivement fermer sa galerie, ce qui semble impensable.

01.07.14

Belles récompenses pour deux jeunes femmes photographes

Nathalie Savey vient de recevoir le prix des Arts de l’Académie Rhénane et nous en sommes très heureux. Nous aimons le travail de Nathalie et son approche photographique, où poésie et maîtrise technique se rejoignent dans un art d’une grande délicatesse. C’est grâce à Madame Madeleine Millot-Durrenberger, une importante collectionneuse de photographies d’art, que nous avions découvert Nathalie Savey et, de suite, nous avons été admiratifs de son œuvre.

Le prix Oblick transfrontalier (France, Allemagne, Suisse) a été décerné à Jeannie Abert, une artiste qui réalise un travail très contemporain où se mélangent collages et superpositions pour créer une nouvelle lecture photographique. L’actualité mondiale est souvent son sujet de réflexion et Jeannie Abert nous en propose une vision décalée et interrogative.

Nous avons abordé ici même dans nos colonnes le fait féminin dans la photographie, pour s’en féliciter, et nous nous trouvons confortés par ces deux récompenses. Certes, l’implication de femmes dans l’art photographique n’est pas nouveau mais nous constatons avec bonheur que celles-ci sont de plus en plus nombreuses à nous offrir des œuvres d’un excellent niveau. La sensibilité dans la photographie n’est ni masculine ni féminine, et c’est bien le sens créatif et l’intelligence qui font la différence. Il n’y a pas une photographie en opposition femme/homme et le fait qu’une photographe nous apporte ses vues et conceptions est une richesse en soi. L’art, écrivions nous il y a déjà quelques temps, est asexué, mais il est pourtant relié à un individu, un ou une artiste, et sa sensualité. Même dans des approches violentes ou revendicatives. Ou bien dans une douce poésie, une conceptualisation et un ressenti propres à chaque personne.

26.06.14

Patrick Bailly-Maître-Grand ou le génie d’un art

Il y a des moments formés de rencontres et de lieux qui transforment ces instants en longs dialogues passionnants et beaux. Échanges un peu irréels quand on rend visite à un très grand photographe, en son exposition, lors de la découverte de ses œuvres dans le cadre d’une exceptionnelle rétrospective au Musée d’Art Moderne et Contemporain de Strasbourg. Patrick Bailly-Maître-Grand est de ces hommes dont le travail et l’esthétique sont devenus des références.

Nous avons souvent constaté que la célébrité peut aussi rendre les artistes humbles et accessibles. Certes, le contraire est vrai mais avec Patrick Bailly-Maître-Grand nous sommes en présence d’une personne qui sait se mettre au niveau de ses interlocuteurs dans des propos faits d’empathie et de convivialité. En rencontrant l’artiste nous avons été de suite mis à l’aise et le parcours qui allait débuter s’est réalisé avec simplicité et bonne humeur. Pourtant il n’est pas facile de comprendre ses œuvres tant le technicien côtoie l’artiste, et le chercheur le créateur. PBMG est un ingénieur de l’image. Il fabrique des mises en scènes à l’aide de choses, de matériaux, de produits, chimiques ou non, d’ustensiles, pour obtenir des conditions propres à lui qui lui permettront de réaliser des vues, des prises, dont l’objet, ou l’élément, à photographier se verra doté d’un contenu, d’une âme, qui le transcendera. Qu’il s’agisse d’eau, de bestioles, d’objets communs, Patrick Bailly-Maître-Grand nous transporte dans un univers spécifique, son, ou plutôt, ses mondes. Il nous fait pénétrer dans un espace multiple construit avec intelligence et sensibilité. C’est ce point qui nous interpelle : intelligence et beauté, sensibilité et réflexion font ici très bon ménage, et l’incroyable puissance créatrice de l’artiste n’est jamais amoindrie par les préalables d’ordre technique. PBMG arrive à nous envoûter sans jamais nous imposer d’analyses complexes en préliminaire à ses œuvres. Bien sûr, nous comprenons très vite que ce qui est montré ne provient pas d’un hasard artistique (sauf l’aléatoire d’un résultat hypothétique intimement recherché), et que tout cela est donc pensé et construit. Et c’est là que le génie de l’artiste intervient, en douceur, pour amener le visiteur dans une appréciation de son art toute faite de subtiles affinités, dialogue intime entre celui qui regarde et ce qui est exposé. Faire oublier la technicité des œuvres pour que le visiteur arrive à s’investir dans celles-ci par le seul prisme de l’esthétique, ou simplement de la beauté, est une des marques de fabrique de PBMG. Il sait nous inviter avec passion à l’intérieur de ses photographies, photogrammes, périphotographies, daguerréotypes et autres travaux complexes sans jamais nous ennuyer par ce côté ingénierie. A ce titre PBMG fait partie de ces artistes constructeurs, peintres, architectes, sculpteurs et compositeurs qui jalonnent les siècles en nous offrant des œuvres qui constituent le patrimoine de l’humanité.

Patrick Bailly-Maître-Grand a voulu présenter et organiser la rétrospective comme une exploration sereine dans une succession de lieux thématiques, allant du “classique” (de ses œuvres, l’origine en quelque sorte) jusqu’aux “monotypes directs”, soit 15 endroits à vivre comme des chambres mystérieuses qui, chacune, contient des trésors. Nous ne voulons pas ici faire un descriptif particulier de telle œuvre, car le ressenti doit être celui du promeneur, du découvreur, dans cet échange dont nous parlons plus haut. Il nous montre des éléments qui n’existent pas, des choses irréelles, des inventions, comme autant d’histoires imaginaires. “Colles et chimères”, le titre de l’exposition est donc la preuve de ce que nous admirons : un art de l’irréel trempé dans la réalité. L’incroyable force des travaux exposés vous envahit, vous captive, et vous vous trouvez devant ce mélange d’interrogation(s) et de fascination qui vous place dans une situation étrange et belle. Nous sommes concrètement dans une autre dimension, et il ne sert à rien de vouloir “analyser”, il faut se laisser happer, se laisser aspirer dans des non-repères, arriver dans les œuvres débarrassés de toutes notions habituelles. PBMG construit ses codes et ses règles dans une démarche en dehors de toute notion prosélytique ou même didactique, il n’oblige ni ne contraint, il ne guide ni de démontre. Il crée, en tant que tel. Son art est celui de la liberté déconnectée des tendances et autres modes. S’il s’oblige à quelque chose, c’est bien à ce travail fait de profondes recherches tant techniques qu’esthétiques. Nous pourrions voir du noir, du tragique aussi dans une appréciation globale de son œuvre. Dans la réalité nous y découvrons que la beauté sait s’extraire des confins de la douleur, du froid des matériaux et de la tristesse de l’âme quand celle-ci se confond avec le malheur. Patrick Bailly-Maître-Grand nous inspire tout le contraire, une volonté et un optimisme dans la nécessité de vivre, d’observer, de tenter de comprendre. Il est initiateur de beauté.

Nous sommes particulièrement heureux, avec PBMG, de voir en lui un photographe, un artiste, un bâtisseur d’images, qui, de son vivant, met à disposition une œuvre à la fois gigantesque et précieuse. Cette rétrospective est essentiellement constituée de dons apportés par lui au MAMCS et cette initiative est remarquable. Quand nous sommes arrivés pour effectuer notre visite en sa compagnie nous avons été accueillis par Héloïse Conésa, commissaire de l’exposition, qui nous a, elle aussi, et bien évidemment, apporté de brillantes et passionnantes informations. Nous tenons à remercier également Julie Barth, du service Communication du MAMCS, qui a permis cette très belle rencontre.

(Lire aussi les articles parlant de Patrick Bailly-Maître-Grand des 30/06/13, 21/10/13, et notre éditorial du 19/02/14)

19.06.14

Transparence et volumes

Exposer deux artistes si différents dans un même espace est en soi une performance. Et c’est celle-ci que réalise la galerie Radial Art Contemporain en présentant un peintre américain et un sculpteur suisse qui se répondent intelligemment dans un beau dialogue.

L’un par des surfaces planes et aériennes et l’autre par des volumes impossible à circonscrire. Matt McClune, l’américain, nous invite dans un voyage fait de couleurs, de transparence et de poésie dans des compositions dont il ressort une belle étrangeté. Il réalise de très belles matières avec différents pigments pour obtenir des coloris spécifiques puis il mettra sur la toile ce matériau pour en faire des œuvres étonnantes, dans le sens d’une beauté inconnue. Ses surfaces seront appuyées par de simples éléments informels pour y donner une profondeur et un relief splendides. L’artiste nous expliquait, dans un excellent français (Matt McClune vit en France) que se sont souvent dans ses voyages en avion qu’il trouvait cette inspiration de la transparence en regardant par le hublot les nuages et l’insaisissable lumière qui s’y intercale. Il s’agirait ainsi de suspension, et en regardant son travail nous nous trouvons dans celle-ci. Suspension physique et celle du temps. Le génie des couleurs (douces ou violentes) et la matérialité des toiles réalisées dans leur périmètre de grande taille forment des vues comme si, à notre tour, nous regardions vers l’extérieur. Les formes sculptées de Carlo Borer, le suisse, sont elles aussi un voyage, mais dans des dimensions hors du commun. Les surfaces polies et chromées, rondes et aplaties, ovales aussi, de ses objets sont des prouesses techniques et artistiques d’un très haut niveau. Et le technique s’efface pour laisser place à l’irréel (d’ailleurs, la technicité n’est-elle pas irréelle ?) dans un surprenant vis-à-vis. En regardant les sculptures de Carlo Borer nous y découvrons notre image déformée et celle de notre environnement immédiat. Comme un rappel de notre bizarrerie, nous, humains se réclamant d’une rationalité hypothétique. Ces objets flottent au gré de nos points de vues mais ce sont nos regards qui les font se mouvoir alors qu’ils restent immobiles. L’art est cette prouesse ingénue qui établit un dialogue intime entre le concepteur et le visiteur et

17.06.14

Buren en ses éléments

Daniel Buren vient à Strasbourg et construit sur place des éléments et des formes en couleur. D’un côté, ou plutôt sur plusieurs côtés, il recouvre la nef de verre du Musée d’Art Moderne et Contemporain de films colorés pour en faire un immense damier et, de l’autre, il met en place un jeu de construction géant composé de différentes géométries.

“Jeu” dans le sens de jouer, comme le font les enfants avec ces pièces de bois de toutes les couleurs, cylindres, cubes et autres parallélépipèdes. En déambulant dans ces espaces nous nous retrouvons à l’intérieur des constructions imaginaires de notre enfance et ce sont ces objets, ces couleurs, qui semblent jouer avec nous. Nous voilà, à notre tour, pièce(s) d’un jeu inversé comme si, par un effet magique, nous nous étions rapetissés pour mieux nous introduire dans des mondes dont on sait qu’il nous est impossible de les revivre en tant qu’adultes. Ces objets et ces couleurs sont, pour une petite fille ou un petit garçon de 5 ans, par exemple, des éléments de constructions à la fois spatiales et temporelles : faire tenir debout différentes formes, y mettre du temps, échafauder des structures et des stratégies, rendre cohérent un ensemble disparate. Avec Daniel Buren et ses installations nous vivons ces moments “finis”, concrétisés, réalistes et impossibles. Nous rêvons les yeux ouverts. Ses fameuses bandes noires (ou blanches..), dont certaines se sont glissées dans de gros cylindres, sont accompagnées par ces immenses amas chromatiques organisés en volumes géométriques et de tout cela ressort une logique, une organisation, qui rend le parcours facile et ludique. En réalité ces constructions, à l’image de ce que produit un jeune enfant, sont complexes. Et c’est là tout l’art de Buren : il nous invite à revivre de l’intérieur nos complexités, d’un autre âge, celui où nous étions les maîtres du jeu.

13.06.14

La jeune photographie

Le « jeunisme » touche aussi la photographie et il fait bon être jeune (et photographe) actuellement avec tous ces soutiens et récompenses accordés aux (jeunes) artistes.

Et nous pensons que ces attentions portées à la jeunesse qui photographie est une bonne chose compte tenu de la qualité de certains travaux. Il fallait voir ce qui était montré dernièrement au Maillon dans le cadre du Prix Oblick. De belles choses bien pensées qui prouvent que le ou la jeune photographe sait aujourd’hui maîtriser les techniques classiques ou modernes. Dans ces œuvres exposées nous avons pu constater que la photographie dite « jeune » évolue entre formalisme, mise en scène et conceptualisation. L’art de la photographie est, pour ces auteurs, une photographie de l’art où de nombreux éléments constitutifs viennent se compléter : le contenu et le contenant. Cette photographie, dans ses aspects esthétiques, narratifs, démonstratifs et purement techniques, sait englober dans une démarche professionnelle et, surtout, artistique, un ensemble de compétences et de sensibilités qui nous conduit à penser que l’avenir photographique (en Europe), est pleinement assuré grâce à ces jeunes hommes et jeunes femmes. Nous avons particulièrement apprécié le travail de Anna DomnickJulie Fischer et Dominique Teufen. Mais nous voulons citer tous les autres photographes primés : Jeannie Abert,Nadja BournonvilleDelphine BurtinAlwin LayMarian Luft et Christina Werner.

09.06.14

L’âme peinte, tentative et splendeur.

Nous avons avec le travail de Jean Remlinger, et devant nous, des oeuvres qui tentent de nous lancer des regards, ou bien même des sons. Tentatives de communiquer, cris silencieux ou simples appels, doux parfois. Il ne faut pas les chercher, ces regards et ces voix, car les têtes et les “visages” que l’artiste montre sont plus que cela.

Nous sommes en présence d’âmes faites de traits, de courbes, de flous, de suggestions et de volumes qui ne figurent pas une expression, dans un sens concret, mais une succession d’interpellations. Ses toiles sont une transfiguration. Et la magie opère dans les couleurs jaunes ou noires, grises, comme autant de strates, celles, justement, de l’âme. Jean Remlinger dessine ce que l’esprit nous cache : un secret définitivement impossible à percer, alors il nous invite à parcourir dans un mélange de légèreté et de gravité les méandres d’une humanité intemporelle et belle. Présence / Absence, Vie / Mort, Beauté / Mystère. Les oeuvres de Jean, très bien accrochées dans deux belles salles à la galerie Pascale Froessel, sont splendides. Quand il nous explique son travail, avec sa voix douce et calme, nous devinons l’immense investissement nécessaire pour appréhender ces esprits qu’il représente comme de furtives rencontres. Pourtant nous apercevons, dans ces tentatives, une présence presque tangible. Puis tout nous échappe, et ne reste qu’un trait, de génie, celui de l’humain dans son impénétrabilité. Symbolisme, narration, profondeur, il serait vain de vouloir expliquer ce que l’artiste nous invite à voir. Car c’est au-delà du voir qu’il faut aller.

04.06.14

Chimigrammes, sténopés, photogrammes ou l’art de photographier sans appareil

La photographie n’a pas toujours été produite avec l’aide d’appareils plus ou moins sophistiqués. Lorsque que des personnes, curieuses et intriguées, ont constaté que sur un certain type de papier, dit photosensible, et en exposant celui-ci à la lumière et vers, ou bien dessous, un objet, ou bien encore en l‘aspergeant de différents produits, on pouvait obtenir l’apparition de formes reflétant la réalité ou y faire émerger des contenus abstraits, l’art n’était pas loin.

Et, d’étapes en étapes, d’expérimentations en tests, de recherches et autres tentatives, s’est imposé cet art appelé sténopé, photogramme et chimigramme. Mais pour qu’il s’agisse d’art il faut passer à un stade où ces formes et contenus soient eux-mêmes pleins de finesse, de messages secrets, d’esthétique subtile. Le sténopé, qui est une petite boîte magique, connaît avec des artistes comme Ian Paterson un niveau remarquable tant ce qu’il fait est beau. Le sténopé est pratiqué de nos jours par des créateurs à la recherche d’un rendu différent et avec Mélody Seiwert, découverte lors des ateliers ouverts de Strasbourg, nous avons un bel exemple de réussite. Le photogramme est une technique simple dans laquelle se superposent des éléments de base (lumière, objets, papier) auxquels se rajoute une belle dose de créativité indispensable pour obtenir des résultats qui ne soient pas seulement de l’ordre de l’expérimentation. Nous avons vu les œuvres de Nicolas Cochard au Kaysersguet à Strasbourg (déjà découvertes en partie à l’Ares) qui nous passionnent toujours autant. Ici abstraction et géométrie forment une nouvelle dimension. Avec les chimigrammes nous arrivons à ces interactions entre le support, la lumière et certains composants chimiques appliqués, impliqués directement dans le processus artistique. Et là, nous tombons dans un monde fantastique et mystérieux qui se forme aléatoirement et qui, pourtant, sous la main de l’artiste, va évoluer vers de véritables créations qui sont bien de l’ordre de l’art. Pierre Cordier est le “maître” en la matière qui a inventé cette technique pour aboutir à des réalisations tout simplement splendides. A la galerie Yves Iffrig nous pouvons admirer actuellement les chimigrammes de Silvi Simon, artiste que nous connaissions déjà un peu, et qui nous montre ses très belles œuvres dans un ensemble riche et sobre, parfaitement orchestré. Ses petits formats sont une succession de mondes en soi, avec des volutes et des teintes délicates dans leurs aspects mélangés et fondus. Beaucoup de sensibilité ressort de ces “images”, créant, elles aussi, les conditions d’une

29.05.14

Ateliers ouverts en Alsace

C’est une belle initiative que ces ateliers ouverts répartis un peu partout dans les Bas et Haut-Rhin et, quant à nous, nous sommes allés voir quelques uns d’entre eux à Strasbourg.

Ces Ateliers ouvertsréservent souvent de belles surprises. Nous avons été emballés par Zone d’art. Dans ces ateliers nous avons vu de belles choses. De splendides collages (ou photos aménagées, terme amusant et si vrai) de Sylvie Villaume, au contenu à la fois intime et colorés où se mélangent différentes matières comme de mini patchworks. Dans le même espace nous découvrons le travail de Elham Etemadi qui expose de grands tableaux aériens aux motifs qui seraient peut-être des rappels lointains de ses origines iraniennes.  Zone d’art a cette générosité de recevoir des artistes invités, dont de jeunes iraniennes. Avec Elham Etemadi nous avons aussi rencontré Ainaz Nosrat, que nous connaissions déjà, qui développe un travail très personnel, lui aussi en rappel subtil d’un art Persan, où apparaît un érotisme doux et concret à la fois. Nous aimons beaucoup la couleur bleue qu’utilise Ainaz Nosrat, un bleu magique, oriental et profond. Un peu plus loin, dans d’autres ateliers, nous voyons le travail de Ute Dreher, une artiste allemande, qui, elle aussi, travail le bleu, pâle et léger, sur la base de matières textiles, pour réaliser de jolies ensembles cohérents. Au même étage, nous rencontrons Pinto Sergio, un Chilien, (atelier Munoz Pinto) qui travaille autant la peinture que la sculpture. Beaux résultats, dont ressort une harmonie faite de grâce avec des objets raffinés aux allures Don quichottesques. Ses toiles sont magnifiques lesquelles, tout en rappelant des matières solides, évoluent vers une sorte d’impalpabilité poétique. Puis nous admirons les œuvres de Eban, un artiste vietnamien, qui réalise de grandes choses, dans de profonds coloris informels, qui nous invitent dans un voyage allégorique et, peut-être, spirituel. Avec Nawras Shalhoub, un bel artiste palestinien,  nous entrons dans un monde à la fois réaliste et poétique. Dans son travail se trouvent ses douleurs personnelles et collectives, celles d’une Palestine maltraitée et appauvrie. Mais Nawras Shalhoub, pour survivre à ces violences, crée des objets d’art qui sont, mais peut-il en être autrement, des témoignages. Un simple parpaing encerclé par un fil barbelé, un cœur rempli de douilles de balles..

En évoluant parmi toutes ces œuvres réalisées par des artistes “étrangers” nous avons compris combien l’art est apatride tout en restant lié au pays lointain. Une œuvre n’est pas réalisée par une nationalité mais par une personne dont la culture, sa culture, est une sorte lien indestructible, même dans les dissidences les plus profondes. Peut-on alors parler d’artistes “étrangers” dans cet aspect hors frontières ? Faut-il replacer l’artiste dans un lieu géographique pour le nommer, hors de chez lui, d’ “étranger” ? La douleur de l’éloignement, voulu ou subi, ne confère pas à celui ou celle qui est déraciné(e) le statut d’ “étranger”. Tout au contraire, c’est d’un frère, d’une sœur, dont il faut parler. Et l’art crée cette filiation. Un enfant qui, pour la première fois, part de chez lui, en colonie de vacances par exemple, écrit sur une carte postale envoyée le plus vite possible combien le « nouveau pays » qu’il découvre est beau (la mer, la montage, la campagne). Mais cette missive sert aussi à maintenir le lien avec la famille momentanément éloignée. Nous somme tous des enfants artistes, éloignés et aimants, découvreurs de lieux inconnus et rattachés aux siens. Nous ne sommes pas des “étrangers”, nous sommes les membres d’une immense et même famille.

En poursuivant notre visite nous rencontrons Hervé Petit qui travaille ses photographies pour en faire des œuvres à part. Le métal, le textile, servent à des collages qui vont se mélanger dans un art bien particulier où la rouille, le tissu, le papier créent un univers étonnant. Nous aimons la démarche de Hervé Petit qui sait que des matières si différentes peuvent se combiner à merveille. Une photographie qui, dans les faits, replonge précisément dans les matériaux fixés par l’appareil pour aboutir sur de nouveaux contenus. Puis nous découvrons un artiste “différent” parce que réalisant des choses étonnantes dans le sens d’une impossible classification (d’ailleurs, et réellement, classer des artistes est une violation de leur intégrité. Un artiste ne se laisse pas classer, seuls les commentateurs “officiels” veulent les ranger dans des cases bien proprettes).Manu Poydenot ne se laisse pas cataloguer, il dessine et peint des histoires fantasques et fantastiques, il serait un raconteur, un conteur, qui pourrait faire peur aux grands et aux petits. Un coup de crayon exceptionnel, des couleurs bizarres que nous aimons, des personnages à la fois si réels et complètement déformés par leurs turpitudes. Etranges et belles promenades dans un monde très curieux.

Au Bastion 14, nous allons à la rencontre de jeunes talents, mais pas seulement.Clémence Choquet et Mikaël Gamio ont accroché de belles photographies contemporaines sur la base d’éléments issus de la nature. Très belles choses, jolis tons entre le jaune, le vert et le sombre. Un travail de qualité. Toujours en photographie, nous avons retrouvé avec plaisir Gauthier Sibillat qui produit des œuvres urbaines de grande qualité avec un sens poussé des volumes et des situations. Puis nous avons découvert Mélody Seiwert. Une artiste photographe, possiblement, tant son œuvre arrive à conjuguer photographie et contenu pictural dans ses derniers travaux. Sténopés exquis dans lesquels l’esprit humain semble apparaître comme une présence magique, mais aussi d’autres travaux splendides, où les matières viennent se fondre dans un mélange poétique avec le noir et le gris. Mélody Seiwert a été pour nous une grande découverte et nous sommes très heureux d’avoir fait sa connaissance. Nous avons aussi découvert une artiste de talent, Ingrid Rodewald, qui pratique le collage avec art dans de grandes dimensions. Cette jeune allemande traite l’urbanisme avec originalité dans une approche intéressante. Comme si elle réalisait des maquettes, mais à plat.

Au port du Rhin, à la Coopérative, nous avons admiré les belles et originales gravures de Christophe Meyer. Un travail remarquable où les couleurs, les thématiques et le graphisme forment un art de grande subtilité. Son frère, Eric Meyer, se dit ferblantier et il “fabrique » de beaux objets dont de gros avions qui semblent prêts à nous transporter vers un ailleurs aventurier. Il réalise aussi des gravures, très modernes, sur des contenus visuels pourtant “vintage”.

Nous avons rendu visite également à un artiste que nous aimons, un peintre et créateur qui semble vivre de l’intérieur la complexité de créer, la douleur du travail qui réclame lui aussi sa part de reconnaissance. Arnaud Poiré a réalisé des œuvres peintes de très belle facture, entre art brut et street art, dans de grandes tailles. Il sait dominer l’équilibre et les volumes tout en donnant à ses travaux un contenu visuel exceptionnel. Il voudrait détruire ses tableaux, et ce serait formidable si un galeriste pouvait s’intéresser à Arnaud. Actuellement il réalise des collages photographiques qui sont aussi très intéressants.

Nous avons vu aussi un jeune photographe qui réalise des prises de vue de qualité, surtout ses noirs et blancs. Jean-Philippe Senn a un sens poussé des contrastes et nous aimons ce qu’il fait. Même s’il semble pudique et réticent aux compliments, nous pensons que Jean-Philippe Senn est un photographe de talent.

28.05.14

Zone d’art, deuxième.

Sur 2 week-ends de suite, les 17/18 et 24/25 mai derniers les artistes strasbourgeois (mais aussi ceux situés dans toute l’Alsace, Bas et Haut-Rhin) nous ont ouvert leur porte. Nous nous sommes particulièrement intéressés à Zone d’art dans notre article du 21/05 et nous continuons sur notre lancée, tout en voulant aussi parler de beaucoup d’autres lieux.

Zone d’art est donc un de ces endroits où nous avons trouvé notre bonheur, aussi il nous était impossible de ne pas y retourner. Notre seconde visite nous a amené dans l’atelier de Didier Guth, un créateur, artiste multiple, qui sait, avec un sens poussé de la couleur rouge, et noire, et jaune, et d’autres, déformer des objets ou des “utilitaires” pour les contourner, détourner, reformater, bref, pour les rendre indéfinissables. Nous nous trouvons dans une sorte de géographie de lieux imaginaires qui nous invite à nous glisser dans un monde lui-même en dehors de tout. Dans les formes et les objets qu’il crée, Didier Guth met en scène un voyage comme une splendide errance. Sculptures, peintures avec pochoir, sont parmi les nombreuses réalisations multiformes qu’il nous montre avec sérénité alors même que ses objets en seraient peut-être le contraire. A bien y regarder, il y a une force calme, une douce folie dans ces œuvres insaisissables. Une esthétique en soi, une conceptualisation du partage tant il semble impossible de ne pas se laisser embarquer dans cet imaginaire.

Nous sommes allés ensuite voir Marie-Pascale Engelmann qui travaille, elle aussi, le rouge et le noir, dans des œuvres très subtiles dont il ressort une grande émotion. Ici nous sommes en présence du végétal, ou du minéral, avec une approche tout en finesse même si on ressent une force retenue dans ses réalisations. Puis nous trouvons de l’ocre, signe d’un lien avec la terre. L’artiste nous montre avec joie ses gravures dans lesquelles elle introduit délicatement de simples petites choses pour en faire de très belles créations vers une douce abstraction. Mais Marie-Pascale Engelmann reste concrète dans sa finalité, nous comprenons que sa sensibilité peut prendre toutes formes et couleurs sans pour autant se livrer entièrement. Pudeur et beauté, féminité surtout, avec du caractère.

Lucia Reyes est une dame d’origine mexicaine qui a gardé une belle hauteur de vue quant au travail artistique. Elle nous a fait beaucoup rire quand elle nous a dit ne pas aimer l’appellation “artiste”, d’ailleurs elle a rayé ce mot sur sa petite carte de visite. Nous avons à faire à Lucia Reyes et cela suffit. Avec elle nous entrons en contact avec un monde pastel, gracile et poétique. La légèreté de sa peinture dans laquelle elle introduit de petites formes un peu magiques nous fait comprendre qu’il y a un contenu, dans la vie, qui peut échapper au rationalisme sans pour autant tomber dans l’incompréhension. Ses œuvres sont une invitation vers plus de beauté, de tranquillité et de sérénité. Un beau message venant d’une personne éloignée de son pays et qui a su trouver dans son art une très belle expression picturale.

Nous reviendrons d’ici quelques jours vers d’autres artistes “étrangers” qui nous ont reçus dans leurs ateliers de Zone d’art pour aborder le thème du déracinement, l’influence du pays lointain et l’absolu créatif hors contexte géographique avec Ute Dreher, Munoz Pinto, Nawras Shalhoub, Ainas Nosrat, Elham Etemadi, Eban. Nous parlerons aussi de Sylvie Villaume et de Hervé Petit. Nous avons vu d’autres créateurs dans les Ateliers ouverts, au Bastion 14 et ailleurs dans Strasbourg, dont nous parlerons aussi, tant toutes ces personnes sont intéressantes, passionnantes.

Nous voulons maintenant et ci-dessous développer un thème particulier avec l’utilisation de l’informatique, de l’ordinateur, comme support au travail de création. C’est  à Zone d’art que nous avons longuement parlé de ceci avec Nicolas Schneider, un artiste que nous connaissions déjà un peu mais qui, cette fois, a développé avec nous ce sujet qui nous intéresse beaucoup. Nicolas Schneider utilise de petits carnets (comme ces peintres naturalistes qui autrefois parcouraient la campagne toujours accompagnés de ces cahiers faciles à glisser dans une poche) pour lui permettre de dessiner en tous lieux (aéroports, salle d’attente, en ville ou ailleurs). Ces croquis vont ensuite être numérisés par l’artiste pour servir de base à ses créations. Et il viendra, lors de projections sur papier, ou un autre support, finir son œuvre directement sur ledit support. Il utilisera différents types de crayons, peinture, encre pour son travail, essentiellement en noir. Le résultat est splendide. Tout en retrouvant des formes qui peuvent nous rappeler tel ou tel élément, l’ensemble se transforme en de belles imprécisions, abstractions souvent linéaires, dans une esthétique du noir et du blanc qui nous amène dans des terrains inconnus. Belle intelligence que celle de Nicolas Schneider qui sait réunir plusieurs medium pour obtenir un résultat d’une grande modernité. L’ordinateur, ici, est le trait d’union entre tradition et contemporanéité dans le sens d’une utilisation maîtrisée, et non le contraire, car le plasticien domine l’outil, du moins dans ses usages concrets pour une nouvelle interprétation. Dans l’un de nos articles (19.02.14) nous avons soulevé cette possibilité d’utiliser l’ordinateur, et des logiciels spécifiques, pour apporter un contenu visuel et créatif à son travail. Nous-mêmes, dans nos photographies, aimons ponctuellement introduire cet outil dans une démarche exploratoire vers autre chose. Car il s’agit bien d’apporter dan son travail, dans ce cas, un élément de création qui tend vers un contenu différent.

Copyright Nicolas Schneider

Travail de nuit 2 by Ryo Tomo

Copyright Ryo Tomo

21.05.14

Zone d’art, lieu habité.

Dans le cadre des “ateliers ouverts” de Strasbourg, en ce week-end des 17 et 18 mai, nous nous sommes rendus dans un lieu qui nous est vite apparu comme un village, non de Gaulois, mais plus certainement comme une sorte de mini continent, une île, sur laquelle vivent d’étranges et beaux personnages. Des artistes, forcément, puisque associer “étrange” avec beau n’est pratiquement valable qu’avec eux, dans le sens de l’irrationnel et du mystère, un peu 

Un familistère de la création, appelé “Zone d’Art”, évoluant dans une belle et rare harmonie. En fait, il s’agirait peut-être d’une sorte de paradis. Nous avons donc aimé, et plus encore les œuvres découvertes avec, derrière elles, leurs créateurs. La photographie étant notre moteur principal (mais nous y ajoutons avec gourmandise peinture, sculpture, et autres arts plastiques), nous nous sommes dirigés vers l’atelier de Jean-Louis Hess. Ce splendide photographe fait de sa photographie un art d’une grande délicatesse. Au-delà de la seule technique qu’il maîtrise avec brio, nous admirons sa force créatrice. Deux vues, tôt le matin, dans le brouillard, au bord d’un canal, avec de petites pointes de couleurs transperçant le gris, des plans rapprochés d’un vieux piano, en couleurs appliquées sur un épais papier pour mieux en faire ressortir la profondeur de l’âme. Jean-Louis Hess, en poète moderne, nous livre aussi des images très contemporaines, dont une belle perspective d’une digue, au bout d’un monde, d’une plage, d’ici et d’ailleurs, avec un minimalisme tout simplement remarquable. Son atelier est beau, lui aussi, avec ses vieux appareils photos, de collection, et ses rangements remplis de trésors..

Avec Jean-Philippe Stutzmann nous abordons, là encore et avec délectation, une photographie d’une grande maîtrise. Ce photographe de la matière, plus précisément des matériaux, se trouve sur notre île en tant qu’exposant pour deux week-ends, et nous montre son travail effectué in situ dans l’atelier voisin, spécialisé en restauration de véhicules anciens, d’Hubert Haberbusch. Lieu magique que Jean-Philippe Stutzmann a su capter avec beaucoup d’émotion et d’intelligence. Le galbe d’une aile de voiture, d’un autre temps, les couleurs toutes rendues avec finesse, de petits détails mécaniques, des visages aussi, ceux des artistes de la restauration automobile, car ils sont, eux aussi, de vrais artistes dans leur art.

Vous connaissez, lecteurs et lectrices de ce journal en ligne, notre grand intérêt pour l’art urbain, les graffiti, et nous avons été heureux de voir les photographies d’un autre invité, Alain Riff, qui sait photographier de belles choses, ce street art que nous aimons, surtout dans son contexte, sur de vieux murs abandonnés, de vieilles usines et autres lieux captivants. Alain Riff aime son sujet, et il donne à ses prises de vue un relief particulier que nous apprécions. Il respecte ces œuvres éphémères et cela se ressent.

Puis nous avons rendu visite à une (presque) vieille connaissance, un peintre de la couleur, de la nature, de la perspective. Benoît Trimborn replace dans ses œuvres l’immensité d’une nature dont il retravaille la matière en lui donnant un contenu à la fois contemporain et poétique (ces deux notions étant si nécessaires à nos yeux) tout en sachant rester respectueux de ce qu’il voit et ressent. Il domine son sujet en lui offrant une liberté visuelle étonnante, son travail est grandiose. Dans plusieurs approches, ici même dans nos articles, nous avons abordé le lien que nous trouvons entre peinture et photographie. Ce fameux cousinage qui nous intrigue. Benoît nous séduit (en plus de sa belle et sobre personnalité) avec sa peinture qui vient à la rencontre de l’art photographique comme si nous en étions nous-mêmes le réalisateur. Transfert imaginé, certes, mais quand nous voyons ses œuvres, nous aurions une tendance à y pénétrer, entier, tant l’invitation est irrésistible. Benoît Trimborn aime aussi jouer sur son piano, dans son atelier, un beau répertoire de la musique classique, qu’il interprète très bien. Il a invité ce dimanche 18 mai dernier un jeune ténor du conservatoire de musique de Strasbourg, Paul Chavallier, et avec nos deux artistes nous avons passé un petit moment de bonheur.

Une autre visite effectuée à un immense peintre, mais qui est aussi écrivain, poète, dessinateur, enseignant, Germain Roesz, viendra nous convaincre que Peindre est un art et un travail, un labeur, qui place l’artiste à la fois hors le temps et concrètement dans son temps. En voyant les œuvres de Germain Roesz nous comprenons très vite que la douleur du travail est faite d’une joie qui nous semble impossible à bien comprendre parce que seul celui qui s’immerge dans sa folle création sait de quoi il s’agit. Ce qui ressort des peintures de Germain est un flot de couleurs, de réflexions, de ressentis, un jaillissement de vie. Il nous trouble, dans le sens de nous mettre dans une position de découvreur d’un autre monde. Structures, violents coups de pinceaux (ou de tout autre instrument), architecture englobante, structures encore, mais cette fois défaites, repensées pour en faire de nouveaux items, personnages comme des silhouettes furtives, cheminements qui pourraient être chaotiques, non, nous sommes dans un processus de création qui nous ravit. Nous sommes, en réalité, à la fois sujets et objets, nous “spectateurs” d’une œuvre qui vient nous prendre dans un subjuguant détournement, un enlèvement au sérail de la matière, de la couleur, des formes et des non-formes, un opéra où de multiples voix viennent vous transporter vers un ailleurs, un monde qui nous fait passer de la contemplation à la rêverie active, celle d’un art qui, soudainement, vous  insuffle ses pouvoirs. C’est, à notre sens, ce phénomène, encore une fois de transfert, qui fait d’une oeuvre quelque chose de grandiose lorsque vous vous laissez happer par elle.

Pour terminer notre visite nous avons vu le travail et les œuvres de nombreux artistes résidents ou invités, dont nous voulons citer les noms et sur lesquels nous reviendrons prochainement : Marie Engelmann, Nicolas Schneider, Eban, Nawras Shalhoub, Lucia reyes, Pinto Sergio, Ainaz Nosrat. Nous irons aussi voir d’autres artistes, en ce lieu, que nous n’avons pas pu encore découvrir.

Recherche et poésie sous X

Marc Ferrante a voulu voir les choses de l’intérieur, démarche somme toute nécessaire pour tout artiste et plasticien, mais cette fois il s’agissait de joindre l’idée à une pratique hors du commun. Cette idée du rayonnement, celui appelé X, comme cette lettre attribuée à un élément inconnu (humain ou non) a été un long cheminement avant sa mise en pratique car les difficultés d’ordre technique, médical et de sécurité devaient s’avérer très grandes.

Pour autant, Marc Ferrante s’est attelé à la tâche, avec détermination et tout en gardant en tête et en premier lieu le contenu purement artistique de ses radiographies. Radiographie ? En fait non, pour nous il s’agit de photographie d’art. Il a mis en scène l’appareil, puis des acteurs, marionnettistes, danseurs, ombromanes, magiciens, sous le contrôle de radiologues, de médecins, de chirurgiens et de manipulateurs radio. La démarche artistique devait prendre forme dans un contexte hautement sensible. Quel résultat fantastique ! Pénétrer dans la matière, la faire se mouvoir dans un art qui atteint une magie fascinante, faire danser les os et la chair, les ombres et les sensations, révéler, dans tous les sens du terme, une complexité humaine pour la rendre (presque) accessible dans une approche scientifique alors même que nous prenions conscience, pendant que Marc nous montrait ses œuvres, de l’immatérialité du corps dans sa composante poétique. La poésie arrivait à prendre le dessus, dans cette technique, et c’est là l’immense mérite du plasticien, de l’artiste, qui savait que monter l’inconnu, l’indicible, ne pouvait se faire qu’avec art et beauté. Marc nous a consacré un long moment, lors d’une visite chez lui, et sa gentillesse avec laquelle il nous a guidé dans son travail, son œuvre extraordinaire, a été pour nous un véritable événement. Nous repartions avec un livre, son livre « jeux de mains » que nous saisissions avec émotion et plaisir.

20.05.14

Formes rondes, une thématique perpétuelle

Le photographe, dans sa démarche artistique, tend vers une approche philosophique, ou même scientifique. Le thème du cercle, du rond, exerce une emprise sur l’artiste car il ne peut y échapper. Directement ou incidemment il construit ses formes rondes sous influence(s). C’est sur ce beau sujet que Madame Madeleine Millot-Durrenberger, en son association In Extremis, a organisé une très belle exposition.

Voilà encore un splendide travail réalisé par Madame Millot-Durrenberger en montant son exposition sur le thème de la forme ronde. Un choix d’œuvres éclectiques, splendides (certaines provenant de photographes strasbourgeois et strasbourgeoises, c’est à noter), pour ce sujet inépuisable. Nous avons été, comme à chaque fois, accueillis avec gentillesse et professionnalisme par la maîtresse des lieux qui nous a offert une visite guidée de grande qualité. Un des grands photographes invités, Eric Rondepierre, nous a expliqué avec modestie comment il a réalisé une de ses œuvres exposées, tandis que Madame Millot-Durrenberger commentait agréablement l’ensemble des photographies, toutes extraites de sa collection personnelle. Une petite table dans la pénombre de Bernard Faucon, une loupe sur un morceau de pellicule camouflant sur l’ensemble de la surface photographique un texte, peut-être secret, de Eric RondepierreGeorges Rousse et ses structures magiques, un gros rocher de Max Pam, lui aussi avec ses secrets, 3 photographies de Marion Galut, diaphragmes en ouverture subtiles, et René-Jacquesdans ses prises humanistes où le noir et blanc est magnifié. Nous voulons citer, bien sûr, tous les photographes présentés dans ce bel ensemble Vladimir SkodaSilvi Simon,Pierre SavatierFrançoise NunezBodgan KonopkaAlain Janssens, Josef Hajdu,Sammy EngramerTom DrahosElspeth DiederixFabrizzio CeccardiToni CatanyDaniel BrandelyJoachim BonnemaisonPatrick BognerJean-Marc Biry,John BathoJohn Armleder. (In Extremis, 27 rue Sainte Madeleine, Strasbourg). 

14.05.14

Images et contenus hors dimensions

La paranoïa, la mégalomanie, le ridicule sont des constantes chez l’être humain, et il ne faut pas oublier que ces comportements peuvent être aussi à l’origine de choses géniales, en dehors des crimes et du désespoir dont ils accouchent trop souvent. Ce que Jürgen Klauke nous renvoie comme image de ces humains, à voir à la galerie La Chambre de Strasbourg, est bel et bien le concentré, mais cette fois, géant, de ces attitudes.

De très grands formats, noirs, pour montrer en photographie des personnages dont la taille et la posture nous feraient oublier l’image même de ce que Jürgen Klauke expose à La chambre. Des êtres (humains, semble-t-il), ridiculement affublés et tout autant positionnés pour nous dire, peut-être, que ce que nous voyons n’est autre que nous, autres humains, tout aussi ridicules. Nous ne savons pas “analyser” ce que l’artiste veut montrer, mais nous y voyons le narcissisme de l’humain sous l’angle, l’oeil grossissant, d’un photographe qui doit effectivement s’amuser, ou s’énerver, avec ce matériau. Tout est exagéré ici, le contenu et le contenant, comme si l’extravagance humaine ne pouvait que vivre dans ladite extravagance, s’exploser, s’exposer aux critiques obligatoires, se faire du mal. Nous voilà dans le masochisme érigé en culture d’un soi qui n’est plus, ou n’a jamais été, une tentative car, dès le début, confondu, dans le sens de se fondre, avec son néant. Le travail de Jürgen Klauke est bien sûr dérangeant, mais il apporte surtout de quoi se repenser (et non se repentir), par le prisme esthète d’une vision hors dimensions.

Peindre hors motifs

La galerie Radial Art Contemporain à Strasbourg nous invite à voir ou à revoir les oeuvres atypiques de Lars Strandh, un artiste Suédois (mais installé en Norvège à Oslo), qui s’est entièrement consacré, ces dernières années, à un étonnant et beau travail.

Lars Strandh fait dans le détail, mais pas celui que l’on croit. Il s’attache à travailler des lignes horizontales, dans un immense labeur, faites à la main et composées dans un champ chromatique directement sur la toile. La minutie et le répétitif pourraient rendre sa peinture ennuyeuse. Absence de motifs, absence de sujets ? En réalité, ces absences sont tout le contraire. Nous nous trouvons avec lui dans une dimension picturale qui fait de sa peinture une nouvelle esthétique. L’artiste a su créer, en dehors de son style, un nouveau contenu visuel et c’est là aussi son oeuvre. Nous avons assez longuement parlé avec Lars Strandh, lors du vernissage chez Radial Art Contemporain, de sa technique, de ses motivations, de sa conception de l’art, et nous avons découvert un personnage humble, bien dans sa peau, alors que ses toiles donneraient, dans une première approche, une impression presque schizophrène de l’artiste. Ces lignes, ces couleurs ne sont pas hasardeuses ni le résultat d’une quelconque folie. Le tout est beau et remarquable.

12.05.14

Robert Cahen, la vidéo de l’art

Nous avons déjà parlé ici de Robert Cahen lors d’un événement à l’Aubette à Strasbourg (archives article du 03.10.13pour dire combien nous aimons son travail d’artiste vidéo. Ce qui vient d’être montré au MAMCS dans le cadre de son exposition “Entrevoir” nous a amené sur de nouvelles terres, comme un voyage étrange et beau, fascinant, mais surtout magique

Il y a chez Robert Cahen de la magie dans son art, cette façon de nous inviter à d’étranges et beaux voyages avec ses vidéos. Ce médium est le champ expérimental moderne et contemporain par excellence et avec Robert Cahen nous nous introduisons non plus dans la seule expérimentation mais bien dans un Art à part entière. La maîtrise de l’outil pour, dans les faits, le porter vers une oeuvre en soi, est remarquable. Dans cet art de la vidéo cet artiste nous fait du cinéma, de la photographie, de la musique, du théâtre aussi, tant se mélangent une multitude de disciplines et il en ressort des cohérences, des unités, surtout une esthétique, magistrales. Des visages fixés et pourtant mouvants, des apparitions subtiles pourtant bien présentes, des sons hypnotiques pourtant poétiques, des saccades pourtant douces, oui, nous pourrions nous trouver dans toutes ces contradictions. Non, Robert Cahen formalise le tout dans une démarche d’une extrême sensibilité, il nous propose un vaste univers inconnu dans lequel nous arrivons à nous perdre avec plaisir sans jamais être trompés quant au(x) but(s). Finalement, il ne faut pas les chercher, ces buts, ces intentions, il ne s’agit pas de “trouver” mais de vivre ces moments comme un espace de temps et de lieu intemporel, immatériel, déconnecté d’analyses et de questionnements stressants. Le voyage parmi les vivants, les morts, les objets, les sons, est une introspection calme. Nous avons apprécié l’installation réalisée par le Musée d’Art Moderne et Contemporain de Strasbourg (MAMCS), en une belle et sobre scénographie.

03.05.14

Dignité, humanité, pauvreté, guerres et photographie

Photographier la misère, pour un reporter photographe ou un auteur, est une démarche intérieure qui conduit à dépasser sa propre indignation, non par manque de sensibilité, au contraire, mais par souci, justement, de ne pas interférer entre son ressenti et ce qu’il faut voir, ou plutôt ce qui est donné à voir avec ces regards, ces corps, ces situations. Donner un sens à ses prises de vue est, dans ce cas, d’une grande complexité. Il faut éviter, bien sûr, le voyeurisme, la curiosité, la condescendance. Et se mettre au service de ces personnes dans leur malheur, leur faire dire quelque chose, à eux, dont la parole a été retirée. Deux expositions, à Strasbourg, celle d’Amnesty International et celle de Jean Mohr nous invitent à s’approcher au plus près de l’horreur de la pauvreté et des guerres.

Amnesty International a voulu, avec cinq reportages différents, aborder les thèmes de la défense de droits fondamentaux, leur violation en fait, sur la notion, la réalité, de la terre, de l’identité, du logement, de la santé et de la sécurité. Cinq photographes ont traité ces sujets : la guerre des terres en Inde par Johan Rousselot, les oubliés du Caire par Philippe Brault, La violence de la Montaña, au Mexique, par Guillaume Herbaut, la discrimination contre les Roms, en Macédoine, par Jean-François Joly et la crise du logement à Lagos, au Nigéria, par Michaël Zumstein. Un ensemble de photographies grand format installé salle de l’Aubette, place Kléber, qui est un voyage au fond de la misère. Et pourtant, certains regards, certains timides sourires peut-être, nous aident à nous approcher humainement de ce que vivent ces familles dans chacun de leur drame. Et toujours cette présence, ces âmes, qui nous rappellent que l’inhumain n’arrive pas à effacer une beauté, une dignité que nous offrent toutes ces personnes, femmes, hommes et enfants dans leur malheur. Le travail des ces cinq photographes sait nous apporter, avec leur regard, à la fois respect et conscience dans ce périple de l’indignité.

Jean Mohr s’est investi dans la photographie humaniste, donc traitant de l’humain faut-il le rappeler, et essentiellement pour servir la cause des droits de l’homme. Il est un grand photographe de réputation mondiale (de nationalité suisse) et ses oeuvres sont pratiquement toutes marquées par cette présence humaine sous l’angle de nombreuses tragédies (guerres internationales et guerres civiles). Ses fonctions de délégué du CICR (Comité international de la Croix-Rouge) en Palestine seront ses premières expériences au plus près de ces drames qui demeurent de décennies en décennies des réalités quotidiennes. Il évoluera vers la photographie pour saisir ces destinées individuelles et collectives un peu partout à travers le monde. A Strasbourg, dans le palais du gouverneur militaire, rue Brûlée (lieu hautement symbolique pour y montrer des photographies sur de nombreux conflits armés), Jean Mohr nous invite à mieux comprendre la situation des réfugiés, ces victimes directes elles aussi, de combats incompréhensibles. Palestine, Afrique, Chypre (!) sont ces multitudes de lieux de souffrance pour des populations “déplacées”. Puis vient à nos yeux l’art même du photographe. Nous avons été de suite séduits par la qualité des prises de vue dans lesquelles intervient un grand sens des situations, où les personnes et le contexte forment une belle cohérence. Il est toujours difficile de parler de belles, de splendides photographies sur de tels sujets, la guerre, la souffrance, la violence, mais ici nous ne pouvons pas ne pas le dire. Les photographies de Jean Mohr sont splendides parce qu’elles réunissent un contenu fait de respect et de modestie (du photographe) avec une formalisation esthétique remarquable. Du grand art, et encore plus, parce que, concrètement, Art et Humanité se rejoignent ici avec un très grand talent. Ces regards, ces sourires, ces douleurs qui ressortent de tant de visages et de situations sont photographiés avec un sens de l’humain qui fait honneur autant à l’artiste qu’aux populations, aux victimes, ces personnes durablement installées dans la souffrance.

 

25.04.14

« Visages » en peintures, photographies, sculptures et autres matériaux

Une exposition de niveau mondial au musée de la Vieille Charité à Marseille où les visages sont au centre de tout, ces masques humains obsessionnels, postures et démarcations, apparitions et hurlements, sourires et souvenirs, furtifs, insaisissables et pourtant inséparables de soi, de/du moi, peints, dessinés, photographiés, sculptés, vivants, morts, intimement vécus, à voir, à revoir, à vivre, à ressentir, à s’extasier, à en pleurer, un formidable spectacle.

Comme ceux et celles qui nous suivent ici, vous savez combien nous sommes intrigués ou peut-être même fascinés par cet étrange et beau cousinage entre peinture et photographie et l’exposition « Visages. Picasso, Magritte, Warhol.. », à la Vieille Charité à Marseille, nous donne encore plus d’éléments pour nourrir nos réflexions et interrogations, mais cette fois, dans une dimension exceptionnelle. Ce splendide événement est pour nous une inépuisable source de plaisir(s). Passer de Arp à Warhol, de Bacon à Baldessari, de Baselitz à Basquiat, de Bounakoff à Brassaï, de Dubuffet à Ernst, de Kupka à Magritte, de Picasso à Man Ray (nous avons beaucoup apprécié la présence de l’oeuvre photographique de Bernard Plossu, intitulée “Strasbourg”, que nous avions déjà vue chez Madame Millot-Durrenberger) est un voyage multiple dans un musée universel. Il est (très) rare de pouvoir visiter autant d’oeuvres en un même lieu, autant de génies en un si grand nombre (155 oeuvres au total). Et cette mise en scène où photographies et peintures (mais aussi sculptures, bois, acier..) se côtoient sur le thème du visage nous emballe. Des vis-à-vis, des dialogues, des interpellations, comme des rencontres étonnantes dans la rue, ou d’autres endroits imaginés/imaginaires, des regards.. Le centre d’art de la Vieille Charité fut construit à partir de 1640 puis 1670 pour accueillir les pauvres et les gueux (quel raccourci ici même avec cette exposition sur les visages et ceux des malades et de gens perdus que nous pouvons imaginer avec peine et respect !) offre une succession de salles d’exposition qui forme un parcours quasi initiatique jusqu’aux étages supérieurs avec les collections permanentes (l’archéologie méditerranéenne, l’art africain, et l’incroyable donation du cinéaste François Reichenbach et ses masques mexicains). L’auteur de ces lignes a été très ému en ces lieux en pensant à Catherine, sa belle sœur, décédée beaucoup trop jeune, et qui y réalisa de magnifiques projets artistiques. Marseille, avec cette exceptionnelle exposition, acquiert une nouvelle réputation artistique et culturelle.

 

16.04.14

Les rencontres du 9ème art d’Aix-en-Provence

Aix s’est fait une nouvelle réputation dans l’organisation de rencontres autour de la BD. D’excellents artistes, des expos, des ateliers et des performances forment un tout bien monté, dans différents endroits de la ville.

Voici donc le 9ème Art (et toujours ce classement que nous ne comprenons pas car déconnecté de toute chronologie et d’importance en terme de pratique et d’audience) en forme de festival à Aix, encore un, de rencontres, mêmes, et ce qui est montré est formidable. De nombreux lieux en ville sont investis par les dessinateurs, des artistes à part entière. Nous avons aimé à la Bibliothèque Méjanes (Cité du Livre) 3 expositions, celle de Matthias Picard avec son héro Jim Curious et ses dessins en 3D, Stephane De Groef  et sa série “You don’t own the road”, petites planches esquissées, en couleur, présentées comme des photographies montrant des stations services ou des motels  américains, puis “papier peint”, une idée originale qui introduit la BD dans le papier peint pour lui donner un sacré coup de jeune. Toujours à la Cité du livre, une imposante rétrospective est consacrée à Alan Moore, le pape de la BD, non en tant que dessinateur mais comme auteur, scénariste, créateur de personnages. L’incroyable puissance créatrice et littéraire d’Alan Moore est bluffante. La BD sait réunir un ensemble de techniques et d’artistes pour aboutir à un univers fantastique souvent de très haut niveau.

Visages et situations photographiques

La jeune photographe Lou Sarda aime photographier d’autres jeunes femmes avec tact et finesse dans des mises en scène intéressantes. Une certaine suavité ressort de ses photographies.

Lou Sarda est belle, et elle photographie de jolies jeunes femmes avec un sens des couleurs et de la mise en scène qui attire l’œil. Mais avec poésie et sensualité en dehors de toute notion accrocheuse. Son travail est en fait très pudique, avec une belle maîtrise de l’art photographique qui mérite notre attention. Ses couleurs et ses corps se fondent dans une narration faite de douceur. Nous avons vu ses œuvres dans un passage voûté prêté par “Art Gallery of Tattoo” qui est un studio de tatouage, comme son nom l’indique, et la présence des photographies de Lou Sarda se plaçaient assez bien dans ce contexte.

Art Océanien

L’art Océanien est un monde propre à lui où le tribal rejoint un esprit artistique très créatif en lien direct avec les croyances et les coutumes. A Aix-en-Provence la galerie spécialisée Franck Marcelin possède une collection d’objets d’art exceptionnelle. De plus, la galerie invite des artistes contemporains.

Nous ne pouvont pas nous empêcher d’établir un lien entre les peuples d’Océanie (ou d’Afrique) il y a plusieurs centaines ou milliers d’années et certains artistes contemporains dans leur sens créatif et l’utilisation des formes et des couleurs. L’âme humaine ne sait se désolidariser d’elle-même temporellement, ni dans un contenu sensoriel, et l’on retrouve, peu importe les latitudes, un continuum artistique qui fait la richesse de l’humanité. En regardant les outils, les créations et les personnages issus de l’art Océanien dans la galerie de Franck Marcelin nous y voyons ce lien, cette filiation d’avec l’art moderne tel réalisé par des artistes comme Basquiat, Picasso, Buffet, de Kooning, kandinsky, Franz Kline, Baselitz… Le primitif reste une qualité première, mais pas dans le sens du non-savoir, bien sûr, au contraire c’est cette essence, cette âme qui est le germe de la création. Franck Marcelin ouvre aussi sa galerie à des artistes, peintres ou photographes, et voir des œuvres actuelles avec de magnifiques objets anciens nous renforce dans notre “point de vue”, comme dernièrement avec des tableaux de Guy Madevery et ses belles couleurs fauves.

Toma-L, un peintre multiple

C’est à la galerie Saltiel d’Aix-en-Provence que nous avons découvert Toma-L. Et nous pouvons dire que son travail est étonnant dans ses aspects bruts et tout en finesse où se retrouve un esprit Street-art dans les couleurs mais aussi un peu de Basquiat dans les formes naïves.

La galerie Saltiel à Aix nous offre une belle exposition du peintre Toma-L. Un artiste fécond, pluridisciplinaire, mais actuellement ce sont ses tableaux qui sont montrés et nous avons beaucoup aimé. Un trait fragile qui, pourtant, arrive à créer des cohérences toutes en couleurs avec de frêles personnages, une thématique qui rappelle la naïveté des rues, du Street-art ou bien même un esprit “Basquiat”. Toma-L arrive à créer son propre univers en imprimant sa technique et sa sensibilité dans une démarche bien à lui.

Saint-John Perse et Lucien Clergue

Le poète et le photographe dans une amitié et une belle collaboration, tous deux montrés dans une exposition à la Fondation éponyme dont le contenu est tout simplement passionnant.

Poésie et photographie sont-elles si proches pour en faire un ensemble remarquable comme l’ont créé Saint-John Perse et Lucien Clergue ? La réponse est bien sûr oui tant ce qui est proposé par la Fondation Saint-John Perse située dans les murs de la Cité du Livre à Aix, dans une très belle exposition, est le contenu même de ce que veut dire photographie et poésie. Les relations entre le poète et le photographe ont été profondes et fructueuses, même si JSP fut un personnage toujours un peu secret. Découvrir les correspondances entre les deux artistes, comprendre leur cheminement, lire des poèmes encore en cours de création et des photographies splendides (surtout celles de Camargue ou d’autres réalisées en bord de Méditerranée) est un voyage culturel de qualité q’il faut entreprendre l’âme heureuse. Et pour en ressortir encore plus joyeux. Un bon et beau moment.

08.04.14

Lucien Clergue en rétrospective à Aix-en-Provence

Une double exposition événementielle est consacrée à Lucien Clergue à Aix pour ses 80 ans. Des oeuvres magistrales, un ensemble exceptionnel où tout l’art et l’intelligence de l’artiste ressort avec brio et sensibilité. Une démarche photographique incomparable, une signature, des images de réputation mondiale. Un des plus grands photographes au monde montré dans un contexte muséal de grande qualité.

Voilà un bel événement à Aix, à voir absolument, qui montre Lucien Clergue dans un ensemble photographique de toute beauté sous le titre “à corps et âme”. L’oeuvre du célèbre photographe nous amène dans deux dimensions, en premier ses travaux mondialement connus avec ses nus zébrés dont certains atteignent une esthétique époustouflante, puis ses “surimpressions” qui mélangent des images immédiates avec des thèmes religieux, mythologiques ou tauromachiques. Des corps nus fondus dans des propos qui ne seraient pas des prétextes mais biens des développements sémantiques comme des messages quasi secrets que l’artiste nous proposerait intimement, et des scènes de tauromachie splendides elles aussi. Quelle formidable évolution que ces travaux en couleurs réalisés en dehors de toute aide informatique ! Seule une puissante intelligence peut arriver à faire ceci, passer d’un style, d’un code esthétique du noir et blanc, à une nouvelle forme d’art. Cette rétrospective est présentée dans deux endroits différents : au Musée des Tapisseries et à la Fondation Saint-John Perse (plus spécifiquement en lien avec les relations entre le poète et le photographe). Nous reviendrons sur ce dernier événement pour décrire de nouveaux aspects de l’exposition.

La Non-Maison

La Non-Maison à Aix-en-Provence se dit micro centre d’art et pourtant ce que montre cette galerie en matière de photographie est toujours de très belle qualité. Actuellement est exposée une série de Tadeusz Paczula sur deux camps de concentrations où son père a passé d’horribles années. Des images où tous commentaires superflus sont impossibles, seuls les contenus.

Le pèlerinage deTadeusz Paczula effectué avec son père dans d’affreux “entrepôts”, où ce dernier a vécu les pires horreurs des camps de concentration, est un voyage au bout de la nuit dans ces lieux marqués à vie dans les esprits et les corps. Et pourtant, ces simples prises de vue ne sont pas chargées de haine. La manière de photographier ces endroits de mort et de souffrance, comme l’a fait l’artiste photographe, est un remarquable effort d’humanité. Ces petits formats contiennent un art de saisir l’esprit du mal sans pathos. Ici nous pouvons parler de respect (des lieux et des personnes avec tous ces drames personnels et collectifs). Cette série est tout simplement splendide, du point de vue photographique, et le silence du visiteur est la seule réponse possible devant une histoire, l’Histoire, qui se déroule le long des murs de la galerie La Non-Maison où l’aspect épuré de l’accrochage est comme un écho inversé à l’énormité des douleurs qui ressort de chacun des clichés.

01.04.14

Statues vivantes en photographie

« Made in USSR » est une exposition de photographies de l’artiste Alexandra Polina qui montre de jeunes personnes figées comme l’étaient les statues à la gloire du régime soviétique. Attitudes et regards perdus dans l’abnégation, une galerie de portraits presque inquiétante.

Ces visages statufiés et ces corps désincarnés sont photographiés dans une optique volontairement idéologique, en rappel de ce que l’ère soviétique des pires moments pouvait imposer en matière d’art officiel. Mais ces photos sont aussi une mise en scène  contemporaine avec un contenu plastique évident et de grande qualité. Le travail d’Alexandra Polina est impressionnant et ses grands formats correspondent bien au propos. A découvrir chez “Fontaine Obscure » à Aix-en-Provence, une association entièrement tournée vers la photographie.

Splendeurs d’une collection

Le mécénat en Provence a connu des moments historiques et ce qui est montré dans le cadre de l’exposition “Trésors cachés d’une bibliothèque” est un événement. Une collection de dessins rares, magnifiques, de Fernand Léger, Picasso, Max Ernst, Georges Braque. A ne pas manquer.

Le Conseil Général des Bouches du Rhône, en son bel établissement du Cours Mirabeau à Aix-en-Provence, expose des œuvres remarquables rassemblées par Madame Anne Gruner-Schlumberger, mécène et philanthrope (1905-1993), et sa Fondation des Treilles, sous forme de livres d’artistes très rares. Des planches exceptionnelles de Fernand Léger, Pablo Picasso, Jean Arp, Georges Braque, Max Ernst et d’autres grands noms, quelques photographies documentaires passionnantes, une mise en scène de qualité.. Ces livres d’artistes sont rarement montrés au public et c’est donc une exposition à ne surtout pas manquer.

La faute au Midi

En 1914, vue du Nord, de Paris, les soldats du Midi de la France et de Corse n’avaient pas bonne réputation. Surtout ceux du 15ème Corps d’armée envoyés combattre en Lorraine. Les Provençaux faisaient l’objet de clichés vexants (des vantards, des paresseux..). Mais pire encore, la hiérarchie, et jusqu’aux ministres, alla même les accuser de lâcheté.

Des soldats du Sud, des “lâches” accusés par erreur et abandonnés par leurs chefs, condamnés à mort, des exécutions pratiquement sommaires, une horreur militaire montrée dans une exposition très bien faite, tant sur le plan pédagogique que documentaire. Un épisode dramatique méconnu de la grande guerre enfin mis à jour en mémoire de ces “suppliciés”. Nombreuses photos et appareils photographiques d’époque, objets, témoignages écrits, dessins, des BD en lien avec les rencontres du 9 ème art, le tout organisé dans un parcours intelligent et hors toute polémique. A voir à la Bibliothèque Départementale, 25 allée de Philadelphie, Aix-en-Provence.

24.03.14

Poésie, textes et photographies

La Fondation Saint-John Perse organise à la Cité du Livre à Aix-en-Provence une belle exposition de 5 poètes européens autour de Guillaume Apollinaire.

5 artistes venant de Grèce, d’Espagne, d’Italie et de France (les “enfants de Guillaume Apollinaire”) montrent de belles choses dans un joli dialogue où textes et photographies se croisent avec finesse. Calligrammes et poésie sont à l’honneur à la Fondation Saint-John Perse, Cité du Livre à Aix, à l’occasion d’un hommage à Guillaume Apollinaire. Table ronde, exposition, lectures, performances et projection forment un programme très intéressant.

16.03.14

La mémoire photographique

Madame Madeleine Millot-Durrenberger et son association In Extremis présentent une splendide exposition de quatre grands photographes, Bernard Plossu, Claude Batho, Anna et Bernhard Blume, avec comme fil conducteur la mémoire. Un événement exceptionnel, des oeuvres remarquables.

Nous ne savons pas si la photographie d’art est, ou doit être, un vecteur de la mémoire ou bien une oeuvre pour elle-même, ni témoin, ni preuve, parce que résultant d’un acte de pure création. Mais il n’est pas impossible qu’elle soit tout cela en même temps. Pour nous, une oeuvre est une entité exclusive, certes composée par un/une artiste avec son histoire, sa culture, sa sensibilité, et dès lors qu’elle émerge, et se construit, puis devient une réalité intemporelle, l’oeuvre n’appartient plus, dans le sens de l’origine, à un territorium humain. Elle bascule en dehors du temps et des lieux dans l’espace culturel universel. La mémoire est cette ambiguïté qui fait d’elle un objet, un concept, une activité, qui ne peut s’exercer qu’après. A priori nous ne pouvons pas nous souvenir de ce qui n’a pas encore été. La photographie (d’art) n’est pas liée à un événement puisqu’elle est elle-même événement. On ne peut donc s’en servir comme élément de mémoire. Pour autant, ce qu’elle montre a bien été, soit de manière concrète, soit intellectuellement, mais l’oeuvre exclut l’origine de son contenu pour devenir et détenir sa propre réalité. Il faudrait considérer la photographie d’art comme entité du passé, du présent, de l’instant et du futur dans le même moment. Elle est circulaire, c’est-à-dire sans début ni fin. Néanmoins, le titre de l’exposition organisée par Madeleine Millot-Durrenberger dans le cadre de l’association In Extremis, “Au futur, la mémoire” n’est pas obligatoirement faux, puisqu’il place la chronologie dans le bon sens. Et voir les photos de Madame Claude Batho, de Bernard Plossu et d’Anna et Bernhard Blume nous conduit à une appréciation de leur art pour lui-même, déconnecté inévitablement de ce qu’il montre. Car, devant une vue d’un bout de plage avec quelques objets flottants, dans de magnifiques contrastes et perspective, ou bien une jeune femme marchant, dans un flou sensuel, ou bien un meuble dans une maison ancienne avec tout son esprit, ou bien un enfant allongé sur un canapé, ou bien une extrapolation d’une cafetière qui se prendrait pour un personnage, ou le contraire, nous comprenons bien que ces personnes ou objets ne sont pas, ne font pas la photographie que nous admirons. Le contenu s’échappe pour laisser l’oeuvre s’imposer dans son existence. L’art, le talent, le génie, ici, est cet instant capté par l’artiste pour en faire une éternité vivante et non figée. Cette magnifique exposition est, pour nous, un événement remarquable, et nous admirons le travail de Madeleine Millot-Durrenberger, cette grande collectionneuse de photographies d’art, qui nous montre, à Strasbourg, des oeuvres d’un niveau et d’une qualité mondiale. (In Extremis, 27 rue Sainte-Madeleine, 67000 Strasbourg).

Couleurs et peinture

Marie-Odile Biry-Fétique expose salle Conrath à l’Hôtel de Ville de Strasbourg et nous avons aimé son travail. Mais pas uniquement. L’assemblage réalisé dans la recherche de ses couleurs et formes diluées nous amène à regarder avec attention ce que ce peintre compose avec finesse.

Nous avons découvert, avec Marie-Odile Biry-Fétique, une femme peintre qui réalise un joli travail. Belles toiles où couleurs et matières se fondent dans un mélange délicat et une fusion maîtrisée. Certains gris sont beaux et nous avons particulièrement apprécié une série intitulée “Allées”, dans de jolis flous à caractère nettement photographique ce qui, bien sûr, ne pouvait que nous convenir. La salle Conrath de l’Hôtel de Ville de Strasbourg est un lieu aux volumes intéressants qui accueille des expositions souvent de belle qualité.

Shahabuddin et la liberté des mouvements

Ce grand peintre venu du Bangladesh se bat pour la liberté depuis longtemps et ses oeuvres montrent combien il ne peut admettre les contraintes. Ses peintures sont l’expression même d’une liberté, d’une explosion dans ces couleurs, élans et envols, où les corps (humains ou animaux) sont en perpétuels mouvements.

Œuvres gigantesques que les toiles de Shahabuddin, ce maître de réputation mondiale, moins dans la taille de ses toiles, même si certaines sont grandes, que dans le contenu, à la fois massif et aérien. Des corps qui remplissent plus encore la seule surface des tableaux et qui donnent une dimension hors cadre à chaque réalisation. Une liberté explosive dans cette façon de travailler la matière, avec des touches délicates de couleurs. Légèreté aussi puisque ces corps (hommes et animaux) sont tous pensés dans une splendide énergie, un envol vers de fougueuses ambitions. Peintre du mouvement, de la liberté, c’est grâce à la galerie Brûlée que nous pouvons admirer cet artiste à Strasbourg.

Le rose pour les filles et les garçons

« Rose » est le prétexte, autour du livre de Gertrude Stein « Le monde est rond », trouvé dans une nouvelle exposition au CEAAC à Strasbourg. Rose est l’héroïne de ce livre, mais nous aussi, visiteurs, sommes ici en découverte d’un monde étrange et magique. Ces deux qualitatifs vont également très bien à ce que montre, en même temps et à l’espace international, un artiste très intéressant, Clément Cogitore.

C’est sur un livre de Gertrude Stein (Le monde est rond) et son héroïne, Rose, que le CEAAC de Strasbourg organise une exposition toute faite de symboles. Le cubisme textuel de Gertrude Stein prend forme ici avec des objets colorés et géométriques placés sur le sol, des textes et des travaux épars accrochés aux murs, tout un univers à la Lewis Carroll, où il ne serait pas étonnant de rencontrer Picasso parmi les visiteurs. Une ambiance à la fois mystérieuse et décontractée qui donne à l’événement une allure récréative. Tout ceci pour (nous) dire qu’un monde, celui des enfants, est aussi un univers complexe, déformé et déformant, et que les choses vues ne sont pas à prendre comme une objectivité première mais bien en tant qu’interprétation. La partie réservée à l’espace international reçoit un jeune artiste français au nom lui aussi étonnant, Clément Cogitore, de retour d’une résidence artistique à Stuttgart. Il nous montre des projections et des vidéos passionnantes, des loups semi-captifs sur un fond musical splendide, une place Tahrir hachurée, un visage caché par les mains derrière lesquelles apparaît puis disparaît une violente lumière rouge, une petite installation photographique aussi.. Ces items seraient là pour établir une forme de cohabitation entre image(s) et sujets vivants, variabilité et jonction d’une réalité à l’autre, tentatives de dompter – son destin ? Une vision, donc, qui est logiquement le titre de l’exposition. Curieux mélange que ces deux mondes, ces deux événements, mais peut-être que, justement, un point commun les lierait, celui de l’étrangeté de la vie.

La symbolique détournée de la courge

Un axe inattendu entre la Corée du Sud et la France prend de drôles de formes au Syndicat Potentiel de Strasbourg. Ou comment, d’un concept coréen autour de la courgette, de la citrouille, on arrive à une mise en oeuvre de choses hétéroclites. Tout un art.

“Kul Le On Ho Bak”, non ce n’est pas un gros mot, seulement la version sud-coréenne du mot courge, courgette, citrouille, ces cucurbitacées qui roulent. Pourquoi donc choisir ce terme pour une exposition qui ne présente, à première vue, aucun rapport avec ce qui est montré ? En fait, il ne faut pas chercher de lien dans ce que met en scène le Syndicat Potentiel avec le travail de Seulgi Lee (jeune femme artiste venant de Séoul)  et de Matthieu Clainchard. Des formes, des objets, des couleurs, des “trucs”, un ensemble amusant, et au final, une impression qui laisse des interrogations. Il faut aller voir, se laisser surprendre. L’Asie a ses mystères et la France aussi.

Jeunes photographes en duo

Deux jeunes photographes exposent leur travail à la galerie No Smoking à Strasbourg, une jeune femme et un jeune homme, chacun dans une approche différente et pourtant avec un lien perceptible entre eux quant à leur relation aux lieux et aux objets.

Mathilde Blum aime voir dans des lieux et des objets communs une présence inévitable, et spécifiquement pour son exposition, les stations-service, qui seraient en fait devenues invisibles car présentes comme des fantômes dans notre quotidien. Ses photographies savent capter ces endroits dans leur esprit, sorte de vide où seules les formes en contour nous montre un lieu sans contenu. Architecte de formation, la jeune photographe semble se prendre d’amitié pour “ses” fantômes et elle nous invite à un joli panorama. Son travail photographique évoluera certainement et nous suivrons avec intérêt son cheminement. Valentin-Sylvain Metz, lui aussi, a ses fantômes, des lieux abandonnés, qu’il aime, à son tour, hanter avec son appareil photo. Il va dans des endroits morts et qui, pourtant, conservent une âme. Vieilles demeures, vieux objets, tous jetés aux oubliettes, détruits, saccagés mais dignes. Ses photographies méritent encore du travail mais son approche est sympathique. La galerie No Smoking, grâce à Bertrand Rhinn, aime de temps en temps montrer de jeunes artistes en progression et nous trouvons cela très bien.

Photos idéales de / en couvertures

Avec ce titre “60 nuances de couv” nous avons une belle démarche entreprise par Chambre à Part consistant à inviter des photographes à illustrer la 1ère de couverture d’un ouvrage littéraire. Plus particulièrement un livre qui aura laissé une trace dans leur mémoire. Mettre sur un titre et un contenu une image rapportée a visiblement plu à ces artistes et l’ensemble de cet exercice forme un agréable voyage dans un imaginaire surprenant.

Joindre le souvenir d’une lecture à une photographie réalisée pour illustrer un livre est une belle idée, c’est ce que nous propose l’association Chambre à Part. 60 (en réalité 63) photographies pour autant d’ouvrages, et la distance entre ces souvenirs et la photographie se retrouve soudainement ramenée à un instant présent, comme si le temps de la lecture échappait à la fuite des heures. Ce raccourci est rendu possible, justement par la photographie, qui sait mélanger instant, présent, passé, futur. De très belles photos rassemblées avec art, composées par de grands noms, ou encore par d’excellents artistes moins connus. A voir (à lire) à la médiathèque de la Meinau à Strasbourg (exposition située dans la section bibliothèque, comme il se doit).

12.03.14

Lignes et binômes

D’après le projet de l’association Trafic d’art intitulé “Ligne : frontière ou trait d’union”, une ligne peut être transformée en véritable lien (il suffirait d’en inverser le sens). L’exposition éponyme met en situation des artistes français et allemands dans de jolis binômes.

En politique nous entendons souvent parler du couple franco-allemand mais ici il s’agit de couples d’artistes (venant de Strasbourg, Dresde et Stuttgart) imaginés par l’association Trafic d’art, formés à chaque fois sur les deux nationalités. Nous avons donc ces binômes qui s’articulent autour de la notion de “ligne”, de frontière puis de trait d’union. Chaque “couple” présente actuellement à l’Ares (centre social et culturel de l’Esplanade à Strasbourg qui dispose d’un très bel immeuble contemporain, une véritable oeuvre architecturale) leur travail, et nous avons été agréablement surpris par cet assemblage germano-français. Les photogrammes de Nicolas Cochard sont remarquables et s’inscrivent dans une vision spécifique où les différenciations de volumes, d’une part, puis celles des tons de gris et noirs, d’autre part, amènent à entrevoir l’esprit thématique de l’exposition en créant une transparence des lignes, une transfiguration de frontières qui deviennent optiques. Nicolas Cochard est “couplé” avec l’artiste allemande Manuela Beck qui montre de fines et subtiles superpositions, elles aussi faites de noirs et gris, où les lignes floues qui se dessinent montrent bien que le marquage (culturel, géographique) peut tendre vers une fusion pour créer, par de multiples traits qui sont autant de tentatives, une union potentielle puis réelle. L’ensemble des oeuvres montrées est une très belle exposition. Nous voulons citer ici tous les artistes car leur travail vaut le déplacement: Anke Binnewerg / Jean-Louis Hess Natacha Caland / Anne Römpp Alain Eschenlauer / Karen Koschnick , Susanne Hanke / Vinca Schiffmann Julia Wenz / Olivier Chatté.

05.03.14

Peinture et photographie, une belle proximité.

Nous avions abordé dans un article, ici même, cette thématique que nous aimons: le cousinage entre peinture et photographie, une proximité révélatrice d’un lien que nous voyons comme de splendides entrelacs. Nous revenons sur cette idée en la documentant un peu plus.

Un sujet très prisé par les peintres et les photographes est la nature, essentiellement dans une vue en perspective. Les artistes contemporains passent tous, à un moment ou un autre, par ce filtre pour en extraire une quintessence, celle des couleurs et des volumes mélangés. Dans les faits, la concurrence entre l’œil et le ressenti, la déformation sensorielle, apporte un élément de construction différent de l’objectivité première. L’œil photographique n’échappe pas à cette différenciation, le “rendu” est toujours autre chose que ce que nous voyons. Le peintre et le photographe se retrouvent ainsi au même plan, reproduire un sujet sous contraintes. L’erreur serait de vouloir dupliquer ce qui est vu sans y apporter un sens supplémentaire, celui d’une sensibilité, d’une vision immatérielle qui fait, justement, la différence. L’Art serait donc cette différence, entre le vrai (dans sa splendeur plate, heureuse ou douloureuse, son concret, sa justesse en final) et l’interprétation (dans sa beauté subjective, son bonheur ou son malheur, son immatérialité, son imprécision sans fin). L’hyperréalisme contient lui aussi cette interprétation car sans cela, l’oeuvre ne serait que reproduction. Confiner la photographie dans la seule fonction de reproduire à l’exact un motif, serait lui refuser tous sens interprétatifs, tant ceux du photographe que du spectateur. D’ailleurs, la photographie n’est pas un spectacle mais bien plutôt un acte distordant, vers, et pour, une nouvelle harmonie, elle-même intégrant des éléments perturbants. Elle fait entrer celui et celle qui voit une photographie dans le champ même de ce qui est non montré. Le peintre invite pareillement à ce voyage incertain. Le “bouleversement”, voilà bien de quoi il s’agit. Être bouleversé, dans tous les sens du terme, est l’axe révolutionnaire impliqué dans le simple fait de voir autrement.

Les artistes et l’agent

Etre artiste n’est pas tous les jours facile, surtout actuellement où certains ne voient que le coût social de cette activité tout en oubliant que ladite activité est souvent précaire (ceci expliquant cela). Il en va de même pour tous les autres acteurs du monde des arts et des spectacles (techniciens, comédiens, metteurs en scène..). Le rôle d’agent artistique n’est pas non plus très facile mais, au moins, il vient en aide à l’artiste.

Nous avons rencontré une jeune femme, agent artistique sur Strasbourg, et nous avons vite compris combien ce métier est compliqué et beau à la fois. Mise en relation, organisation d’expositions, conseils fiscaux, accompagnement, recherche de contrats et de clients, la palette est vaste ce qui rend la tâche difficile, surtout, peut-être (?) en province. L’agence “Des artistes…”, en la personne de sa responsable Delphine Courtay, a organisé dernièrement une soirée, véritable opération de relations publiques, autour de quelques artistes (sculpteur, peintres, graffeurs..) et nous avons aimé cette façon de procéder. Delphine Courtay est passionnée et ce point est nécessaire dans ce type d’activité tant les choses sont longues à mettre en place. L’art, les artistes, ne se concentrent pas toujours, en France, à Paris et il est très positif de voir des personnes et des organismes s’investir en région.

04.03.14

Photographies et collection privée

Nous aimons ici parler de Mme Madeleine Millot-Durrenberger, grande collectionneuse de photographies d’art. De plus, nous sommes heureux de voir à la galerie Art’Course une sélection de femmes photographes, apportée par Mme Millot-Durrenberger, comme en écho à nos derniers articles.

4 femmes photographes dont les oeuvres font l’objet d’une attention particulière deMadeleine Millot-Durrenberger. Et ce sont ces artistes que la galerie associative strasbourgeoise Art’Course nous montre actuellement: Colette Hyvrad, Yuki Nodera*, Suzanne Doppelt et Valérie Belin ont cette sensibilité, alliée à une belle technique, qui fait de leur travail un art délicat. Petits formats, sujets amusants, grandes photos au contenu fascinant, vues voilées comme de jolis nuages, ombres portées, les thèmes abordés sont multiples dans ces noirs et blancs, ces gris ou rouges. Il faut se laisser guider par ces oeuvres, comprendre le choix de la collectionneuse, s’investir dans chaque photographie. Belle coopération entre Art’Course et Mme Millot-Durrenberger que cette exposition de femmes photographes et nous approuvons pleinement cette démarche.
* Selon deux orthographes: Yuki Nodera ou Yuki Onodera

Alain Clément à Strasbourg

La Galerie Radial sait mixer avec goût ses événements, entre photographies, peinture et sculptures. Actuellement, des oeuvres d’Alain clément sont exposées et nous avons découvert un artiste qui travaille le mouvement, le geste et la couleur avec bonheur.

Cet artiste français, dont les oeuvres sont recherchées par les collectionneurs et les musées internationaux, présente à la Galerie Radial de Strasbourg un splendide panorama de son travail. Ses sculptures et ses peintures dessinent dans l’espace des formes ondulantes dont les contours sont féminins (rondeurs, finesses, couleurs), c’est ainsi que nous les ressentons. Alain Clément travail ces trois éléments dans un geste sensuel, occupe les surfaces et les volumes (tant celles avec ses sculptures qu’avec ses toiles) et place avec un esprit optimiste, amoureux, ses couleurs et ses matières dans un environnement qu’il s’approprie. Mais toujours avec légèreté et une “plastique” qui inspire, et contient, un véritable bonheur. L’artiste lui-même est un homme jovial. Pour autant, son travail correspond à une démarche structurée et, d’ailleurs, si légèreté apparente il y a, le contenu formel qu’il crée apporte une autre vision, celle d’une recherche profonde. Découvrir les oeuvres d’Alain Clément a été un vrai plaisir.

26.02.14

Lumière à tous les étages

Un projet assez fou prend forme actuellement dans le cadre des festivités du millénaire de la Cathédrale Notre-Dame de Strasbourg. Vous connaissez et aimez le “mystérieux” rayon vert, à voir seulement deux fois par an dans la cathédrale lors des équinoxes d’hiver et de printemps. Vous allez adorer le “rayon vers”, folle création d’un artiste strasbourgeois que nous aimons beaucoup.

Il faut se préparer à voir un “truc” étrange et amusant avec Daniel Depoutot et son “rayon vers”, une installation dont lui seul a le secret dans d’improbables et géniaux assemblages. Cet artiste est magnifique dans ses oeuvres où se mélangent ferraille, bouts de fils électriques et autres matériaux méconnaissables pour obtenir des “êtres” mobiles, des automates ou des sculptures dont on ne peut que tomber amoureux. La cathédrale de Strasbourg va fêter ses 1000 ans d’existence et le fait que ce soit un “ferrailleur”, un assembleur de “riens” qui va, dans une offrande certainement spectaculaire, symboliser cet événement nous plaît beaucoup. Du célèbre rayon vert au non moins mystérieux “rayon vers”, conceptualisé autour de l’horloge astronomique nous verrons comment Daniel Depoutot a imaginé son oeuvre. Tout ceci se prépare pour être vu entre mars et mai 2015.

Jeunes, ou moins jeunes, oui, mais des créatifs

L’art s’apprend nous dit-on, et les écoles (d’art) s’en chargent. Actuellement, de jeunes artistes s’exposent au Syndicat Potentiel de Strasbourg. Ils viennent de Clermont-Ferrand, ou plutôt de L’Esacm, école d’art (re) et nous avons aimé.

Le Syndicat Potentiel à Strasbourg, dont nous avons déjà parlé dans nos colonnes, aime à montrer de jeunes artistes, ou bien des étudiants en Art (oui, il en existe plein) et, aussi, en les important si nécessaire (oui, c’est utile). Voici donc une jolie troupe originaire de Clermont-Ferrand, plus précisément venant de l’Ecole Supérieure d’Art de Clermont Métropole (ESACM). Ces jeunes ou moins jeunes gens nous délivrent leurs travaux, et ce que nous apprécions avec le Syndicat (Potentiel) c’est cette façon toujours un peu décalée de nous faire découvrir de véritables talents (potentiels). Nous parlions ici (voir quelques articles plus bas) de manipulations et post-traitements sur des images réelles ou en devenir. Nous tombions à pic, sur ce sujet, avec Alexandre Lavet qui expose une série de photos retouchées issues d’internet et nous avons vraiment apprécié. Un beau travail, intelligent et techniquement au point. Ses autres collègues exposants vous surprendront également avec leurs oeuvres (en devenir ou bien achevées, on ne sait pas). Cet événement s’intitule “Bordures”. L’initiateur du projet, Michel Gaillot, explique que bordures rime avec ouverture, dans un sens que nous n’avons pas toujours assimilé, peu importe, il faut simplement se laisser “promener” dans cette expo aux talents multiples.

24.02.14

Show-biz et photographies

Les vedettes de tous poils apparaissent volontiers dans les revues ou à la télévision et même lorsqu’elles ne le veulent pas. Les paparazzi sont là pour nous les montrer sous tous les angles. Mais il y a aussi, et surtout, des photographes respectueux des artistes qui établissent une relation de confiance avec les chanteurs et les acteurs pour réaliser un vrai travail collaboratif de qualité. C’est le cas de Pierre Terrasson qui suit la scène rock, folk et le cinéma depuis de nombreuse années et qui réalise des portraits et des reportages passionnants.

Pierre Terrassonexpose son travail (ou du moins une partie de celui-ci) à La PopArtiserie, nouveau lieu “tendance” de Strasbourg. Ses personnages célèbres se côtoient dans un défilé de portraits saisissants, essentiellement les stars du Rock (passées et/ou actuelles comme Mike Jagger, Bob Dylan, Rod Stewart, Lou Reed..) ou bien celles de la chanson française (Gainsbourg, Vanessa Paradis..). En dehors du fait de “voir” ces monstres sacrés si proches, c’est bien l’art photographique de Pierre Terrasson qui attire notre œil. Ses photos sont belles, techniquement et artistiquement. Il faut donc aller voir son exposition, qui parle à toutes les générations, pour découvrir (à Strasbourg) un photographe spécialisé de haut niveau. Nous avons aussi beaucoup aimé ses photographies, plus personnelles, montrées sur un ordinateur et réalisées à l’occasion de ses voyages en Chine, où il accompagnait son père, René Terrasson, un grand de l’art lyrique et ancien directeur de l’Opéra du Rhin qui monta en première mondiale  ”Carmen” à Pékin. Regarder la Chine des années 80, par le biais de très intéressantes prises de vues, a été un autre moment passionnant de cette exposition.

14.02.14

Femmes photographes

Dans nos affinités féminines et, dans bien des cas, nos attirances pour celles, artistes et créatrices, qui provoquent en nous des émois nous avons déjà cité dans nos colonnes quelques femmes photographes dont Maïmouna Guerresi Natalie Savey et aujourd’hui nous voulons parler de deux autres personnes, deux femmes qui réalisent des oeuvres qui vont aussi, nous le savons déjà, nous toucher durablement.

Femmes photographes (suite de la première page).. Stimultaniathe pôle photographique de Strasbourg, nous présente Amelie Zadeh, une jeune autrichienne, qui fixe joliment sur le papier des visages et des corps, non comme de simples et belles photos, mais beaucoup plus dans un sens pictural où matières et couleurs vous amènent dans un univers muséal. Et, curieusement, ces visages donnent une impression lisse, d’absence, tant la réalité de ces portraits atteint une sorte d’évanescence, un peu comme une empreinte insaisissable mais qui, pourtant, vous accompagne sans cesse. Un voyage curieux qui vous oblige à revenir, à repasser plusieurs fois devant les mêmes visages pour s’en approprier leur (in)tangible existence. Dans une autre partie de l’exposition Amelie Zadeh accroche de petites choses étonnantes, des collages presque maladroits, mais qui forment déjà une essence, celle de formes prenant corps dans leur géométrie subtile. Démarche conceptuelle en opposition à son travail photographique qui tente un lien entre ces deux extrêmes: du figuratif à l’abstraction et inversement jusqu’à comprendre qu’il n’existe peut-être pas de réelle dichotomie là où on voudrait nous le dire, nous le montrer.

Avec Estelle Lagarde nous entrons, grâce à la galerie Radial, dans un univers stressant, concret, humain et révoltant. Du moins dans une première approche puisqu’il s’agit de vieux hôpitaux ou de prisons abandonnés. Et ces endroits improbables, qui ont eu leur heure de gloire, ou plutôt d’horreur, deviennent sous vos yeux des lieux hantés. Estelle Lagarde introduit des fantômes dans ses photographies, qui reprennent vie entre les mains de geôliers ou d’infirmiers, pour nous montrer que le passé reste, même et malgré toute énergie d’enfouissement (dans les têtes et les destructions, violentes ou progressives, celles du temps) un présent dont il est impossible de se débarrasser. Nous ne pouvons que penser au stalinisme, au nazisme, à Ceausescu.. Photographiquement vu, le travail d’Estelle Lagarde est remarquable. Le contenu est marquant. Bravo à Frédéric Croizer d’apporter dans ses expositions une photographie de grande qualité.

L’Autriche à Strasbourg

L’Autriche est présente à Strasbourg, pour la photographie (elle assume actuellement la présidence du comité des ministres du Conseil de l’Europe et nous serons toujours étonnés que ces mastodontes administratifs accouchent, de temps en temps, de tous petits éléphants culturels lesquels sont parfois de belles réussites), et c’est dans ce cadre ( tout comme pour Amelie Zadeh citée plus haut), que nous pouvons voir à La Chambre, autre haut lieu de la photographie à Strasbourg, les oeuvres de Peter Granser. Autrichien sous influence, essentiellement américaine, ce photographe sait mettre de l’humour dans certains de ses clichés (ce dernier terme au sens propre et figuré). Gros baigneurs vivants, au moins septuagénaires, qui flottent dans une piscine, ces américains pré, post ou durablement obèses, vache coincée entre des voitures sur un parking, dames américaines bientôt définitivement ensevelies sous des plis graisseux et des rides bouleversantes.. Avec tout ceci Peter Granser ne veut rien dénoncer mais seulement montrer que cette Amérique, très présente aussi en Europe, n’est pas un eldorado du bon vivre, ni peut-être du bon goût, et qu’elle est également une humanité pour elle-même parmi tant d’autres. Dans la salle du fond, à La Chambre, nous avons vu une toute autre approche de ce que fait Peter Granser, de grandes photos carrées, format que nous aimons, dont quelques oeuvres magnifiques. Plus particulièrement une simple vue de ce qui pourrait être un bureau militaire où on ne voit que des choses banales (un tableau avec comme mention inscrite au-dessus “Texas-Iraq”) dont l’ensemble, les couleurs, la géométrie, l’atmosphère est splendide. Pour nous, Peter Granser est une très agréable découverte.

08.02.14

L’art Vodou

Le musée Vodou à Strasbourg (dont nous avons déjà un peu parlé ici) est un lieu formidable. Cet ancien château d’eau a été restauré avec un réel respect des volumes et c’est dans ce lieu, lui-même déjà magique, qu’un collectionneur a voulu installer ses objets vodous. Marc Arbogast et son épouse Marie-Luce ont ainsi eu la très bonne idée de mettre en scène tout ce qu’ils ont rassemblé au cours de ces dernières décennies en lien avec leur passion pour l’Afrique et plus particulièrement l’art Vodou. Une entreprise à fort investissement, dans tous les sens du terme. Bel ouvrage, donc, que ce musée original. Muséographie de qualité, richesse de la collection, atmosphère à la fois sereine et mystérieuse, amabilité des personnes qui reçoivent leurs visiteurs (Bernard Müller, le directeur de la programmation scientifique, et Gaëtan Noussouglou animateur et guide inspiré). Le vodou (avec plusieurs orthographes possibles selon les régions pratiquantes) est pour le profane un mélange où se croisent incompréhension, attirance inexpliquée, mystère et crainte tant ce terme est avant tout comme un objet surnaturel rangé dans les esprits occidentaux parmi les fantasmes des hommes dits modernes. Le vodou est religion, dans le sens d’une pratique cultuelle non prosélytique (sauf dans un acte de réprimande, et non de vengeance, envers les oppresseurs Blancs marchands d’esclaves et commetteurs de crimes affreux) dont la pratique (vous) met en relation avec les diverses forces de la nature mais plus encore avec les ancêtres. Il serait ainsi un organe de communication entre le réel et les Esprits, le visible et l’invisible. Sorcellerie ? Peut-être, mais alors en tant que tentative de conciliation impensable, celle de se faire accorder les faveurs et les bienfaits de dieux, de divinités, d’où une croyance profonde en ceux-ci pour mieux les approcher. Et puis il y a les objets, ces artefacts admirables, vecteurs de magnétisme comme le sont les objets d’art. Et nous revoilà au début de notre histoire: l’Art. Ce qui est la justification de ce musée. Mais retournons sur l’idée de l’invisible, de cette nécessité, avant d’être une volonté, pour en apercevoir le contenu, cette médiatisation entre le présent, le passé, l’avenir. Pendant notre visite nous avons ressenti un esprit photographique, une filiation évidente entre Vodou et Photographie, ces phénomènes à apercevoir, voir, toucher, ressentir, comprendre ce qui n’est pas, du moins en évidence. Ce lieu nous a visiblement envoûtés.
 
 
 
 

03.02.14

Hémisphères Vodous à Strasbourg

Strasbourg à son musée “Vodou” ce qui est en soi un événement, un choc, entre l’Irrationnel et l’esprit cartésien, carré, des Strasbourgeois. Une initiative étonnante voulue par des collectionneurs privés (le musée est lui-même une entreprise indépendante). Nous irons visiter ce musée bientôt mais, en accompagnement, est organisé un circuit exploratoire en divers lieux de la ville. Ces expositions autour de l’art vodou rassemblent de belles surprises.

Le vodou s’installe durablement à Strasbourg grâce à un nouveau muséeentièrement dédié à cet art. Oui, le vodou est un art, du point de vue des amateurs et collectionneurs qui ne manquent pas d’esprit pour s’investir dans cette pratique, non du vodou en tant que tel, mais dans les objets concrets et symboliques représentatifs dudit art. Et autour de ce musée est organisé, jusqu’au 10 février 014, un parcours “initiatique” intitulé Hémisphères Vodous, sous forme de multiples expositions dans différents lieux à Strasbourg, mais des expos dont le fil conducteur est le vodou vu et ressenti par des artistes. Ils se sont inspirés de cet art pour en faire, à leur tour, des créations originales. La galerie Chantal Bamberger montre de belles choses avec Laurence Demaison, photographe et sculpteur, et Christine Sefolosha, peintre et dessinatrice. Laurence Demaison nous étonnera avec ses photographies et ses sculptures, toutes immergées dans la thématique de ce parcours. Christine Sefolosha atteint une belle maîtrise dans son travail et arrive à joindre, par ses oeuvres, l’esprit vodou avec une créativité remarquable. Saluons ici Madame Bamberger pour la qualité de ses expositions depuis de nombreuses années, dont celle-ci.

Dans ce même trajet, et à l’hôtel de Ville, salle Conrath, nous avons découvert de jeunes artistes qui, eux aussi, ont mis en scène “leur” vodou avec une belle imagination. Parmi eux, Delphine Gatinois qui accroche une seule et unique photographie, très réussie. Puis, avec Ainaz Nosrat, d’origine iranienne, nous avons découvert une immense fresque, splendide et surprenante où se mêlent différentes techniques. Un excellent travail, à la fois naïf et concret, dont il ressort une sensibilité troublante.

3 artistes, 3 femmes

La Galerie Brûlée, installée à Strasbourg depuis 1993, met actuellement en scène 3 artistes, trois femmes, dont les oeuvres (peinture et sculpture) établissent un joli dialogue entre elles. Françoise Danel, Michèle Iznardo et Isabelle Leclerc ont cette sensibilité qui nous touche, cette manière subtile de travailler les formes, les couleurs et les volumes dans une approche toute délicate. Une exposition de qualité et, là encore, Madame Elahé Zehadi, Directrice de la galerie, nous montre son expérience à organiser de beaux événements.

16.01.14

Urban exploration

Ne vous fiez pas aux apparences, la photo d’exploration en milieu urbain n’est pas seulement une activité marginale réservée à certains écervelés dont il ne ressortirait que de tristes clichés. Bien au contraire, les photographies qu’on peut en ramener sont souvent belles.

La photographie dite “Urbex”, ou Urban exploration, est une activité sérieuse tant les risques pris pour découvrir des lieux secrets ou abandonnés sont grands. Il faut s’introduire par des trappes, des trous, des tunnels pour arriver dans des endroits parfaitement surréalistes et donc beaux, sinon magiques. L’auteur de ces lignes affectionne cette façon très sauvage de faire de la photo “hard”, dans le sens de l’expérimentation, et mon jeune ami photographe, Lucky’s Exploration, qui m’invite bien souvent à ces virées (nocturnes aussi) m’implique dans une démarche étonnante, surtout parce que sans lui je ne sais pas si j’aurais tant de courage. Certes, son blog est encore approximatif en terme de style rédactionnel mais il montre un art photographique avec des prises de vue hors du commun.

17.11.13

Phot’Aix en Provence

Les rencontres photographiques d’Aix-en-Provence, sous le nom de Phot’Aix, est un important événement qui se déroule du 14 novembre au 31 décembre 013. Nous y sommes en tant que visiteurs pour voir comment s’articulent ces rencontres et, surtout, pour regarder les nombreuses œuvres exposées un peu partout dans la cité provençale. L’organisateur, l’association Fontaine Obscure – Espace photographique, est à l’origine de cette manifestation qui existe depuis de nombreuses années mais dont nous n’avons eu connaissance que récemment. En fait il y a 3 événements en 1 puisque le tout s’articule sur 3 axes distincts : une importante exposition intitulée “Regards croisés Méditerranée” montre les travaux de 12 photographes, 6 Français et 6 étrangers venant du Maroc, de Tunisie, d’Egypte, de Turquie, du Liban et d’Israël. Puis une seconde exposition, “Identités méditerranéennes”, où 4 artistes Français présentent leurs photographies. Ces deux expositions s’inscrivent dans la dynamique de “Marseille-Provence 2013 Capitale Européenne de la Culture”. Et enfin, plus de 40 autres photographes qui investissent 28 lieux différents (hall de cinéma, librairies, galeries d’art, boutiques, magasins, administrations, etc). Nous assistons ici à une véritable invasion photographique et nos premières impressions sont très positives. Nous retracerons dans nos actualités artistiques et photographiques l’ensemble de l’événement, étape par étape, pour vous informer du contenu de celui-ci car cette initiative met la photographie au cœur de la ville.

Nous revenons sur l’événement organisé à Aix-en-Provence par Fontaine Obscure dont nous avons parlé en première page il y a quelques temps. Phot’Aix est donc un exemple d’engagement pour et autour de la photographie et le fait de disperser un peu partout en ville des auteurs et des artistes de qualité rajoutait un aspect festif pour aboutir à une manifestation très agréable. Il faut ici remercier également toutes les entreprises aixoises qui ont joué le jeu en accueillant  un ou plusieurs photographes en leurs murs (librairies, cinéma, commerces de détail, galeries d’art ou établissements publics).

21.10.13

Opening night Strasbourg

Effectuer un parcours nocturne entre galeries, musées et performances est un cheminement plein de surprises et en cette nuit du 18 au 19 octobre 013 à Strasbourg nous avons aimé nous balader à l’occasion de cette “Opening night” (hum.. Ces termes anglais irrémédiablement liés à l’art, en France, pour y donner un world contenu). Donc nous voilà à déambuler et on nous offre en guise d’apéritif un spectacle étonnant, que nous avons vite apprécié: “Ceci n’est pas..”, une exposition non classique, puisque Dries Verhoeven, un Hollandais inspiré, met en boîte (un grand tube de verre, une sorte d’aquarium vertical) des personnages vivants tous plus agressifs les uns que les autres, dans le sens de l’interpellation. Enfant pré-combattant terroriste, homme travesti, femme nue au masque de cire, Musulman en prière.. Ces êtres humains seraient donc des objets de notre quotidien vécu. Les réactions du public sont édifiantes, allant de l’hilarité à la contestation violente que l’on puisse ainsi montrer de telles choses. La démarche de Dries Verhoeven est donc couronnée de succès. Cette installation a été organisée par Le Maillon dont nous avons déjà parlé dans nos colonnes.

En fait, cette “opening night”, était organisée par l’association “Versant Est » et le truc « Ceci n’est pas.. » indiqué plus haut se greffait dans un ensemble événementiel cette nuit-là sans en faire vraiment partie. Bref, peu importe si nous n’avons pas très bien compris qui faisait quoi, l’important étant de suivre différentes thématiques artistiques.

Donc, cette nuit en question, nous avons atterri à La Chambre pour y voir les photographies de Mikhael Subotzky, un Sud-Africain, bien sympathique et provenant de la communauté blanche, qui expose son travail tout simplement passionnant. Un hyper-réalisme des différentes sociétés culturelles en Afrique du Sud (le pays aux trois capitales et aux onze langues officielles) qui montre ce mélange de beautés et de violences sans détour, sauf celui d’éclater le verre de certaines oeuvres ce qui transforme le visuel en une agressivité supplémentaire, comme des impacts de balles. Lors du vernissage nous avons fait la connaissance d’un autre photographe Sud-Africain, Mack Magagane, un jeune homme de 22 ans à la splendide beauté noire qui réalise des photos remarquables. Il y insuffle une poésie et un sens poussé des volumes et des situations qui fait de son travail un bel exemple de talent hors toute notion d’âge. Ces deux artistes (et d’autres, tous d’Afrique du Sud) sont à voir dans le cadre de l’événement “Commitment” répartis sur plusieurs lieux: La Chambre et Le Maillon Wacken à Strasbourg, La Filature à Mulhouse.

Nous avons ensuite rendu visite à l’incontournable CEAAC et sa désormais célèbre exposition qui se termine bientôt “Wanderung / Promenade”, la bien nommée, et nous y avons rencontré l’artiste François Génot qui a réalisé une oeuvre étonnante et belle, directement sur un grand mur (ledit mur appartenant au CEAAC, dommage, car nous aimerions nous l’approprier à l’instar de certains marchands d’art avec Banksy). Oeuvre immense faite au fusain, directement et définitivement sur ce mur et pourtant bientôt effacée, fresque splendide aux belles volutes noires, grises, ou même blanches, en contraste, réalisées avec de petites bandes collantes puis arrachées du fusain. Un travail pour la non-postérité dans son caractère éphémère mais inscrit certainement dans les mémoires, ce qui vaut cent fois mieux. Nous aimerions ici adresser toute notre sympathie et nos félicitations aux jeunes personnes qui travaillent au CEAAC, en accueil, en guide et en soutien, pour leur efficacité, leur gentillesse et leur constante amabilité.

Notre itinéraire nous a conduit ensuite vers deux galeries que nous affectionnons particulièrement. Chez Yves Iffrig nous avons vu des oeuvres de Patrick Bailly-Maître-Grand, le photographe strasbourgeois mondialement connu (sauf de nombreux autochtones) qui nous donne des leçons de modestie dans la réalisation sublime de choses qui ne peuvent se nommer autrement que par ce qualitatif : Art. Modestie parce que PBMG n’impose rien dans une démonstration technico-conceptuelle d’un discours intellectuel ennuyeux, tout le contraire, sa technique et son génie (nous) parlent sans rendre la perception de son art compliquée. N’est-ce pas là le trait de l’intelligence ? Avec J.P. Ritsch-Fish nous avons eu droit à un agréable déroulé de sa conception de galeriste, son positionnement, ses expériences et le long moment passé ensemble nous a montré combien le travail d’une galerie spécialisée dans l’Art brut est difficile. Et ceci en présence de deux oeuvres de A.C.M., restées encore en vue car les autres étant parties à Londres ou bien déjà vendues. A.C.M. est un couple d’artistes hors-normes, leur travail relève d’une sorte de schizophrénie géniale (pléonasme ?) dans la réalisation minutieuse de choses, de sculptures, faites de toutes petites pièces métalliques, en plastique ou autres matériaux pour aboutir à des objets étonnamment étranges et beaux.

Il y avait encore d’autres lieux à visiter, jusqu’à minuit ou une heure du matin, mais nous avions envie de discuter, mon collègue et moi, de tout ce que nous venions de voir et nous nous sommes “posés” (comme disent les jeunes) dans notre garçonnière en compagnie d’autres volutes, sous l’œil amusé d’un portrait de Bob Marley, et d’une coupe de champagne. Dans nos actualités artistiques et photographiques nous développons, développerons d’autres sujets sur cette soirée ainsi que sur d’autres événements.

03.10.13

La photographie et les collectionneurs

Dans le monde de l’art et parmi les amateurs de photographie, nous parlons ici de ceux et celles qui aime le “8ème” art (puisque l’histoire – de l’art – nous enseigne une classification qui n’est rien d’autre qu’une fausse chronologie) jusqu’à vouloir collectionner des oeuvres. Les collectionneurs ont souvent été des marchands (d’art) lesquels recevaient en paiement (ou conservaient) des pièces exposées par leurs (pauvres) artistes. Et il y a aussi des collectionneurs qui entretiennent une démarche personnelle, en dehors du fait mercantile (définitivement ou temporairement), pour confectionner au fil du temps un fonds personnel. Actuellement et à Strasbourg nous avons la chance de voir des extraits de collections photographiques et nous avons été satisfaits.

D’abord, et pour nous c’est un bel événement, Madame Millot-Durrenbergernous présente sa collection des oeuvres de Ian Paterson. Cet artiste crée des choses basées sur l’origine de la photographie (sténopé) et arrive, avec une constance et un sens très poussé de la finesse, à nous montrer un art particulièrement délicat. Il faut se laisser envahir par des réalisations où le miniature rejoint le grandiose, où le réel est abandonné pour une autre dimension. L’univers de Ian Paterson est un peu celui d’un enfant qui jouerait dans une boîte (une sorte de jouet, une maison en carton) dans laquelle il se serait logé et nous invite, pour quelques instants (ceux de ces clichés) à regarder ce qu’il ressent, à deviner ce qu’il voit. Il s’agit d’un très beau voyage. Mme Millot-Durrenberger aime à commenter, dans d’intimes visites guidées, les oeuvres qu’elle affectionne. (du 27.09.13 au 13.10.013, In Extremis, 27 rue Sainte-Madeleine, 67000 Strasbourg)

Ensuite, nous avons vu l’exposition de la galerie No Smoking avec certaines photographies collectionnées par Germaine et Marcel Burg. Des amateurs éclairés qui aiment à glaner des oeuvres de qualité, selon leurs affinités, et ils nous ont offert un petit panorama très moderne et représentatif d’une photographie inscrite dans son temps. Nous voulons ici citer l’ensemble des artistes: Pilar Albajar et Antonio AltarribaLionel Bayol-ThéminesJean-Baptiste CarhaixCollectif “Corps Etranger”Denis DarzacqStephane DiremszianBenjamin KiffelLuciana LamotheJulien LescoeurEdouard Levé (décédé en 2007), Joyce PenelleGeorges-Tony StollPablo Zuleta-Zahr. Le thème donné à cette exposition est “Est-ce ainsi que les hommes vivent” et elle pourrait servir à une introduction, une découverte, pour un public voulant s’intéresser à la photographie contemporaine. Il faut remercier Mme et Mr Burg et Bertrand Rhinn d’avoir imaginé cet événement. (du 27.09.013 au 12.10.013, No Smoking, 19 rue Thiergarten, 67000 Strasbourg).

La biennale internationale du verre

La biennale internationale du Verre expose de nombreuses oeuvres un peu partout à Strasbourg et en Alsace. Cette manière d’éclater les lieux pour constituer différents endroits nous plaît, mais plus encore ce qui est montré. Nous aimons le travail du verre, de sa fabrication artisanale à sa réalisation artistique. Et puis nous sommes ravis de voir ce que fait le photographe Nicolas Rosès qui nous montre de belles choses, en lien avec l’idée du Verre par le biais de différents éléments (l’air, la glace, le temps figé puis libéré..), grâce à une monographie de très belle qualité. Nicolas Rosès capte des instants pour les restituer selon ce que seul un photographe sait voir dans sa façon de saisir le minuscule et la libération des forces, dans des tons de gris ou de noirs. Le négatif argentique utilisé, le rendu avec son grain si particulier, apporte une étrangeté et une esthétique particulièrement sensibles. Toujours sur la thématique du Verre, nous aimons ce que fait la galerie Radial Art en exposant des artistes qui travaillent ce matériau avec une géniale inspiration. Till Augustin et Julius Weiland réalisent des oeuvres étonnantes, ou la fragilité rejoint cette force dont nous parlions plus haut, avec la subtilité du verre trituré pour obtenir des choses à la fois solides et aériennes. Nous reviendrons prochainement dans nos actualités artistiques et photographiques sur cette biennale en visitant les autres lieux d’exposition.

Godwin Hoffmann

Grâce à la galerie L’Estampe de Strasbourg nous avons découvert Godwin Hoffmann, un artiste constructiviste, mais pas seulement, qui a réalisé des oeuvres splendides. Décédé en juillet 2013, Godwin Hoffmann tentait d’introduire dans sa géométrie un élément humain et, d’ailleurs, cette recherche fera de son travail un art que nous avons trouvé remarquable. Car le mouvement, cet élément humain par excellence, se trouve bel et bien dans ses réalisations dont l’aspect figuratif n’est qu’une introduction pour aller vers d’autres dimensions, avec la couleur, quelques couleurs. Le noir, souvent magnifié, le rouge, du bleu aussi. Nous voulons ici remercier la galerie L’Estampe d’avoir pris de son temps pour nous donner des informations précieuses sur ce grand peintre et, surtout, d’avoir organisé une très belle exposition.

Cahen / Boulez

Dans le cadre d’une exposition programmée au MAMCS de Strasbourg qui sera consacrée à Robert Cahen l’année prochaine, nous avons visionné, dans la splendide salle de l’Aubette, une vidéo de celui-ci intitulée “Boulez-Répons”. Cahen filme Boulez et nous sommes restés scotchés sur notre chaise tant les images et le son nous ont fascinés. La gestuelle du maître dirigeant son orchestre, les superpositions d’images, la partition (“Répons”, 1981) forment un tout exceptionnel avec la rencontre de plusieurs disciplines: la musique contemporaine, le cinéma expérimental dans sa version vidéo et la photographie. Car cette façon de filmer est bien de la photographie avec ses noirs, ses gris, ses blancs, ses plans mouvants et ses profondeurs de champs.

Pièces montrées

Pièces montrées est  l’événement monté à l’occasion des 30 ans de collections du FRAC Alsace dans quatre villes (Haguenau, Strasbourg, Sélestat, Saint-Louis). Nous avons vu celui de Strasbourg au MAMCS et nous ne pouvons que recommander d’y aller. Sous le titre “Formes et Forces” ce sont différentes expressions qui se côtoient, dont la photographie. Un bel ensemble sur lequel nous reviendrons bientôt. D’octobre 013 à mars 014.

Résidences croisées

Résidences croisées » est un concept européen qui a pour vocation de faire séjourner à l’étranger des artistes de différentes disciplines. Mais c’est aussi le nom d’une exposition biennale, d’un parcours en fait, en 3 lieux différents à Strasbourg, visible jusqu’au 13.10.013. Quatorze artistes européens (ceci voulant dire venant possiblement de toute l’Europe et pas seulement de l’Union) sont les personnes qui montrent leur travail dans cet événement, dont le photographe Patrick Bogner. Nous avons aimé ce qu’il fait, simples prises de vue, parlant pour elles-mêmes, équilibrées et discrètement présentées sans cadre, et fixées au mur par des épingles. Nous avons remarqué également Claude Horstmann, une dame qui aime à trouver de petites choses pour les photographier et les mettre en scène avec tact. L’ensemble des artistes forme un groupe homogène dans la qualité des oeuvres présentées. A noter que le catalogue, mis gracieusement à disposition des visiteurs, impose au lecteur de passer en revue abondante les initiateurs du projet (ce que nous ne pouvons nous empêcher de faire, à notre tour, tant cela est drôle et galvaudé : HEARCEAACApolloniaville de Strasbourg, chacun allant de son laïus plus ou moins long ou intéressant). Bref, toutes ces institutions, associations et autres organisations étaient massivement présentes en début de catalogue mais, rassurez-vous, nous avons quand même trouvé la présentation de chaque artiste. Ce même catalogue était rédigé en français et en.. anglais, alors même qu’aucune résidence ne se trouve en Grande-Bretagne ou aux Etats-unis. Nous aurions aimé au moins y voir figurer l’allemand puisque Stuttgart et Dresde sont parmi les villes concernées (avec d’autres pays : Pologne, Haïti, Lituanie,).

Galerie La Pierre Large

Strasbourg compte de belles mais rares initiatives pour valoriser la photographie, essentiellement dans la dynamique associative, et nous retraçons ici, régulièrement, les événements, petits ou grands, sur ce thème qui est notre motivation première. Pour autant il n’y a pas que les associations et nous voulons aujourd’hui parler du travail d’un photographe que nous apprécions de plus en plus. Et pour plusieurs raisons: d’abord sa démarche artistique, puis le fait qu’il tienne une galerie aucunement subventionnée et, enfin, en présentant des photographes originaux. Il s’agit de Benjamin Kiffel qui expose actuellement dans sa Galerie La Pierre Large quelques unes de ses photos sous le titre “Urbanités” (jusqu’au 20 octobre 2013). Un bel ensemble sur les oppositions contenues en elles-mêmes dans les matériaux, les couleurs, les lumières ou les objets. Un cheminement urbanistique qui semble froid mais qui, dans les faits, se révèle passionnant et donc chaleureux car tout ce qui est fait de passion est le contraire de la froideur, pensons-nous. Puis, du 8 novembre au 15 décembre 2013, Benjamin Kiffel présentera un artiste italien, Orlando Nadai, avec des photographies rassemblées sous ce thème: “Banlieues Invisibles”. Nous en reparlerons bien sûr.

La photographie à Marseille et Aix-en-Provence

La photographie à Marseille et Aix-en-Provence. Oui, nous parlons ici de deux villes en contrepoint d’Arles car, et séjournant l’été en Provence, nous avons trouvé matière à relater aussi ce qui se passait là-bas (mais, cher lecteur Alsacien, rassurez-vous, nous sommes de nouveau à Strasbourg et nous vous rapportons dans nos colonnes de nouvelles informations locales). Marseille: “Les Gorgan” de Mathieu Pernot est une série photographique humainement belle montrée à la galerie HLM (pour “Hors les Murs”, association Atelier de Visu) en plein quartier du Panier. Les Tsiganes vivent dans leur monde qui est photographié avec art par Mathieu Pernot. Ces photos sont splendides ainsi que les “Gorgan”, cette tribu apatride. Toujours à Marseille, Le Percolateur est un lieu “pour la photographie” qui organise des stages et des expos. Au programme les 3 et 5 octobre, rencontre avec deux photographes,  Augustin Le Gall sur la révolution tunisienne, et Souad Guennoun, une photographe marocaine qui témoigne des réalités sociales de son pays. A Aix-en-Provence nous avons aimé l’expo rétrospective, en de très intéressantes photographies documentaires, sur la comtesse et mécène Lily Pastré. Le mécénat à cette époque ne se justifiait point fiscalement parlant et cette comtesse marseillaise a reçu de nombreux artistes comme (et pour ne citer qu’eux) Pablo Casals, Darius Milhaud, Georges Auric, Samson François, Rudolf Firkušný, André Masson, Rudolf Kundera.. Pendant la guerre Lily Pastré s’engagera fortement pour aider de grands noms (déjà célèbres ou en devenir) à échapper à la répression nazie. Cet événement a été organisé par le Conseil Général des Bouches-du-Rhône en sa galerie située sur le Cours Mirabeau. Entre un mécénat spontané et généreux et une démarche institutionnelle, se sont écoulées plusieurs décennies pour porter à la connaissance du public la belle et utile vie de Madame Pastré. A Aix encore, nous avons remarqué trois initiatives intéressantes: l’Hôtel de Gallifet, maison d’art et d’histoire, est un splendide hôtel particulier représentatif des richesses architecturales aixoises qui organise des expositions éclectiques (photos, peintures, sculptures..) ; l’école privée de Design, d’Arts Appliqués et de communication (Esdac) gère un lieu d’exposition où sont montrés des photographes et des peintres, certes de temps en temps la sélection est surprenante, mais pour les photos, il y a parfois un contenu de qualité ; enfin, la galerie Susini n’hésite pas à exposer de jeunes talents (photos aussi) et nous apprécions cette forme de courage.

11.09.13

Salves pour un temps présent

Au Syndicat Potentiel nous avons vu “Salve pour un temps présent” un ensemble de 11 jeunes créateurs qui souhaitaient réécrire la forme expressionniste dans un désordre voulu, et donc structuré dans les apparences, pour y adjoindre de nouvelles technologies et/ou retravailler des techniques anciennes. Nous avons apprécié ce que présentait Bruno Grasser dans une performance où il réalisait d’intéressantes et belles sérigraphies avec des contenu contemporains glanés sur internet.

08.09.13

Parallèles

Nous avons rendu visite à une galerie d’art associative à Strasbourg qui semble vouloir travailler avec une certaine ambition. Art’Course montre actuellement une exposition collective sous le titre “Parallèles” qui présente l’intérêt de mettre en situation des artistes confirmés, ou à en passe de l’être, avec des célébrités. Ainsi, côte à côte, nous trouvons Baselitz avec Honoré Thibault, David Tremlett avec Catherine Gangloff ou bien Bernar Venet avec Ilana Isehayek. Chaque artiste choisissait son “Maître” et expliquait, dans un bref exposé, le pourquoi du parallèle mis en scène. Le Frac Alsace est le prêteur des oeuvres muséales adossées aux travaux des exposants.

Perspectives

La Chambre, à Strasbourg, présente jusqu’au 06.10.013 cinq jeunes photographes bénéficiaires d’un soutien apportée par elle-même au travail de ces artistes en progression, dans le cadre de l’exposition “Perspectives”. Parmi eux nous avons remarqué Marion Pedenon qui a suivi dans leur intimité des personnes âgées (ses grands-parents) pour les photographier avec respect et réalisme. Vincent ChevillonDelphine GatinoisViola KorosiMarianne Maric sont les 4 autres photographes qui forment cette expo collective.

Stimultania

La photographie projette ou projetait, littéralement dans le cas, le cadre, de Stimultania Strasbourg, et jusqu’au 22.09.013, une vision différente grâce à 3 projections en guise de simple exposition des oeuvres, ou plutôt de la démarche, de 3 photographes, Laureen MachuGuillaume Chauvin et Chloé Meunier. Cette façon de montrer différemment des contenus nous a plu, en plus des thèmes abordés.

30.06.13

102

102 est le nombre d’œuvres que le photographe Patrick Bailly-Maître-Grand offre au musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg, en remerciement de ce que cette ville lui a apporté. Une donation remarquable, surtout par son contenu car le travail de l’artiste est une référence mondiale. PBMG réalise déjà depuis longtemps des prises de vue où se mêlent recherche artistique pure, manipulation, trucage et invention qui font de ses photos un art à part. Une photographie à la fois artisanale et très moderne. Ces 102 photographies seront exposées bientôt au musée et ce sera un événement important pour Strasbourg.

Restitution

Comme son nom l’indique, il s’agissait de restituer son travail en tant que photographes-étudiants inscrits aux cours de La Chambre, dont nous avons déjà parlé dans nos actualités artistiques et photographiques. Il y avait foule en ce 29 juillet pour le vernissage, tant du côté des exposants que du public, et c’est réjouissant de voir jeunes et moins jeunes s’investir dans une activité dont nous sommes ici les modestes promoteurs. Tous ces étudiants sont sous la houlette de Alix Häfner, leur professeur de photographie, et ils montrent de belles choses parmi lesquelles nous avons  remarqué les œuvres de Philippe Ossette, Christian Eggersglüs, Georges Saccani, Jean-Philippe Tamo, Geneviève Baas et, surtout, de Elsa Plaza qui expose de splendides petites choses extraites de simples polaroïds déstructurés (mais tous les autres élèves sont également à féliciter). A voir au Hall des Chars, 10 rue du Hohwald, Strasbourg jusqu’au 7 juillet 2013.

24.06.13 – Place des Arts

La Place des Arts à Strasbourg est une association d’artistes qui organise plusieurs fois par an un événement public en centre-ville, précisément Place Broglie. Et ce 8 juin dernier nous avons découvert des photographes un peu perdus dans cette foire assez hétéroclite où les promeneurs peuvent trouver un peu de tout. Soyons honnêtes, certains plasticiens et peintres se démarquaient assez nettement ce qui laisse espérer de futures éditions en net progrès. Mais revenons aux photographes et nous accordons un bon point à La Place des Arts d’avoir ainsi permis leur présence car il est rare d’en découvrir dans ce type de manifestation. Nicolas Rosès, Eveba (une photographe), Bernard Bischoff, Roger Sabourin présentaient leurs œuvres sous de petites tentes blanches. Nous reparlerons d’elles et d’eux lors de la prochaine date prévue les 7 et 8 septembre 2013.

Le Maillon

Dans le catalogue du Maillon (présentation du programme pour la saison 013-014), qui est une grosse machinerie strasbourgeoise dédiée au théâtre, à la danse, au cinéma etc. mais qui organise aussi des expos thématiques sur la photographie, nous avons découvert toute une série de photos amusantes, et bien faites, montrant des personnages sans tête. L’idée, si nous avons bien compris, est de mettre à leur place un masque, un petit dessin, lui aussi rigolo, qui symbolise la nouvelle saison du Maillon. Hélas, nous n’avons pas trouvé le nom de l’auteur de ces photos, ou du manipulateur coupeur de têtes. A moins que nous ayons perdu la nôtre en parcourant ce programme..

Ryo Tomo

Ryo Tomo présente sur son site en ligne quelques une de ses réalisations, des photographies avec lesquelles il tente de tisser un lien entre elles par le biais de thématiques successives et/ou éparses. Le concret et l’irréel se côtoient pour montrer que rien ne semble figé ou définitif dans ce que l’on perçoit. Le fil conducteur est l’empathie qu’il développe envers les choses et les gens, une galerie virtuelle de situations, d’objets, de visages et de lieux. Un parcours subtile, comme une invitation.

Wanderung / Promenade

De très belles œuvres sont actuellement exposées au CEAAC (Centre Européen d’Actions Artistiques Contemporaines) à Strasbourg dans un événement où sont montrés les travaux photographiques de Nathalie Savey (déjà citée dans nos colonnes), Julie FischerYannick Demmerle et Axel Bleyer. D’autres artistes plasticiens ou peintres exposent également leurs créations dans le cadre de “Wanderung / Promenade” une co-production franco-allemande entre le CEAAC et la Städtische Galerie Offenburg dont le thème est inscrit dans le titre. Nous avons beaucoup aimé cette exposition et l’ensemble est vraiment de très belle qualité.

Pierre Jamet

Pierre Jamet (1910-2000) est de ces photographes que nous aimons, faisant de son art quelque chose d’intemporel et de profondément poétique. Il ne s’inscrit pas dans un mouvement, sauf celui du naturel et de la spontanéité, et photographie comme on écrit des poèmes, avec fébrilité, imprécision émue et candeur. Pourtant, il réussira avec bonheur quelques prises au contenu artistique évident avec ses modèles féminins partiellement dénudés. Exposition à La Chambre jusqu’au 04.08.2013.

11.05.13

Galerie In Extremis

La galerie/association In Extremis représente, dans l’art photographique, une expérience unique à Strasbourg. Sa créatrice est une grande collectionneuse qui possède un fonds de haut niveau. Madeleine Millot-Durrenberger organise dans un local en sous-sol, une cave voûtée agréablement transformée, des expositions d’artistes créateurs (nous aimons préciser ce point dans ce sens-là relativement à la photographie), et actuellement nous pouvons voir les travaux de Nathalie Savey. Là, nous sommes dans l’argentique et le pointu, le sensible et le beau. Ses oeuvres sont à la fois interrogatives et contemplatives pour le visiteur car sa démarche, dans cette exposition actuelle, tente de créer un sens surnaturel ou magique mais toujours avec beaucoup d’émotion, de finesse et hors accent spectaculaire, sur la base d’éléments très naturels (bouts de nature, de roches, d’eau..) et en ressort une création photographique qui dépasse la seule photographie. Evènement à voir jusqu’au 02 juin 013 au 27 rue Sainte Madeleine à Strasbourg.

Galerie Radial Art Contemporain

Radial Art Contemporain est une galerie récente qui n’a pas eu peur d’ouvrir un joli et petit local sur les quais à Strasbourg dans une période où l’art (contemporain) se trouve un peu bousculé par la crise. Mais en ces temps, il est bon aussi de trouver des valeurs dites refuges. Radial aurait une tendance à dénicher des artistes Suisses et Allemands, entre autres, et nous apprécions cette recherche de nouveaux créateurs (dans le sens de nous en présenter que nous ne connaissions pas). Actuellement et jusqu’au 3 juillet 013, 3 artistes sont exposés dont un zurichois qui associe les formes et les sons. C’est intéressant car il est difficile de savoir si se sont les sons qui créent la forme ou le contraire mais peu importe, le tout est agréable et bien fait.

« Exposition individuelle de groupe »

La Chaufferie, la bien nommée en ces temps météorologiques tortueux, est un lieu intéressant créé par la Haute Ecole des Arts du Rhin (rien que ça) et se trouve à Strasbourg. Elle montre des choses émanant des élèves de ladite école et nous aimons nous y rendre de temps en temps. Nous venons d’y découvrir le concept d’ “exposition individuelle de groupe” qui serait en fait une forme avancée d’exposition collective. Sous la houlette d’un artiste résident, Daniel Eatock, une flopée de jeunes créateurs se sont réunis pour nous initier à un parcours artistico-classico-projectioniste et sonore qui mélange, mais vous l’aurez compris, plusieurs techniques d’expression. Allez voir (jusqu’au 6 juin 013), c’est amusant et légèrement déroutant.

L’esthétique de la douleur

Patrick Loréa n’est pas photographe mais artiste plasticien. Avec une dominante pour la sculpture dans laquelle il exprime l’esthétique de la douleur, la complexité du corps, la beauté du mal, non dans le sens diabolique mais celui d’une souffrance pouvant être physique et/ou morale. Un travail qui dérange objectivement mais qui tente de rendre possible une filiation entre les opposés que sont “beau”, “laid”, “souffrance”, “bonheur”. Artiste confronté à ces contraires, Il est professionnellement en prise avec ceux-ci comme médecin, spécialisé en chirurgie réparatrice. Il est évident que cette empreinte est profonde dans son oeuvre car il ne (lui) semble pas possible d’en faire abstraction.

Beauté et transgression

Charlotte Aleman est une photographe qui surprend à plus d’un titre. Son approche et son esthétique sont étonnantes et le tout peut être classé (mais est-ce possible de vouloir toujours classifier, ranger, ordonner ?) sous l’acception du “beau”. Le beau, ici, est ce mélange de finesse et de transgression qui fait que l’art de Charlotte interpelle. Et puis, trouver une oeuvre belle appartient au domaine du sensible. Pour notre part nous sommes très sensibles à son travail.

La Chambre

La Chambre est une association à Strasbourg. Non, pas ma chambre, mais LA Chambre comme chambre noire. Ici c’est de photographie dont il s’agit. Elle organise de nombreuses expos de photographes talentueux basées sur des travaux de qualité mélangeant jeunes ou moins jeunes, connus ou inconnus. Mais aussi un programme de formation à la photo, qui semble là aussi très sérieux. Une belle entreprise, que cette Chambre, qui sait et veut montrer ce qu’est la photographie comme art accessible et beau.

Syndicat Potentiel

Le Syndicat Potentiel à Strasbourg n’est pas une organisation à vocation sociale (quoique) mais une galerie associative qui a le mérite de montrer des travaux de jeunes artistes. Le tout est souvent brouillon mais sympathique et actuellement, et jusqu’au 8 juin 013, se déroule une exposition collective sur le thème d’objets insignifiants où se mêlent différentes formes de création (vidéo, sculpture, peinture, illustration) dans une installation qui tend à prouver le contraire. Son titre est “Que s’est-il passé le 30 Mai ?” Nous avons retenu le beau travail d’un illustrateur, Simon Thomson, qui porte déjà un joli nom d’artiste.

Les ateliers ouverts de Strasbourg

Les ateliers ouverts de Strasbourg des 18/19 et 25/26 mai 2013 (www.ateliersouverts.net) se situent dans d’anciens bâtiments militaires derrière la gare, lieu assez curieux, lesquels sont investis par des artistes en résidence disposant de “blocs”, ex chambres ou entrepôts individuels. Ces (jeunes) artistes montrent des choses intéressantes, et pour la photo, nous avons remarqué Gauthier Sibillat et ses photos urbaines.

La scène du street art historique

Une jeune et nouvelle galerie a ouvert ses portes depuis quelques mois à Strasbourg, dont les fondateurs sont issus de la scène du street art historique en Alsace. Pour autant elle veut s’ouvrir aussi à la photographie et actuellement deux photographes y sont présentés,  Marie Quéau & Oliver Clément et leur travail n’est pas mal du tout. Galerie Macia 

11.04.13

Maïmouna Guerresi

Maïmouna Guerresi invitée de la galerie Stimultania de Strasbourg, montre des portraits géants mis en scène dans une démarche étonnante. L’Afrique est le contexte utilisé par le prisme des religions et de la spiritualité. Ses personnages sont étranges et beaux. Une esthétique du mystère ressort de ces portraits, comme le sujet l’imposait, mais ici l’artiste photographe atteint un niveau impressionnant de finesse dans un format grandiose. D’autres thématiques sont montrées, toutes aussi passionnantes. A noter la qualité remarquable des tirages.

29.01.13

Vida Loco

Comme Thierry Mugler, qu’il aime citer, VIDA LOCO est passé par l’Ecole des Arts Décoratifs de Strasbourg, et sa singularité n’a pas toujours été facile à appréhender. Souvent perçu comme un personnage excessif avec un look décalé, VIDA LOCO devrait être considéré comme un maitre de la couleur et du cerné, tant son travail avant-gardiste est riche, surprenant, électrique, et subtile à la fois. Possédant plusieurs niveaux de lectures, ses oeuvres sont un éblouissement pour les yeux et l’esprit, elles témoignent de ses obsessions, ses hantises, mais traduisent également son humour, et son amour inconditionnel de la vie, de ses proches et surtout de sa fille. Difficile à résumer, à cataloguer et à étiqueter : VIDA LOCO est loin de l’idée que l’on peut se faire d’un “Punk sans concession”, il ne fait pas partie de ces artistes qui suivent la mode mais plutôt qui de ceux qui la crée. Son dernier livre, le huitième, intitulé : “BLOOD JOB” disponible aux Éditions du Dernier Cri de Marseille contient un CD audio, entièrement composé par ses soins, qui accompagne ce recueil d’images explicites à ne pas mettre entre toutes les mains et pourtant déjà collector. Jusqu’à fin février à la Galerie Macia.

25.10.13

Le CEAACCentre Européen d’Actions Artistiques Contemporaines à Strasbourg, a fêté ses 25 ans d’existence en organisant un soirée musicale style musette. Point d’œuvres exposées à cette occasion puisqu’il s’agissait de danser, de s’amuser et de boire (un peu) entre amis. Le CEAAC est un lieu étonnant (et beau) et de nombreux artistes y sont régulièrement invités.

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Une réflexion au sujet de « Archives des articles parus »

    Art Photography & Editorial « arteditorial a dit:
    avril 26, 2014 à 8:09

    […] Archives des articles parus […]

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